Sur la route

28 fév 2012

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Avaler 250 kilomètres de bitume, vissé sur le siège arrière d’une moto, ça vous tente ? Pour rejoindre Dalat à Mui Né, station balnéaire au bord de la mer de Chine, nous avons choisi l’option « on the road » avec nos Easy Riders, Hiep et Titi. Rendez-vous est donné à 8h30 devant notre hôtel. Après avoir réglé le problème des sacs ficelés sur la bécane, nous partons pour deux jours de route.

Champignons noirs et bâtons d’encens

Dans les soupes, les salades et bien évidemment dans les plats végétariens, le tofu se décline à l’infini. Sa qualité diffère, son goût aussi. Au cœur de Dalat, nous débarquons dans une fabrique plus qu’artisanale. Dans une pièce enfumée, un couple de Vietnamiens produit ici des mètres de tofu en une journée. Une fois le lait de soja bouilli avec du vinaigre, l’épais liquide est versé dans une presse pour environ cinq minutes. Les bâtons sont ensuite disposés sur une table et coupés de manière précise (à la règle !) pour en faire des parts destinées à la vente.

Après cette visite (et sans dégustation matinale), nous quittons la ville, direction la pagode de Thiên Vu’o’ng accrochée à une colline d’où l’on aperçoit le lac Tuyen Lâm. Ecoutant le son cristallin du carillon, la plénitude des lieux nous séduit malgré les hordes de touristes et de fervents venus prier. La pause terminée, nous repartons et faisons halte à Lang Dinh An (village du poulet). Tout en ciment, le fier coq trône à l’entrée. Une architecture pour le moins surprenante et inattendue. Entourées d’une ribambelle de gamins, nous empruntons des chemins poussiéreux à travers un labyrinthe de baraques. Sol en terre battue, jarre extérieure pour l’eau : la pauvreté et la misère nous sautent aux yeux…

Pour clore cette matinée, nos guides nous emmènent dans une ferme à champignons noirs. Ils poussent ici sous d’immenses toits de chaume. Le procédé est simple. Dans des demi-bouteilles d’eau, versez de la chaux et de la sciure de bois. Mettez tous ces paquets bien à l’ombre et laissez… pourrir ! Trois semaines après, les champignons pointent le bout de leur chapeau. Ramassés, ils sont exposés en plein soleil pour séchage. Tout ceci nous met en appétit et ce midi ce sera riz aux légumes. « Mangez bien car la route est longue jusqu’aux chutes », nous précise Hiep.

Rassasiées, le casque accroché au menton, nous sillonnons la campagne. Devant nous, des champs à perte de vue. Sur la droite, un chemin cabossé : une bagatelle pour nos motos tout terrain. Le soleil est au zénith et la pause cascade bienvenue. Depuis Dalat, nous avons parcouru environ 100 bornes. Avant d’atteindre Dinh Linh, notre étape du soir, nous faisons un dernier arrêt dans une pagode tenue par des nonnes. Pas question d’assister à une cérémonie. Ici, les religieuses fabriquent des bâtons d’encens jaune et violet. Intriguées par notre venue, surprises peut-être de voir deux jeunes femmes à moto, elles nous questionnent sur notre voyage. L’une d’elles souhaitant même venir en France, « si on lui paye le billet », sourit-elle. Elles nous offrent le thé mais nos deux drivers nous pressent : il faut atteindre la ville avant la nuit. Nous absorbons nos derniers kilomètres sous la lumière rasante du soleil couchant.

La mer de Chine, notre Graal

Pour notre second jour, les pauses sont moins nombreuses. Mais la route bien plus belle. Elle épouse les montagnes où viennent se loger des rizières mais aussi de vastes champs de thé et de café. Les couleurs de la matinée tirent sur le vert : celui de la jungle mais aussi ce vert plus brumeux des vallées qui nous offrent de sublimes panoramas. En début d’après-midi, au bout d’une petite route de campagne, nous débouchons soudainement sur une deux fois deux voies. Quelques centaines de mètres, et la voici enfin : la mer de Chine. Etendue bleu profond où se reflète le soleil, la récompense finale de nos kilomètres ingérés depuis deux jours. Hiep et Titi nous déposent dans un hôtel sur la plage de Mui Né avant de repartir le lendemain. Pour eux, six heures de moto, pour nous la découverte des dunes environnantes.

Aux portes du désert

En 1920, Albert Londres se rendait en Russie pour décortiquer le système politique soviet. Si la Russie n’apparait pas sur notre itinéraire, nous en avons eu un bref aperçu à Mui Né. Allez comprendre, ici tout est conçu pour les Russes : menus, devantures de magasins, guide… Tout est écrit en cyrillique.

Notre resort, loin des cinq étoiles parsemés sur cette étendue de sable de 22 kilomètres, a tout de même une belle vue sur mer et dispose d’une piscine. C’est à pied que nous découvrons les ruelles de Mui Né, village de pêcheurs. A notre habitude, nous nous perdons dans les quartiers et débarquons finalement près du port où quelques femmes finissent de nettoyer des paniers à crevettes. Avant le coucher du soleil, nous partons vers les dunes rouges aux portes de la ville. Sur place, le sable, plutôt orange vif, nous brûle les pieds. A la nuit tombée, profitant des produits de la mer, nous nous payons un restaurant au bord de l’eau. Lampions de rigueur, poissons frétillant dans les bacs devant les gargotes. Le décor parfait pour s’octroyer un plat de Saint-Jacques à la vietnamienne (beurre, persil et cacahuètes…) et un thon grillé.

Le lendemain, notre soif de désert loin d’être étanchée, nous partons à la recherche d’autres dunes. Blanches cette fois. Bien plus éloignées que leur cousine… Et pour cause. Sans plan ni indication, nous parcourons plus de 30 kilomètres sur notre moto. Bien décidées à ne pas abandonner notre quête, nous en oublions le réservoir qui se vide d’une traite. Panne sèche à 200 mètres d’une station. Notre bonne étoile est là ! Après avoir surmonté des collines et une route interminable, nous atteignons le site. Fière de nous, il nous faut encore braver un chemin ensablé. Et la maitrise d’un deux-roues sur terrain mouvant ne s’invente pas. Nolwenn perd le contrôle du scooter, heureusement à faible allure. A peine le réflexe de sauter de la bécane qui s’échoue lamentablement sur le sable. Julie s’en sort tout de même avec une importante brûlure de pot d’échappement maquillant son mollet droit.

Entourées des dunes, les lieux nous rappellent le désert de Lençois au Brésil. Bercées par la chaleur cotonneuse de cette fin de journée, nous jouissons des derniers rayons avant de reprendre la route pour Mui Né sous un ciel rosé où s’accrochent les premières étoiles.

 

3 commentaires

  1. Vos billets sont superbes. Un bon antidote au retour et la grisaille parisienne.

    J’espère que vous avez pu réserver vos billets de train indien.

    Bonne route

    Posté le 28 février 2012 à 10 h 20 min | #
  2. Barbara

    Un régal de bon matin ! Photos, texte et sons. Merci les filles !

    Posté le 29 février 2012 à 10 h 20 min | #
  3. Elodie

    Magnifiques ces dunes et déserts!

    Posté le 14 mars 2012 à 22 h 34 min | #

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