Des temples sikhs aux jardins du Taj Mahal

02 avr 2012

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Après quelques jours à Varanasi, nous faisons halte à Gwalior, ancienne cité rajpoute. Durant trois jours, nous vivons au cœur de la communauté sikh, avant de partir pour Agra confronter notre regard au Taj Mahal.

En résidence chez les sikhs

Etrangement oubliée des circuits touristiques, Gwalior offre un intéressant patrimoine. Avec en premier lieu, le temple sikh de Bandichor Gurdwara. Arrivés au petit matin, nous empruntons notre énième autorickshaw pour rejoindre la forteresse qui du haut de ses 100 mètres surplombe la ville nouvelle.

Vivre chez les sikhs est un vrai bon plan pour les routards que nous sommes puisque ces religieux offrent le gîte et le couvert gratuitement. Aujourd’hui, la communauté compte près de deux millions de personnes. Cette religion, née au XVe siècle, emprunte des préceptes à l’hindouisme et à l’islam. Les sikhs ont par exemple conservé la croyance en la réincarnation et en un dieu unique mais réfutent l’organisation en castes. Reconnaissables à leur turban et à leur longue barbe, les sikhs ont été persécutés à de nombreuses reprises. C’est à Amritsar, dans le Pendjab, qu’ils installent au XVIe siècle leur capitale religieuse, bâtissant le Temple d’or. En 1984, voulant juguler leurs velléités d’indépendance, Indira Gandhi alors Premier ministre, lance une offensive sanglante à l’intérieur du temple. Quelques mois plus tard, elle est assassinée par ses deux gardes du corps sikhs.

Accueillis par deux babaji (chefs religieux), nous buvons le thé noir qui nous est offert avant de prendre possession de la chambre. Trois lits alignés, une salle de bain avec eau chaude et seau pour se laver. L’endroit est propre et accueillant malgré l’invasion de moustiques. Nous accrochons nos moustiquaires afin de nous protéger des attaques. L’un des sikhs, que nous surnommons « Papi turban 2 », nous fait la visite guidée des cuisines. C’est ici que nous prendrons le petit-déjeuner. Après s’être couvert la tête et avoir ôté nos tongs, nous pénétrons dans une immense salle où s’alignent des dizaines de nattes. A chaque repas, sikhs et non-sikhs viennent manger ici gratuitement. Le principe est simple. Chaque personne récupère un ‘thali’, assiette en fer compartimentée, ainsi qu’une cuillère et un verre. Des volontaires passent entre les rangs, les bras chargés de chapati (petit pain rond) et vous les déposent dans les mains, que vous présentez paumes vers le haut en signe de respect. Ensuite, il ne vous reste plus qu’à attendre qu’un second volontaire vous serve d’une louche de dal (lentilles cuisinées). Le repas peut être agrémenté de riz ou d’aloo (pommes de terre épicées). L’eau est servie au moyen d’un arrosoir et une fois le repas terminé, chacun passe à la vaisselle, nettoyant son plat pour le prochain ‘ »client ».

Alors que Benjamin fait une pause sieste, nous partons à la découverte de la vieille ville, en contrebas de la citadelle. Visite d’une mosquée et d’un temple jaïn où nous avons le droit à de nombreuses explications sur cette religion. Autour d’un chaï, le « prêtre en chef » nous bénit d’un grain de riz et d’un point de safran au milieu du front avant de nous offrir un collier de fausses fleurs et une noix de coco qui viendront alourdir notre sac.

La citadelle moghole de Gwalior

En fin de journée, à l’heure où la chaleur se fait plus rare, nous visitons la citadelle et le palais Man Mandir. Erigée par le raja Man Singh entre 1486 et 1516, la citadelle est incroyablement bien conservée.  Une fois n’est pas coutume, nous louons les services d’un guide francophone. Une bonne idée puisque nous apprenons énormément sur les us et coutumes locaux. Sous les dynasties rajpoutes, les épouses du raja ne pouvaient se montrer en public. Des espaces leur étaient donc réservés, leur permettant d’assister aux spectacles de danses, dissimulées derrières les jali, des rideaux de pierre sculptés. Le maître des lieux donnait de nombreuses représentations dans les cours principales du palais, sous les feux des lampes à huile.

A notre retour, le temple sikh est envahi de centaines de fervents venus célébrer l’absence de lune. Chants et prières nous berceront toute la nuit… Le lendemain, le cerveau un peu embrumé, nous partons découvrir une centaine de statues jaïnes, sculptées à même les murs de la forteresse. Hautes de plusieurs mètres, ces corps de pierre, datant du XVe siècle, ont été incroyablement bien conservés. En fin d’après-midi, nous regagnons la gare et sautons dans notre train. Direction Agra.

« Vous avez peur que j’interviewe le Taj Mahal ? »

Près de trois millions de visiteurs annuels, une attente d’une heure, un contrôle de sécurité digne des aéroports internationaux et un ticket d’entrée à onze euros. De prime abord, le Taj Mahal peut décourager nombre de visiteurs. Seulement le mausolée vaut véritablement le détour. Arrivés à Agra, et guidés par notre chauffeur de tuk-tuk, nous posons notre dévolu sur la Taj guesthouse, en plein cœur du Taj Ganj, quartier jouxtant le célèbre site. Pour preuve, de notre terrasse, la vue sur le mausolée est imprenable. Pour visiter le Taj, on nous conseille de s’y rendre à l’aube, à l’ouverture des guichets. Nous repoussons donc la découverte au lendemain et partons visiter le Fort rouge. Bâti par les empereurs moghols au XVIe siècle, ce fort offre une vue unique sur le Taj. A l’intérieur, palais, cours et jardins se succèdent, encerclés par un mur d’enceinte long de 2,4 km.

Pour clore la journée, nous passons la soirée sur la terrasse d’un restaurant, en compagnie de Marco, un Allemand, et de Julia et Sam, deux Britanniques. La King Fisher (bière locale) coule à flot et dans les rues c’est l’effervescence : chars colorés, musique à 15 000 décibels, danses. Les Indiens célèbrent un mariage. Rentrés à minuit, nous dormons une poignée d’heures avant de rejoindre les portes du Taj. Tout est fait dans les règles : achat des billets et file d’attente. Au contrôle, les gardiens ne plaisantent pas. Et Benjamin qui porte le sac se fait arrêter. « Pas de micro dans le Taj, Monsieur. » Encore endormi, notre compagnon bougonne : « Vous avez peur que j’interviewe le Taj Mahal ? » La blague ne passe pas et notre ami est bon pour retourner au lockroom déposer nos affaires. Revenu après vingt minutes et passablement énervé, Benjamin tente de rentrer sans repasser par le contrôle, ce qui lui vaut une belle remontrance du militaire peu enclin à coopérer.

Le marbre blanc, sublimé par amour

« Splendide », « Majestueux », « Imposant »… Le Taj Mahal, on vous le raconte. Des photos, vous en avez vu des milliers. Et pourtant, la magie opère. La lumière effleurant la coupole de marbre se métamorphose au fil des secondes. Le mausolée livre son vrai visage, devenant plus imposant et plus mystique au fur et à mesure que nous avançons. Construit entre 1632 et 1653, le Taj est né de la volonté de Shah Jahan. Accablé par le décès de son épouse Mumtaz Mahal, l’empereur voulut ériger un monument en sa mémoire. La légende raconte que pour construire un édifice à la hauteur de son désarroi, Shah Jahan fit venir le meilleur architecte perse de l’époque et fit tuer sa fiancée. L’homme, frappé d’une douleur sans précédent, pouvait enfin imaginer ce temple sans égal. Près de 20 000 artisans participèrent au chantier. De nombreux versets du Coran ornent les murs extérieurs tandis qu’à l’intérieur, la décoration est plus succincte. Seulement deux tombeaux, voilés par une dentelle de marbre, représentent les dépouilles du couple. Après avoir profité de la douceur matinale, nous quittons le site pour prendre un petit-déjeuner. Le soir, nous quittons Agra pour le Rajasthan et la cité bleue de Jodhpur.

 

2 commentaires

  1. Nicole

    Avec les lentilles et le riz complet j’ajoute des légumes, des algues et du miso, donc si vous voulez j’ajouterai pleins d’épices fortes mais il n’y aura pas de chapati.A la place vous aurez du fromage de chèvre. Voilà la nourriture « lorientaise »!!!

    Posté le 2 avril 2012 à 19 h 38 min | #
  2. mathieu le mouel

    trop dar cet article! swaggggg

    Posté le 17 mai 2012 à 1 h 14 min | #

Publier une réponse à mathieu le mouel

*
*