Chuc Mung Nam Moi

08 fév 2012

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Deux années en une. En moins d’un mois, nous aurons fêté deux passages à la nouvelle année. « Chuc Mung Nam Moi » comme disent les Vietnamiens. La fête du Têt a été célébrée le 22 janvier, et pour l’occasion, nous étions à Hué.

Après avoir parcouru la campagne de Ninh Binh, nous nous installons à bord d’un « sleeping bus », comprenez « bus couchettes ». Loin d’un cinq étoiles, nos lits ne sont pas désagréables. Seule la conduite sportive de notre chauffeur nous fait sauter. Il est 8h du matin quand nous posons nos bagages au Jade Hôtel, au cœur de l’ancienne cité impériale. Accueillies par un superbe petit-déjeuner, nous prenons possession de la chambre avant de découvrir la ville à vélo. Les nuages gris stagnent au-dessus de nos têtes. Le long de la rivière des Parfums qui scinde la ville une ribambelle de bateaux attend les touristes pour les excursions.

L’enceinte impériale, une ville dans la ville
Hué fut la capitale de la dynastie Nguyen qui régna de 1802 à 1945. Véritable cité fortifiée façon Vauban, la citadelle s’étend sur un périmètre de dix kilomètres. A l’intérieur, des rues et des cafés comme on en croise à Hanoï ou Saigon. Mais aussi l’enceinte impériale. Délimitées par d’imposantes murailles de deux mètres d’épaisseur, sa construction débuta en 1804 pour s’achever trente ans plus tard.

Véritable ville dans la ville, cette demeure impériale abrite les vestiges des résidences de l’empereur et les principaux bâtiments de l’administration de l’époque. Armées de nos parapluies, nous pénétrons dans l’enceinte par la porte Ngo Mon. C’est ici qu’apparaissait le monarque pour marquer les grandes cérémonies. A cet endroit, Bao Dia, dernier empereur du pays, abdiqua de ses fonctions en août 1945. Le toit de cette porte, habillé d’une multitude de tuiles tubulaires d’un rouge orangé, est recouvert de lichen. Quelques drapeaux gorgés d’eau tentent de flotter, portés par une brise légère qui s’est levée. Derrière nous, se dresse le palais Thai Hoa gardé par deux griffons colossaux. La salle principale est portée par 80 colonnes laquées de rouge et or. Au centre, le trône de l’empereur et quelques objets ayant appartenu à la famille impériale sont exposés à la vue des touristes.

A Hué, sa capitale, trois jours avant de prendre la mer, Sa Majesté Kai-Dhin, empereur d’Annam, me fit l’honneur princier de me recevoir. Elle était en robe rouge flamboyant, en pantalon blanc et turban jaune, couleur de sa lignée. Albert Londres, 1922, Visions orientales

Nous continuons la visite et découvrons une vaste cour où tiennent encore debout les maisons des mandarins. C’est entre ces murs que vivait l’administration. Collections de vêtements et photographies noir et blanc usées par le temps nous présentent le visage d’une civilisation disparue bien que récente.

Autour du palais, de nombreux vestiges sont aujourd’hui noyés sous la végétation. Arrivées au bout de la citadelle, nous rebroussons chemin pour voir la résidence de la Reine mère. Des jardins verdoyants, des sapins et quelques carillons se balancent au vent : ambiance zen sous une pluie battante.

A 14h, nous partons déguster un pho, soupe locale à base de nouilles de riz, d’herbes, de salades et agrémentée de bœuf ou de poulet. Rassasiées, nous poursuivons la balade et c’est par hasard que nous tombons sur Mui. Ce Vietnamien d’une cinquantaine d’année parle quelques mots de français. « Bonne année », nous lance-t-il du parvis de sa maison. Nous nous arrêtons pour discuter littérature française et itinéraire touristique. En moins de dix minutes, nous voici invitées chez lui à boire une bière et manger des banh, gâteaux de riz fourrés spécial Têt.

Durant une heure, nous voyons défiler toute la famille : neveux, nièces, frères ou sœurs dont Muid nous décline systématiquement l’identité. Difficile pour nous de retenir tous ces noms. « Maintenant, nous partons voir ma belle-mère. » Car au Têt, c’est la tournée des Grands Ducs version famille. Nous prenons donc congé, rendez-vous est donné le lendemain pour visiter à moto les temples impériaux aux alentours de la ville en compagnie de son fils.

Feu d’artifice pour honorer l’année du dragon

22 janvier 2012. Terminée l’année du lapin, place au majestueux dragon. Pour célébrer l’événement, rien de tel qu’un feu d’artifice, et ce ne sont pas quelques gouttes qui stopperont les festivités. Renseignement pris, nous nous rendons sur les berges de la rivière. Sous une pluie glacée, nous nous mélangeons avec des dizaines d’adolescents qui affluent sous le pont principal de la ville. A minuit tapante, les premières lumières embrasent le ciel. Le feu est tiré de la tour du Drapeau, haute de 37 mètres, bastion de la citadelle. Quinze minutes de spectacle accompagnées des cris de joie et des commentaires de nos voisins.

Une fois terminé, tout le monde rentre chez soi. Quelques habitants nous lancent des « Happy New Year » entre deux averses. A l’hôtel, les traditionnelles offrandes trônent sur le trottoir, et devant les boutiques les commerçants brûlent quelques bâtons d’encens. Une fois rentrées, nous avons le droit à une coupe de mousseux russe. Pas un grand millésime mais un bon moment partagé avec notre réceptionniste ravi de nous expliquer les traditions du Nouvel An.

Les tombeaux, demeures éternelles des empereurs

A notre réveil, prise de conscience : les tongs sous la pluie du Têt n’étaient pas une bonne idée. La voix cassée et la gorge serrée, Nolwenn se réveille avec une belle angine. Un thé et un jus d’orange offert par la maison serviront de traitement de choc. Nous avons rendez-vous avec le fils de Mui. La pluie a redoublé d’efforts pour semble-t-il nous gâcher la journée. Qu’importe, nous bravons l’eau et arrivons à 9 h chez notre hôte. Gêné, il nous explique qu’il est impossible de faire la visite et se propose de nous appeler un taxi pour nous accompagner. Banco. Quarante minutes plus tard, nous voici assises au chaud et au sec.

Après avoir parcouru une vingtaine de kilomètres, le taxi s’arrête devant le tombeau de Khai Dinh. Nous nous acquittons du droit d’entrée et gravissons la vingtaine de marches qui nous mènent sur le parvis du temple construit entre 1920 et 1931. Face à nous, deux rangées de mandarins et de soldats accompagnés de deux imposants éléphants de pierre. Figés dans la roche, le visage fermé, ils semblent imperturbables.

En 1922, Albert Londres rencontrait l’empereur Khai Dinh en route pour la France. Dans son ouvrage Indochine, le journaliste retranscrit une partie de cet entretien : « C’est la première fois qu’un souverain d’Annam va quitter ses Etats. Je viens à Paris dire que je suis content et que l’Annam est heureux, que ce bonheur mon pays le doit à la France, et que je n’apporte qu’un mot : merci, et que je ne formule qu’un souhait : ne nous abandonnez pas. »

Sur le second parvis, trône le tombeau du monarque avec en son centre une représentation tout en bronze de l’empereur. « Cette statue a été coulée à Marseille », nous précise Mui parmi une foule de détails historiques. Dans les salles adjacentes, des dizaines de photos de cérémonies impériales et des objets de la cour (vaisselles, céramiques…) sont exposés. Avant midi, nous rejoignons le dernier tombeau, celui de Minh Mang qui dirigea le pays de 1820 à 1840. Au cœur d’un parc de 28 ha, parsemés de pins, c’est un véritable dédale de temples et de mausolées que nous découvrons avant de quitter notre guide et de rejoindre l’hôtel.

Gong et cerisiers en fleur à la pagode Thien Mu

Le dernier jour, avant d’attraper notre bus pour Hoi An (à 120 km plus au sud), nous décidons de pédaler jusqu’à la pagode Thien Mu qui surplombe la rivière des Parfums. Le lieu saint est envahi de Vietnamiens venus prier Buddha après les fêtes du Têt. De jeunes moines, la tête rasée, se relaient pour frapper le gong dont la musique résonne à l’infini. Sur le site, est exposée la voiture de Thich Quang Duc. Rendue célèbre par la photo de Malcolm Browne, ce bonze s’immola en 1963 à Saïgon, protestant contre la répression organisée par le président Diem dont étaient victime les bouddhistes.

Dans les cours intérieures, bonzaïs et cerisiers en fleur colorent les lieux. Un vieil homme, a priori le chef spirituel, vêtu d’une toge jaune et au sourire communicatif, s’entretient avec les fervents apposant ses mains sur leur tête pour les bénir. Un véritable instant de sérénité qui clôt ces quatre jours au cœur de la cité impériale.

4 commentaires

  1. Martin

    Mais il semble qu’Hué soit une ville de pluie. Je l’ai visité sous des trombes d’eau. Et jusqu’à 50 cm d’eau dans les rues.

    Et si la rivière des parfums n’a pas d’odeur, cela reste un endroit superbe pour s’y promener, de jour comme de nuit…

    Posté le 8 février 2012 à 17 h 44 min | #
  2. BbA

    Bonne année – bonne année les filles – les filles….! Bises – bises.

    Posté le 8 février 2012 à 22 h 43 min | #
  3. Laura&Gaby

    Chuc Mung Nam Moi les filles !
    Pour notre part, on a fêté le passage à l’année du dragon à Saigon, ce qui nous a valu une tentative d’arrachage de sac, pas un super souvenir !
    Nous sommes rentrés en France il y a 2 jours, il fait -4°… aaarrgh !
    Profitez bien et Easy tigger !

    Posté le 11 février 2012 à 19 h 22 min | #
  4. Benichow

    Ca faisait longtemps que j’étais pas venu voir le site… Très chouette récit! Un sacré style, pourtant pas simple j’imagine à quatre mains (et vingt doigts). Continuez comme ça mesdemoiselles!

    Posté le 14 février 2012 à 1 h 16 min | #

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