Voyage au pays des mille et une nuits

04 avr 2012

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On nous avait vanté la beauté de cet état à la frontière du Pakistan, son patrimoine unique et ses paysages à couper le souffle. Nous voilà donc au pays des maharajas, des palais fabuleux et des batailles à dos de dromadaire : le Rajasthan.

Luxe, klaxons et volupté

Nous débutons la découverte de cette région aride et désertique par la ville de Jodhpur. Secondecité du Rajasthan, elle a la particularité d’être bleue. Les façades des maisons de la vieille ville sont en effet indigo, une couleur utilisée pour éloigner les moustiques. C’est dans les petites ruelles du vieux quartier que nous nous installons, au Singhvi’s Haveli, un hôtel de charme à la vue imprenable. Un sas de luxe et de décompression financé par les achats de kilomètres de nos généreux supporters. Notre chambre, une suite à 25 euros la nuit, est immense et la cuisine de l’hôtel délicieuse. Cette haveli, ancienne demeure d’un riche marchand, est vieille de 550 ans et nous ne nous lassons pas d’en admirer la façade, le salon avec balançoire intérieure et surtout son toit au panorama sur le fort et toute la ville.

Après un repos mérité dans les coussins moelleux de l’haveli, nous découvrons Jodhpur à pied. Ici aussi il faut slalomer entre les rickshaws, les vélos et les vaches sous les klaxons incessants. Des échoppes en tout genre vendent poignards, tissus et bracelets et les enfants veulent tous nous serrer la main en réclamant des stylos. Au cœur de ce dédale, nous tombons sur un temple où les fidèles nous invitent à se joindre à eux. Une dizaine de femmes papotent en triant des fleurs dans l’attente de la cérémonie. Soudain, le brahmane tire le rideau, découvrant la représentation de Shiva et les femmes commencent à chanter. Les offrandes débutent, un homme sonne un gong : nous assistons à la puja, rituel de prière.

Après nous être éclipsés discrètement, nous arrivons à la Clock Tower, le centre commerçant de Jodhpur puisque c’est autour de cette grande horloge construite en 1910 que se trouve le SardarMarket. On trouve de tout dans ce bazar à ciel ouvert et surtout des épices. Ni une ni deux, nous voilà dans une boutique à sentir et goûter un tas de saveurs, dégustant thé sur thé avec le vendeur. Nous nous y perdrons une après-midi entière à faire des achats de souvenirs, négociant les prix d’une boutique à l’autre.

Nous profitons de la fin de journée et de la baisse de la chaleur pour visiter la forteresse de Mehrangarh. Audioguide en main, nous passons de galeries en terrasses plus somptueuses les unes que les autres. Les sculptures et décorations nous offrent un aperçu de la vie de pacha que menaient les maharajas… Construit en hauteur, le fort domine tous les environs et l’horizon est saisissant : le désert entoure la ville, à perte de vue.

En jeep chez les Vishnoïs

Nous partons d’ailleurs visiter les alentours le lendemain matin, en compagnie de VP (abréviation d’un nom très compliqué), un jeune guide au volant d’un vieux 4X4 britannique de 1952. Des avions de chasse passent au-dessus de nos têtes tandis que nous roulons vers le désert. « Avec ces engins, on est à deux minutes du Pakistan », nous explique VP. Jodhpur est en effet la grande ville indienne la plus proche de cette frontière. Ici, 10% de la population est dans l’armée. Pour le moment, nous filons au milieu d’une zone industrielle où errent des dizaines de groupes de travailleurs dans l’espoir de trouver un emploi pour la journée. « On fabrique de tout dans ces usines : textiles, produits chimiques, plastiques, etc », précise notre guide. Les rivières avoisinantes, noires, visqueuses et malodorantes témoignent de cette activité tout comme le nuage de pollution qui englobe la ville.

Quelques kilomètres plus loin, nous voici dans des villages au cœur du désert. Arrêt dans une fabrique de poterie où nous nous essayons au tour de potier manuel avant de partir à la rencontre d’un vieux Vishnoï qui nous présente la cérémonie de l’opium. Les Vishnoïs sont les membres d’une religion minoritaire qui obéit à un guru-dieu et à ses 29 principes. Outre une tenue vestimentaire propre, ils sont végétariens, non-violents et protègent les animaux. Triste visite auprès d’un veuf dont les revenus dépendent des touristes venant observer « sa culture ». Sous l’œil surpris des gazelles qui gambadent sans crainte autour des villages, nous rejoignons notre havre de paix pour une dernière nuit.

Bikaner, ville du dromadaire

Après Jodhpur, nous partons plus au nord,en plein centre du désert du Thar. En ce début avril c’est l’été et les températures commencent à grimper. Le thermomètre ne descend plus sous les trente degrés et nous sommes bien souvent à plus de quarante. Le vent brûlant du désert renforce la chaleur sèche et nous avons du mal à imaginer la vie ici au mois de mai. Le Thar c’est le maru-wara, le « pays de la mort ». Ici les dromadaires sont utilisés pour transporter à peu près tout et n’importe quoi. On peut les voir, le pas lourd et tanguant, tirant leur charrette à longueur de journée. Dépaysement assuré.

Nous logeons à l’AFEV (Action Formation Education Voyage), une association française. A la fois centre d’informations touristiques, orphelinat, hôtel, restaurant et agence de « safari », le lieu est tenu d’une main de maître par Natacha Gallissot. Nous y rencontrons de nombreux voyageurs de passage, Antoine le vagabond, Nicole la Québécoise d’adoption, les Aveyronnais Violette et Clément ou encore Dave le Britannique et Clairette la Nantaise.

La première attraction du coin est un temple plutôt particulier : le ShriKarni Mata, temple des rats sacrés. Vieux de 600 ans, il abrite des milliers de rats qui seraient les enfants réincarnés d’une caste locale. Attention où l’on met les pieds, les bestioles sont partout, et certaines en mauvais état… Pourtant, les dévots en prennent soin, leur fournissant des énormes bols de lait et des offrandes de nourriture diverse et variée.

A Bikaner, nous visitons notre quatrième fort, celui-ci ayant la particularité d’être le seul du pays à ne pas avoir été construit en hauteur mais à même le sol. Ici encore marbre ciselé, grès rose sculpté, trônes en argent et palanquins d’or racontent une histoire fastueuse. Les peintures, vitraux et autresjalis nous impressionnent toujours autant ! Nous parcourons également la vieille ville, ceinte de murailles. Les havelis, ces demeures aux façades magnifiques, sont nombreuses et les ruelles toujours aussi petites. S’y mélangent enfants jouant au criquet, chèvres et camélidés. Après avoir passé un bazar, nous arrivons à l’entrée d’un temple jaïn. Comme à Gwalior, le prêtre nous y accueille et nous raconte l’histoire du lieu. Nous nous allongeons un moment à même le marbre frais pour observer les détails des frises de la coupole principale. Sur les conseils du brahmane nous montons au niveau du sikhara, la tour blanche caractéristique de ces temples, observer le coucher du soleil. La vue sur la ville est splendide. Des enfants s’entrainent au cerf-volant du haut des toits, le désert se pare d’une douce couleur orange et les vols de pigeons dessinent des arabesques dans le ciel. La prière du muezzin résonne à travers la cité et, l’espace d’un instant, nous nous croyons en Afghanistan.

Deux jours dans le désert

Le lendemain, départ pour Deshnoke, à trente kilomètres au sud. Nous avons rendez-vous avec des dromadaires. Chami, Chamo et Chamu (c’est ainsi que nous les avons baptisés) sont prêts, en compagnie de leurs chameliers et de Babu, notre guide pour ces deux jours de « safari ». Une charrette remplie de vivres et c’est parti ! Une fois monté sur l’animal, il suffit de suivre son rythme nonchalant et de garder les yeux ouverts malgré le soleil. Car le désert est loin d’être vide : antilopes, lézards et rapaces pullulent. Nous avons même eu la chance de croiser deux renards des sables. Le Thar n’a rien à voir avec Lençois (au Brésil) ou Mui Né (au Vietnam). Ici, peu de grandes dunes mais des oasis asséchées et des plaines désertiques. Pour soulager nos postérieurs et nous dégourdir les pattes, nous alternons entre marche, dromadaire et repos sur la charrette.

Entre 11h30 et 15h l’arrêt est obligatoire, il fait trop chaud. Nous trouvons refuge dans des habitations vides, à l’ombre. Les chameliers cuisinent les chapatis, le dal et le riz tandis que nous nous liquéfions sur place. Alors que le soleil rougeoie, notre caravane rejoint les dunes qui nous accueillerons pour la nuit. Point de scorpion et de cobra, quoiqu’en dise Babu qui s’amuse à nous faire peur, nous nous endormons à la belle étoile, sous la voute céleste. Comme dans un conte des mille et une nuits.

Difficile d’imaginer que deux jours plus tard, nous montons à bord du train 15610 à destination de Delhi. Dernier trajet en train, dernière étape indienne avant notre retour en Europe : jeudi 5 avril nous arriverons à Londres après dix mois de voyage en compagnie de ce cher Albert.

3 commentaires

  1. Bon, ben… c’est dans les derniers… c’est ça ? Ou y’en aura d’autres. Bon retour en tout cas et à bientôt

    Posté le 6 avril 2012 à 17 h 34 min | #
  2. Pauline et Mailys

    Bonjour,
    Tout d’abord félicitations pour votre parcours !!
    Dans le cadre de la Litterature et Société de notre lycée, à Lanester, nous étudions actuellement votre voyage autour du monde et nous aurions aimé savoir si une rencontre est envisageable pour découvrir et partager votre expérience. Encore bravo et peut-être à très vite !

    Posté le 14 mai 2012 à 12 h 41 min | #
  3. bon parcours!!

    Posté le 14 mai 2012 à 12 h 45 min | #

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