Ratanakiri mon amour

02 jan 2012

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Après notre séjour à Phnom Penh, nous souhaitions découvrir le Cambodge rural, celui où vit la majorité des Cambodgiens : la province du nord-est du pays, le Ratanakiri, nous tendait les bras.

Halte à Kratie

La route est longue pour s’y rendre. Nous descendons du bus à Kratie, petit village sur les bords du Mékong et point d’observation des derniers dauphins d’eau douce du fleuve. Nous resterons sur les bords, préférant nous promener aux alentours de la ville, contempler les magnifiques rives sablonneuses, sillonner le marché et acheter nos premiers krama, foulards quadrillés typiquement cambodgiens.

Lacs, cascades et nature à Banlung

Une nuit et six heures de bus plus tard, nous arrivons à Banlung, capitale de la province du Ratanakiri. Les chauffeurs de moto-taxis nous attendent de pied ferme afin de nous amener à l’hôtel pour lequel ils travaillent. Après négociation avec ces rabatteurs professionnels, nous atterrissons à l’Hôtel Tribal. L’endroit est plutôt laid, grand et vide, mais nous y rencontrons des voyageurs sympathiques : Hugo, un Québécois en vadrouille, Isis et Fanny, deux sœurs du nord de la France, et Jean, un Toulousain exilé en Nouvelle-Calédonie.

Ensemble nous louons des vélos pour nous rendre au Yeak Laom Lake à quelques kilomètres de Banlung. L’ancien cratère remplit d’eau est magnifique. Le week-end, les habitants viennent y pique-niquer et s’y baigner. Nous faisons de même, tout habillées puisque, contrairement à nos compagnons, nous n’avons pas prévu le maillot de bain ! La forêt entoure le lac dont les abords sont splendides. Nous lézardons au soleil sur un ponton avant de reprendre nos bicyclettes pour repartir en ville. Nous avons rendez-vous avec le coucher de soleil, au bord d’un autre lac en sirotant un coconut shake. Cette merveille culinaire à la recette top secrète est une sorte de smootie parfaitement onctueux à la noix de coco, un pur régal dont nous devenons instantanément addicts !*

Trek dans la jungle : joue-la comme Tarzan

Le lendemain nous partons pour « un trek de deux jours dans la jungle ». Nous sommes dix au total : l’équipe des six francophones, Holly une Britannique, Assaf, un Israélien, Vuthy l’organisateur et un guide. Nous avons rencontré Vuthy à la sortie du bus. Ce jeune père de famille de 25 ans était cuistot dans un restaurant avant de travailler auprès des touristes. Petit « but very strong », l’homme a l’œil qui pétille et parle anglais à une vitesse défiant tout entendement. Toujours de bonne humeur, il tient à ce que tout le monde soit ravi de sa balade.

Nous commençons la journée par un petit-déjeuner au marché et en profitons pour acheter nos victuailles. De là, des motos-taxis nous attendent pour nous amener au village Kalaï à 25 km de Banlung. « Quoi on monte à deux avec nos gros sacs là-dessus ? » s’étonne Hugo. « It’s Cambodian style ! » répond Vuthy avec son grand sourire. Du village, nous marchons trois heures avant d’arriver à notre point de chute. La végétation est bien différente des forêts équatoriales du Gabon et de Guyane. Ici tout est touffu, dense, les bambous et lianes rendent les déplacements plus difficiles. Les dénivelés sont nombreux, les chaussures glissent mais tranquillement la troupe progresse entre les plantes et les toiles d’araignées (plus nombreuses que partout où nous sommes passées jusqu’à maintenant). Heureusement, nous croiserons peu de ces insectes à longues pattes, observant certain spécimens noir et jaune suspendus à leur toile. Notre campement est situé près d’un court d’eau où une mini-piscine naturelle nous attend. Installation des hamacs, baignade, pêche, nous profitons de la nature avant la tombée de la nuit. Certains se hasardent à sauter dans l’eau, accrochés à une liane tandis que d’autres préparent le feu. Vuthy et notre guide coupent des bambous pour confectionner des verres et préparent le diner.

Autour du feu, Vuthy nous raconte sa vie. Papa depuis deux mois, son histoire d’amour est compliquée. Ne pouvant payer la dot pour marier sa dulcinée, les deux tourtereaux ont fui ensemble à l’autre bout du pays avant que leurs familles ne consentent à un mariage « au rabais ». Nous apprenons beaucoup sur les traditions cambodgiennes auprès de lui avant de sortir l’alcool de riz et de chanter tous ensemble des chansons de nos pays respectifs. Belle soirée au cœur de la jungle avant une nuit froide et humide ! Peu d’entre nous ont bien dormi mais c’est dans la bonne humeur que nous reprenons la marche pour rejoindre le village.

Avec les mineurs de Bokéo

Après la forêt, les cascades de Ban Lung nous attendent… et surtout les éléphants ! Quelques pachydermes sont utilisés pour trimbaler les touristes d’une cascade à l’autre. Nous souhaitons les voir, mais pas les monter. Nous arrivons juste à temps : les deux cornacs viennent d’aller chercher les deux géantes, une maman et sa fille, qui passent nonchalamment devant nous. Les deux bestioles sont respectivement âgées de  57 et 31 ans ! Nous les suivons à l’abri des regards lorsqu’elles se font « harnacher », préparées pour accueillir deux à trois touristes sur leur dos.

C’est à pied que nous admirons les cascades de 15 mètres de haut avant de partir en scooter pour Bokéo. Nous parcourons 35 kilomètres à trois sur un scooter avec Bunta, notre chauffeur-guide. Nous traversons des plaines magnifiques et nous arrêtons marcher dans les champs d’hévéas au petit matin. Cette culture est omniprésente dans le Ratanakiri et des arbres à caoutchouc de toutes les tailles et de tous les âges se dressent le long de la route, gravés d’un sillon recueillant leur précieuse sève.

Bokéo, à peine un village : des cabanes de tôles, de bois et de bâches à la frontière du Vietnam. Derrière, des champs de terre retournée. Des monticules marrons à perte de vue comme si des taupes avaient labouré le sol et, ici et là, des structures branlantes pour protéger les hommes du soleil. Deux piquets, une bâche et des trous de la taille d’un homme, profonds de 12 à 15 mètres. Les mineurs y descendent à main nues, creusent et extraient la terre pour trouver des pierres précieuses. Nous marchons jusqu’à une de leur base. Sous nous, des mètres de galeries où triment des dizaines d’hommes. Sensation étrange. Notre guide traduit et nous échangeons à la surface de la terre. Untel travaille ici depuis qu’il a quinze ans, un autre a quitté sa province natale il y a quatre ans pour gagner un maximum d’argent. Tous sont couverts de terre, les ongles noirs d’avoir gratté le sol. Ils nous montrent leur butin du matin, des pierres rouges, mauves et noires, gardées précieusement dans une petite boite blanche. Non, nous ne voulons pas en acheter, nous sommes là pour voir. Non, nous ne descendrons pas avec eux, merci. Ils n’ont pas l’air surpris de nous voir ni d’être dérangés par notre passage.

Quelques mètres plus loin, un groupe joue aux cartes. Cette fois, notre présence fait débat. Pour cause, l’argent circule, beaucoup d’argent : des billets de 100 dollars passent d’une main à l’autre. « C’est illégal dans notre pays », nous explique Bunta. « On peut jouer, mais pas pour de l’argent ! Surtout qu’ils viennent perdre tout ce qu’ils ont gagné ! » se désole le jeune homme. Assurés que nous ne prendrons pas de photos, les joueurs continuent et nous quittons Bokéo, la misère collée à la rétine.

5 commentaires

  1. Diane

    Cool, tout ça.
    Encore une fois grâce à vous, je suis partie bien loin lors de ma pause déjeuner…
    Bisous les filles et… belle année 2012 !!!

    Posté le 2 janvier 2012 à 14 h 04 min | #
  2. PYB

    Bonjour à vous deux !
    Merci pour les aventures et une très belle année. Que 2012 vous soit douce et pleine de créativité.
    Je pense que c’est plutôt bien parti…

    Posté le 2 janvier 2012 à 16 h 55 min | #
  3. alain crenn

    salut les filles !
    un très bon docu, merci pour toutes vos aventures ! Bonne Année et plein de bonnes choses ! ! m !
    alain

    Posté le 4 janvier 2012 à 18 h 27 min | #
  4. Katell

    Bonjour, nous vous avions croisées à Kratie. Je suis ravie de voir que la suite de votre séjour vous a beaucoup plu.
    Bravo pour votre site et pour votre aventure

    Posté le 8 janvier 2012 à 22 h 51 min | #
    • Julie

      Bonjour Katell,
      Merci pour ton message !
      Nous espérons que vous êtes bien rentrées en Bretagne et que votre séjour s’est bien terminé.
      Bises du Vietnam
      Julie et Nolwenn

      Posté le 13 janvier 2012 à 12 h 39 min | #

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