Saveurs indiennes à Calcutta

14 mar 2012

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L’Inde, ultime destination du voyage. Nous avons quarante jours pour sillonner le nord du territoire, de Calcutta à Delhi en passant par Varanasi et le Rajasthan.  Mais comment raconter ce pays en tentant de se défaire de ces clichés que nous avons lus, entendus ou vus ? Difficile exercice que celui-ci car il est impossible d’occulter la misère qui envahit les trottoirs de Calcutta ou de ne pas évoquer les couleurs vives des saris.

Depuis Ho Chi Minh au Vietnam, huit heures d’avion nous séparent de Calcutta, mégapole d’environ 15 millions d’habitants et capitale de l’état du Bengale Occidentale. Nous débarquons à l’aéroport international vers 22 h. Attaquées par des nuées de moustiques dont nous avions oubliés l’existence en Asie du sud-est, nous jetons nos sacs dans un taxi pour rejoindre l’hôtel Venkateswara, au sud de la ville. A cette heure tardive, les rues sont désertes et après quarante minutes de détours, nous arrivons à destination. S’en suivra une âpre discussion avec un réceptionniste peu coopératif, argumentant que notre réservation passée sur internet n’existe pas sur ses fichiers. Excès de zèle, sourires de circonstances, palabres.  A une heure du matin, exténuées, nous profitons enfin du lit.

La ville aux corbeaux

Préparées à vivre dans une cité bouillonnante, quelle n’est pas notre surprise de découvrir le lendemain, une ville morte. Aujourd’hui, c’est jour férié et le métro que l’on nous annonce comme une expérience hors du commun est en réalité vidé de ces usagers. Le bruit incessant des klaxons s’est tût et les bus ne circulent quasiment pas. Restent les rickshaws humains,  ces chariots tirés par des Indiens qui parcourent la ville à pied ou en courant, un transport aussi appelé les « hommes chevaux ».

Savez-vous combien il y a de corbeaux à Calcutta ? Trois par habitant, ce qui nous mènent à trois millions neuf cent milles corbeaux  pour la ville. Albert Londres. Visions Orientales. 1922.

Au-dessus de nos têtes, des hordes de corbeaux assombrissent le ciel et leurs cris rauques résonnent dans les ruelles. Sur les boulevards, les façades décrépies des bâtiments coloniaux témoignent de la présence des Britanniques. Ils fondèrent la ville en 1690 et en firent le premier comptoir de la Compagnie des Indes orientales.  Aujourd’hui, le visage de Calcutta, c’est une misère criarde qui s’étend sur les trottoirs. Allongées sur des paillasses ou sous des campements de fortune, des familles entières vivent sur quelques mètres carrés de bitume. Cuisiner, se laver ou dormir, tous ces gestes du quotidien se déroulent dans la rue. La mendicité est aussi très présente. Enfants et adultes tendent la main vous demandant quelques roupies ou de la nourriture. Une réalité qui n’a pas beaucoup évolué depuis le voyage d’Albert Londres en 1922 : « Les dormeurs sont allongés sur le bitume comme des cadavres. Il y en a qui sont nus, et d’autres ficelés dans un drap blanc, un suaire. » Après quelques détours, nous prenons la direction de l’Hooghly, le fleuve qui scinde la ville du nord au sud. Au Chandpal Ghat (quai), un ferry assure la liaison vers Howrat Station la plus grande gare d’Asie. Embarquées sur le bateau pour une poignée de roupies, nous rejoignons la rive ouest avec une vue superbe sur Howrat Bridge, symbole majeur de Calcutta.

Avant de regagner l’hôtel, nous partons pour les quartiers est. Sur le trottoir, des femmes accroupies préparent des sachets de poudre. Dans quelques jours, le nord de l’Inde célèbrera Holi, la fête des couleurs marquant le passage du printemps. Une célébration populaire  où chaque passant se retrouve rapidement poudré de bleu, rouge, rose ou vert de la tête aux pieds. Intriguées, nous avançons pour discuter avec ces deux Indiennes qui ne tardent pas à nous « poser » délicatement leurs mains roses et poudrées sur le visage. Holi avant Holi. C’est donc grimées que nous rentrons sous les regards amusés et intrigués.

Un trio chez Kali

Deux jours après notre arrivée, nous retrouvons Benjamin. Jeune homme de 27 ans, l’ancien colocataire de Nolwenn  voyage depuis plus de deux mois. C’est  donc à trois que nous partons découvrir le temple de Kali.

Pour rejoindre le lieu saint, nous prenons le métro. Loin du calme du premier jour, c’est une toute autre expérience qui nous attend : celle de la promiscuité ! Imaginez le métro parisien un jour de grève et multipliez par trois, vous aurez une idée du trafic quotidien.  Après avoir joué des coudes, nous descendons à la station Kalighat et terminons à pied. Les rues se font  rapidement ruelles dans ce labyrinthe. Avant de pénétrer dans le temple, nous ôtons nos chaussures. C’est la règle et nous ne pouvons y déroger même si nous sommes peu enclins à marcher nus pieds sur un sol détrempé où se côtoient fruits pourris, flaque d’eau douteuse et autres saletés. Pendant près d’une heure, un prêtre nous explique que Kali, déesse au visage noire, protègera notre famille moyennant quelques offrandes de fleurs, d’encens et de roupies pour aider au fonctionnement du temple. Ici, chaque matin, des centaines de nécessiteux viennent prendre leur repas.

Après avoir jeté nos colliers de fleurs à la déesse aux trois yeux (quelque peu effrayante), nous partons en quête d’un repas. Nous échouons au Banana Leaf, restaurant végétarien estampillé cuisine du sud de l’Inde. Au menu : thali, sauces sucrée-salée, épices, riz basmati et bouteille d’eau. Règle d’or en Inde : ne boire que de l’eau en bouteille. Tentez de vous écarter de cette règle et votre estomac s’en souviendra. Nous en ferons la douloureuse expérience…

Notre journée se termine au Victoria Memorial Hall, un mausolée de marbre blanc érigé entre 1906 et 1921 en l’honneur de la reine britannique Victoria. Entouré de jardins et d’un lac, c’est un véritable havre de paix au cœur de la ville.

Visite chez le poète et philosophe Tagore

Pour notre dernier jour, nous visitons la maison de Rabindranath Tagore, philosophe et poète né en 1861 à Calcutta. Après un passage chez le barbier pour Benjamin, peu rassuré par le rasoir venu effleurer son oreille gauche, nous découvrons la demeure du poète dans le quartier Jorasanko.

Couronné du prix Nobel de Littérature en 1913, l’intellectuel fonda trois universités où le savoir scientifique devait être enseigné au même titre que le savoir philosophique et spirituel. Figure charismatique, Tagore venait d’ailleurs de créer l’université Shri Niketan lorsqu’Albert Londres le rencontra : « Tagore avait pour but de former une élite intellectuelle dont l’influence virilisera l’Inde ». Passionné par la culture du Japon, le poète se rendit de nombreuses fois dans ce pays et parcourut le monde avant de mourir en 1941 dans sa maison de Calcutta.

Dans son université de Santi-Nikketan, Rabindranath Tagore est un dieu. Ses cheveux gris bouclés encadrent sa tête magnifique. Ses pieds sont nus, sa robe est blanche. Il se lève pour la bienvenue. Tagore joignit ses mains et me salua à l’hindoue, les balançant trois fois. Albert Londres. Visions orientales. 1922.

C’est dans les rues étroites et commerçantes du quartier Barabazar que nous terminons la journée, croisant sur notre chemin, des musulmans, des hindous, des touristes et des centaines de marchands ambulants. Echangeant également de nombreux sourires avec les Indiens et répondant aux questions récurrentes : « Are you married ? », « Where do you come from ? ».

Aux abords du Jagannath Ghat, le soleil disperse ses derniers rayons rosés de la journée. Quelques enfants amusés prennent la pose devant l’objectif alors que des dizaines d’adultes se lavent dans le fleuve. Nous quittons toutes les deux Calcutta pour Pondichéry, au sud du pays, dans l’état du Tamil Nadu. Devant nous, un voyage de 27 heures dans un wagon couchette. De son côté, Benjamin part pour Darjeeling. Promesse est faite de se retrouver  dans une semaine à Calcutta pour poursuivre la route ensemble.

 

1 commentaire

  1. Martin

    D’autres couleurs, d’autres sons, une ambiance encore nouvelle. Merci pour cette découverte. J’attends la suite avec impatience, comme toujours !
    Et magnifiques, les photos des femmes dans la teinture rose !

    Posté le 19 mars 2012 à 0 h 30 min | #

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