Pour une poignée de dollars

25 jan 2012

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La baie d’Halong. Un lieu mythique associé à l’image de ces célèbres pics rocheux, fièrement dressés dans le golfe du Tonkin. « Ha Long » signifie descente du dragon. La légende raconte que l’animal sacré, figure bienfaisante au Vietnam, aurait voulu dompter les courants marins. Il aurait ainsi entaillé les roches et façonné ce paysage mystérieux.

Après les rizières de Sapa, nous filons vers la baie. Nous avons fait appel à un tour opérateur pour organiser nos deux jours et une nuit sur place. Samedi matin, dans le vieux quartier de Hanoï, nous sommes tombées du lit pour arriver à 8 heures au rendez-vous fixé par le bus. Habituellement ponctuel, le chauffeur se fait attendre. Au bout d’une heure, nous alertons la responsable de l’agence de tourisme. Renseignement pris : on nous a simplement oubliées. L’erreur est vite réparée et nous voici, toutes les deux assises derrière le conducteur, direction Haiphong.

Nous venions de jeter l’ancre au Tonkin, le long d’un quai de Haiphong, sur le fleuve Rouge. Albert Londres, 1922, Visions orientales

Un épais brouillard couvre la route. Scooters chargés de fleurs, voitures filant sur la chaussée humide et rizières boueuses défilent sous nos yeux. Après trois heures de route, nous déposons nos sacs dans la jonque qui nous est assignée : Phuong Duon 6. L’épaisse brume ne s’est pas dissipée, et pour le moment les pics granitiques de la baie restent invisibles à nos yeux.

Voute de pierre multicolore

A bord du bateau, quatorze autres passagers toutes nationalités confondues : Néo-Zélandais, Sud-Coréens, Suisses, Français et Espagnols. Nous prenons place autour de la table pour déjeuner avant de prendre la mer. Le repas n’est pas fameux mais qu’importe, nous sommes venues pour les pains de sucre pas pour la gastronomie.

Première étape du périple : la grotte des Trois Palais. Nous escaladons une trentaine de marches avant de pénétrer dans la cave. Des spots multicolores éclairent la voute et les parois humides. Par chance, nous sommes quasi seules sur le chemin. Une sérénité et une force inouïes se dégagent de la roche. Dehors, la horde de bateaux de touristes continue de déverser son flot de curieux. Sollicitées par notre guide, nous écourtons la visite et rejoignons fissa une plateforme à quelques minutes de navigation.

Ici, on vous propose d’acheter votre poisson ou crabe que l’équipage se fera une joie de cuisiner. Nous déclinons l’invitation culinaire avant de partir explorer le périmètre en kayak. Julie, refusant d’être trempée, décline la balade. Nolwenn embarque donc avec Nadine, une Néo-Zélandaise, suivies de près par Steve et Chantal, les deux amis de la Kiwi. « Vingt minutes de kayak », précise avec insistance notre guide.

Devant nous, se détachent du gris de l’eau, les silhouettes des pics granitiques recouverts d’une verdure luxuriante. Leurs sommets se dévoilent à peine, prisonniers de la brume cotonneuse qui enveloppe la baie. Nolwenn et Nadine longent les roches et décident de contourner l’une d’entre elles. A cet instant, elles n’entendent pas les cris et sifflets des autres passagers les enjoignant à revenir à bord. Discussions, pagaie, pause contemplation : les deux kayakistes perdent la notion du temps. A leur retour (soit environ une heure plus tard…), une équipe de sauvetage est partie à leur recherche. Penaudes, elles se confondent en excuses avant de remonter à bord et de faire profil bas.

Abba pour apaiser les mœurs

Il est presque 18h, la brume s’est dissipée. Après trente minutes de navigation, nous atteignons notre point d’ancrage pour la nuit. Après avoir trinqué tous ensembles sur le ponton supérieur, nous regagnons la tablée pour le dîner. Le règlement du bateau est strict : interdiction d’amener son alcool à bord sous peine d’être taxé pour chaque consommation. Cette règle entraînera quelques désagréments lors du repas à nos trois amis Néo-Zélandais. Le ton monte entre eux et le capitaine de la compagnie. Insulte du responsable, pleurs, le dîner se termine en drame.

Pour parfaire l’ambiance déjà maussade, nous cassons malencontreusement la clé de notre chambre dans la serrure. Après avoir réussi à ouvrir de l’extérieur, notre guide nous réclame 15 puis 10 dollars pour rembourser le bien. Nous refusons poliment arguant que son matériel fait défaut. Légèrement exténuées d’être toujours sollicitée côté argent, nous reportons la discussion au lendemain.

Afin de réconcilier tout le monde, nous lançons un karaoké à bord. Premier titre : Dancing Queen d’Abba. Nous faisons mouche même si nous chantons faux ! La quasi-totalité des passagers nous rejoint ainsi que ceux de l’autre bateau. Près d’une vingtaine de personnes envahissent la salle à manger, et aux rythmes de chansons espagnoles et anglaises, nous terminerons la soirée à une heure du matin.

Bouteille de vin et couteau au petit déjeuner

Après une courte nuit dans un lit plutôt confortable, le guide frappe à la porte de la cabine : « Breakfast time ». Pain de mie, café, thé et pastèque garnissent la table. Tous les passagers ne sont pas debout, probablement en récupération de la soirée… A 9h, c’est le check-out. Nous devons la somme de 120 000 dongs pour les quatre bières consommées la veille. Etrangement, la calculatrice du barman affiche 320 000 dongs. C’était sans compter les 10 dollars automatiquement facturés pour la clé cassée ! Nous tentons de discuter et d’argumenter dans le calme. Deux membres de l’équipage ne l’entendent pas ainsi et menacent de conserver nos passeports si nous ne payons pas. Le chantage parfait du  « passeport contre argent ». La situation se crispe.

Nous continuons de parler calmement, vite rejoint par les trois Néo-Zélandais bloqués dans la même situation. Le barman et le guide restent de marbre. De véritables murs contre lesquels nos argumentations viennent se fracasser, en vain. Après vingt minutes de palabres, tout dégénère. S’en suivra une menace à la bouteille de vin contre Julie, un couteau dégainé contre Steve, une bagarre évitée de peu. Choquées de cette agressivité surgie de nulle part, nous décidons finalement de nous acquitter de la somme totale et récupérons nos sésames de voyage.

La baie d’Along ! Et au fond de la baie d’Along, les plus extraordinaires charbonnages de la terre. Ils s’appellent Honghaï. Ce sont des montagnes de charbon. On n’a qu’à tailler dedans. Un million de tonnes l’année dernière. Albert Londres, 1922, Visions orientales

Nous partons reprendre nos esprits sur le pont supérieur et profiter de la vue. Il est 10 h du matin. Haiphong, le plus grand port du pays, se dessine comme un trait plus épais à l’horizon. Des barges chargées de charbon sillonnent le golfe. Nous accostons aux alentours de 11h. Avant de sauter dans un bus pour rejoindre Hanoï, un léger goût d’amertume au fond de la gorge malgré la magie et le mystère des lieux.

 

2 commentaires

  1. Martin

    Ah, la baie d’Along mérite également du soleil. Mais l’atmosphère de brume lui donne aussi un charme bien particulier. En passant à Haïphong, j’espère que vous aurez eu une pensée pour moi :-) C’est là qu’est né mon grand-père.
    Vos photos, il y a quelque temps que je voulais vous le dire, sont de plus en plus belles, notamment vos portraits !
    Encore une fois, vite la suite !

    Posté le 25 janvier 2012 à 10 h 31 min | #
  2. joséphine

    ça fait vraiment rêver ! Pas mal du tout les photos !

    Posté le 26 janvier 2012 à 16 h 55 min | #

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