« Visite à Dalat, terre promise et bien gagnée »

26 fév 2012

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C’est sous ce titre que parût en 1922, l’article d’Albert Londres sur « la ville de l’éternel printemps ». Plusieurs personnes rencontrées au Vietnam nous avaient vanté la douceur de vivre de Dalat et nous attendions avec impatience de la découvrir.

Station thermale à la française

A l’époque coloniale, on venait s’y reposer et prendre le frais. La France transforme le village de l’ethnie Lat (Da signifiant rivière, Da Lat, « la rivière des Lat ») en une véritable station chic de l’Indochine. Un palace, un casino, un lac artificiel, l’Institut Pasteur en 1936, rien n’est trop beau pour les colons ! On importe et plante pins, fruits et légumes, transformant la ville en « Petit Paris ». Aujourd’hui, les villas coloniales et l’urbanisme français marquent toujours la cité : une tour Eiffel de télécommunication trône au centre-ville, un golf a pris ses quartiers au bord du lac et les cultures alentours font la prospérité des agriculteurs locaux.

Ce n’est pas de ce matin qu’on parle de Dalat, en Indochine. M.Doumer rêva d’y venir rafraîchir ses troupes et les idées de ses fonctionnaires. Albert Londres, Visions orientales, 1922.

S’étalant sur plusieurs collines, Dalat offre de nombreux visages. Sensation d’être à la montagne au milieu des chalets et des sapins, impression d’un retour dans une France nostalgique au détour de ruelles ou encore sentiment étrange d’être en Méditerranée en entendant les cigales sous les pins.

Nous devenons rapidement des habituées du grand marché de la ville où nous réquisitionnons cordonnier et couturière pour rapiécer nos vêtements et sandales qui commencent à rendre l’âme après huit mois d’utilisation intensive. C’est aussi là que nous retrouvons avec délice, les « vitaminas » du Brésil, jus d’avocat mixé que l’on appelle Sinh To Bo au Vietnam ! Sur les étals, des fruits et légumes introuvables dans le reste du pays (fraises, artichauts, chou-fleur, patates, etc) côtoient les pommes-cannelle, mangues et autres produits vietnamiens. C’est aussi à Dalat que se trouvent les seules vignes du pays. Nous avons bien évidemment testé pour vous le vin mais n’avons pas été conquises (ni par le blanc ni par le rouge)… Autre particularité locale : les fleurs. Depuis que des Hollandais sont venus planter des tulipes dans les années 90, à l’ouverture du pays, la bonne idée a été reprise et l’on ne compte plus les serres qui brillent à l’horizon de la ville. Roses, crocus, chrysanthèmes, glaïeuls, tout pousse à Dalat !

Au sud de l’Annam, sur le plateau des Lang-Bian, au pays des Moïs noirs et nus, Dalat ! Ô Dalat ! Tu es la rosée du matin des hommes. Autrement dit, c’est la station d’altitude d’Indochine. Albert Londres, Visions orientales, 1922.

Comme à notre habitude depuis Hoi An, nous louons un scooter pour découvrir les environs. Direction le mont Lang-Bian, point culminant de la province. Nous gravissons la montagne sous la chaleur de la mi-journée, jusqu’à un premier sommet à 1970 m d’altitude. Le panorama est splendide, des cours d’eau serpentent à nos pieds, les cultures s’étendent à perte de vue et quelques vaches paissent autour de nous. Détour par un étang au soleil couchant, entre les champs d’oignons et de pommes de terre avant de tomber nez à nez avec un troupeau de buffles en bord de rivière.

Le tigre de Dalat

Si Albert Londres raconte sa partie de chasse en compagnie de Fernand Millet en 1922, de nos jours il n’y a plus de tigres sur le plateau du Lang-Bian. Nous avons tout de même eu la chance d’en rencontrer un : Minh, soixante ans, dit « le Tigre ». Sur une erreur d’adresse, nous atterrissons dans un restaurant végétarien. Le patron nous offre un café et la discussion s’engage. Elle durera toute la matinée. Minh nous raconte sa vie, son enfance, les guerres, l’exil et le retour.

Dalat n’est pas qu’une future station, mais l’authentique et présente capitale de chasse de l’Extrême-Orient. […] Ce soir-là, comme la nuit s’annonçait, un frisson me saisit. – Vous êtes atteint de la fièvre du chasseur. C’est la maladie de Dalat. J’avais besoin de tuer un tigre. Albert Londres, Visions orientales, 1922.

Parfaitement francophone, il apprend la langue de Molière au lycée français Yersin de Dalat au milieu des années 60. « Le Tigre » s’engage ensuite dans l’armée du sud, au côté des Américains. Officier, il commande 150 hommes et participe à un massacre qui le traumatise encore. Trois mois en hôpital psychiatrique avant de reprendre la guerre. Capturé par le Viet Cong, il passera deux ans et sept mois dans un camp de rééducation avant de s’échapper et de partir aux Etats-Unis. Sous ses allures de motard, Minh a les larmes aux yeux et nous une boule dans la gorge.

Mais parlons des jours heureux. Minh nous raconte son enfance, le Dalat des années cinquante. Aux USA, il reprend des études pour devenir directeur de la photographie pour des productions vietnamiennes. Tradition familiale puisque son père travaillait déjà dans le cinéma. Minh a même rencontré Catherine Deneuve sur le tournage d’Indochine, « elle m’avait conseillé d’ouvrir un restaurant de nourriture française au Vietnam ! », se souvient-il en souriant. Il revient au pays lorsque sa mère tombe malade et ouvre son restaurant en 2006 sur le terrain de ses parents. Sans crainte, il nous parle du régime communiste, des pots de vin, du système actuel. Son fils, 23 ans, étudie la médecine aux Etats-Unis et reprend le restaurant paternel. Sa fille, trentenaire, travaille à Paris. « Elle, au moins, parle français, mais je ne comprends pas tout ce qu’elle dit, je suis un peu rouillé et la langue a changée ! » s’amuse-t-il. « Aujourd’hui, je vais construire une cabane dans la forêt et y passer mes vieux jours », conclue Minh dans un sourire éblouissant. Nous le quittons, sous le choc d’un témoignage intense sur le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui.

Easy Rider dans les campagnes

Pour la première fois, nous engageons des guides pour découvrir la ville et ses environs avec un peu plus d’explications que nos simples yeux. Hiep et Titi nous embarquent sur leurs motos pour un tour dans Dalat et une trentaine de kilomètres autour. Et ils ne chôment pas ! La pagode du dragon, la cathédrale, la maison folle (délire architecturale d’un hôtel style Gaudi), la gare dont le bâtiment est calqué sur celle de Deauville, les champs de légumes et de fleurs, une distillerie d’alcool de riz, une fabrique de soie, une plantation de café, tout y passe ! Nos deux guides francophones nous expliquent tout avec une foule de détails. Désormais, nous savons distinguer un caféier moka, d’un robusta ou d’un arabica et les vers à soie n’ont plus aucun secret pour nous !

Une superbe journée sous le ciel bleu et l’air pur de Dalat avant qu’une énorme averse vienne interrompre la balade, inondant complètement les routes. Malgré cette bonne douche, nous décidons de partir à moto jusqu’à Mui Né. Deux jours de road trip avec Hiep et Titi à travers les hauts-plateaux.

1 commentaire

  1. Nicole

    superbes paysages et rencontres humaines témoignent de la beauté du Vietnam.merci !

    Posté le 27 février 2012 à 9 h 54 min | #

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