Good morning Hanoï

29 jan 2012

Mercredi 4 janvier,  20h35, le vol 920 en provenance de Phnom Penh atterrit à Hanoï. Température extérieure : neuf degrés. Le matin même nous transpirions dans les ruelles ensoleillées de la capitale cambodgienne. Choc thermique assuré.

Treize à la maison

Dans la ville du fleuve, il fait nuit, des trombes d’eau s’abattent sur les passants et le froid nous saisit. Nous grimpons dans un minibus surpeuplé pour rejoindre le centre-ville et trouver la ruelle 92 de la rue Dao Tan dans le quartier Bah Dinh.

L’adresse, notée sur un bout de papier, est celle de Mathilde. Etudiante au Vietnam depuis le mois d’octobre, elle nous accueille dans sa grande collocation où vivent huit autres Français : Etienne, Jean-Baptiste, Maëva, Paco, Estelle, Charlotte, Philippe et Marine. La grande baraque héberge aussi des amis de passage et nous croiserons Quentin et Laure. Oui, ça fait du monde à la maison ! Le quartier de Mathilde est très sympa et abrite un tas de petits resto que nous testons les uns après les autres : du bun cha d’en face, au phô de « la mamie à gauche » en passant par notre chouchou, le coréen.  Les colocs nous font aussi découvrir le Bia Hoi, « bière fraîche » littéralement. Entre bar et resto, ces bouiboui qu’on trouve à chaque coin de rue à Hanoï, servent des bières pression à 7 000 dongs (vingt-cinq centime d’euros).

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Notre empire pour un chocolat chaud

Au cœur d’Hanoï, le lac Hoan Kiem. La légende raconte qu’au XVe siècle, une tortue, emblème du pays, aurait livré une épée à un paysan, Lé Loi, afin de combattre les Ming, envahisseurs chinois. Après les batailles, l’animal aurait repris son bien. En 1968, les autorités retrouvèrent une carapace large de deux mètres qui aujourd’hui trône dans le temple érigé au centre du lac. Après avoir bien écarquillé les yeux, nous n’avons vu ni tortue ni épée à la surface de l’eau…

Dès l’aube, des dizaines de Vietnamiens affluent autour du lac. Etrange ballet que ces Hanoïens venus faire leur sacro-sainte gym matinale, seul ou en groupe. Au nord de l’étang, s’étend le quartier des 36 rues, l’un des plus anciens de la ville. Au XVIIIe siècle, 36 corporations s’installèrent ici : cordonniers, vendeurs de soie ou de sucre… Aujourd’hui, les enseignes lumineuses des agences de tourisme ont pris d’assaut les façades. Vrai labyrinthe, le quartier est fréquenté essentiellement par les routards. Pourtant, l’ambiance reste particulière. Comme si d’une ruelle à l’autre, vous changiez d’époque. Quelques rues pavées, de vieilles bâtisses, il se dégage ici un charme certain, un brin suranné. Lors de notre première visite, nous slalomons entre les scooters, les chaises des cafés installées sur le trottoir et les vendeuses ambulantes tentant de nous refourguer des paires de gants.

Hanoi est un bouquet. Voici enfin une ville neuve d’Extrême-Orient. Un lac oblong, que ses arbres abritent comme des ombrelles, chante, au centre de la cité, la chanson silencieuse de l’eau immobile, et, comme un bijou dans son écrin, juste en son milieu, la pagode du Lettré scintille ! Albert Londres, Visions orientales, 1922.

C’est au cœur de ce quartier que nous dégotons un lieu magique, vite désigné comme notre valeur refuge ! Et pour cause. Par hasard, nous tombons sur un troquet et passons commande d’un chocolat chaud, légèrement soucieuses du résultat. Dix minutes plus tard, le breuvage est servi. Onctueux à souhait. Un vrai réconfort, un luxe même que nous nous octroierons plusieurs fois durant notre séjour hanoïen.

Hanoï, c’est aussi de larges avenues bordées de platanes. Des espaces verts disséminés au coin des rues. Dans le quartier chic où les boutiques et hôtels de luxe ont pignon sur rues, nous découvrons l’opéra, construit en 1911 sur le modèle de la bâtisse Garnier à Paris.

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Le corps d’Ho Chi Minh

Nous ne pouvions pas quitter Hanoï sans passer saluer « l’oncle Ho ». Son mausolée, imposant monument de marbre, trône au cœur de la ville : esplanade soviétique, gardes en arme, ligne blanche au sol à ne pas franchir… L’ambiance est au recueillement voire au pèlerinage. Pour se rendre à l’intérieur il faut faire la queue, déposer toutes ses affaires à l’accueil et marcher deux par deux en silence. Une fois la porte franchie, suivre le tapis rouge jusqu’à une salle rectangulaire où le corps embaumé de l’homme politique repose dans un cercueil translucide. Pas le droit de s’arrêter : prière de suivre le rythme et d’avancer rapidement. Les gardes surveillent l’attitude et l’allure. Surtout ne pas parler, ne pas sourire (encore moins rire) et garder les bras le longs du corps (attention aux mains dans les poches ou derrière le dos). Nous réussissons notre passage autour du corps, bien qu’une petite fille saluant le défunt de grands signes de la main faillit faire pouffer Nolwenn. Ho Chi Minh, mort en 1969, voulait que ses cendres soient divisées et enterrées dans les trois régions de son pays (au nord, au centre et au sud) pour marquer la réunification du Vietnam. Le parti en a décidé autrement.

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Une vie au bord des rails

Au Vietnam, le train circule à environ 60 km/h de moyenne. Autant dire que pour relier la capitale Hanoï à Saigon, il en coûtera 30h de trajet au courageux voyageur. Surprenant chemin de fer qui scinde la capitale à cœur, du nord au sud, bouleversant la circulation anarchique de la ville plusieurs fois par jour. Nous avons longé cette voie sur plusieurs kilomètres. Ici les traverses sont installées à quelques mètres des maisons. Les deux roues circulent librement sur le gravier longeant la voie. Le linge sèche aux fenêtres, les vélos sont adossés aux habitats. Surpris de notre passage, les Hanoïens sont curieux et nous dévisagent d’un regard rieur. Certains posent même devant l’objectif.

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Passage à la maison centrale

Après les bagnes de Guyane et le centre de torture Tuol Sleng à Phnom Penh, nous voici à Hoa Lo. Construite par les Français en 1886, la prison est aujourd’hui un musée. Enfin, ce qu’il en reste puisqu’une partie du bâtiment a été rasée pour construire un building, la Hanoi Tower qui domine ce lieu de mémoire. Pendant toute la période de la colonisation, c’est là que les rebelles vietnamiens étaient emprisonnés, comme à Poulo Condor. Par la suite, Hoa Lo fut utilisée pour enfermer les pilotes américains capturés par la République démocratique du Vietnam.

Le musée est intéressant car il présente une vision officielle de l’histoire du pays. On y trouve de longues explications sur les tortures et mauvais traitements infligés par les Français (la salle des crimes commis par les colonialistes) et une salle entière dédiée à l’emprisonnement des pilotes américains, soulignant combien leurs conditions de détention étaient bonnes. Pour la petite histoire, on peut y voir la combinaison de John Mc Cain, ex-candidat aux présidentielles américaines et donc ancien pilote incarcéré à Hanoï Les Yankees appelaient ironiquement ce lieu le « Hanoi Hilton ».

Pendant la période française, les prisonniers politiques vietnamiens incarcérés à Hoa Lu se mobilisèrent et l’endroit devint un véritable centre de propagande et d’éducation communiste. Les conditions d’incarcérations étaient terribles et la maison centrale prévue pour accueillir 600 prisonniers en comptait 1 500 en 1933 et près de 2 000 en 1954. Des documents d’archives présentent aux visiteurs comment les rebelles s’organisaient pour récupérer des médicaments, de la nourriture via la société des prisonniers qu’ils avaient montée entre les murs. Comme au camp des Annamites en Guyane, il y eu de nombreuses grèves de la faim pour protester contre ces conditions de détention. Et de nombreuses évasions réussirent.

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Sous la bienveillance de Confucius

Construit en 1070 par l’empereur Ly Thanh Tong, le temple de la Littérature fut la première université du Vietnam. Aujourd’hui, il est devenu un haut lieu touristique. Après s’être acquittées des droits de parking pour nos deux vélos, nous pénétrons dans l’enceinte via une imposante porte gardée par deux tigres. A l’origine, seuls les fils issus de la noblesse pouvaient prétendre à l’instruction. Dédié à Confucius, les élèves partageaient leur temps entre apprentissage des préceptes, étude de la poésie et de la littérature. En 1442, l’université ouvrit ses portes à tous les jeunes hommes des provinces. Aujourd’hui, d’imposantes stèles, portées par des tortues de pierre, déclinent le nom des lauréats. L’enfilade des portes des temples donnent une perspective fascinante à cet ensemble architectural constitué de cinq cours, toutes encerclées de verdure. La rumeur de la ville semble s’arrêter aux murs de l’enceinte.

Pour terminer notre immersion à Hanoï, et pour l’une des rares fois de notre voyage, nous visitons le musée de l’ethnographie. A un kilomètre à peine de notre lieu de résidence, nous bravons une nouvelle fois la circulation hanoïenne sur nos vélos. Inauguré en1997, lors du Sommet de la Francophonie par Jacques Chirac (grand amoureux des arts premiers…), le musée décline l’histoire et les coutumes des 54 ethnies réparties sur le territoire vietnamien. Broderies, céramiques, reconstitution de cérémonies mortuaires et des habitats traditionnels, nous passerons plus de deux heures à déambuler d’un étage à l’autre.

Après notre semaine dans la capitale, nous empruntons une nouvelle fois le chemin de fer vietnamien direction Ninh Binh et la baie d’Halong terrestre. Toujours plus au sud pour retrouver le soleil.

1 commentaire

  1. Martin

    Je dois dire qu’Hanoï dans le froid, j’aimerais vivre ça aussi. Probablement l’endroit où la circulation est la plus surprenante. Le son incessant des klaxons, les motos qui se faufilent à toute allure… Et la nourriture, partout.
    Je pense que j’ai mangé dans le resto en photo, sur la terrasse.
    Merci pour ces carnets de voyage qui me rappellent tant de souvenirs…

    Posté le 29 janvier 2012 à 22 h 59 min | #

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