Dans les contrées embrumées du Nord Vietnam

22 jan 2012

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Mardi 7 janvier 2012, 6h30 du matin. Les voilà, ces rizières en plateau tant attendues. Nous frottons les fenêtres embuées du minibus pour les admirer. Tandis que nous zigzaguons dans les montagnes, elles se cachent derrière des volutes de brume. L’aube naissante ne perce pas la couche de nuages et nous devinons ci et là ces rayures végétales qui strient les monts, de la crête au ravin. Des torrents bleu clair slaloment au creux des vallées grisonnantes. Un spectacle magique qui nous fait oublier le froid ainsi que notre mésaventure de la veille.

Pourboire et histoire en gare d’Hanoï

Il nous aura fallu dix heures de train pour arriver à Lao Cai, capitale de la province du même nom dans le nord-ouest du Vietnam. A la gare d’Hanoï, alors que nous marchons le long des rails avec notre ticket, un homme s’en empare et nous conduit à notre wagon. Une fois arrivés dans la cabine, il se met devant la porte et réclame d’une voix froide : « Tips ». Ce n’était pas un employé des chemins de fer et nous comprenons rapidement l’arnaque. Nous lui proposons un billet de 10 000 dongs (cinquante centimes de dollar) mais il le repousse, réclamant cinq dollars ! Nous refusons de donner une telle somme pour une aide forcée et inutile.

L’homme, toujours en travers de la porte, dresse le poing et donne un coup de genou dans le vide pour nous intimider. Son regard est dur, plein de rage. Face à cette agressivité nous lui donnons 20 000 dongs (un dollar) mais il continue de nous menacer de son poing, réclamant ses dollars tout en se rapprochant de Nolwenn qui tient le porte-monnaie. Surprises et choquées par cette brutalité surgie de nulle part, nous attrapons notre téléphone et décidons d’appeler la police devant lui. Un avertissement efficace puisqu’il s’enfuit rapidement avec ses 20 000 dongs (heureusement puisque nous ne savions pas quel numéro composer pour joindre la police vietnamienne). Un peu tremblantes après cet incident, nous passons malgré tout une excellente nuit dans notre cabine aux couchettes moelleuses à souhait !

Bienvenue chez les Hmongs

Nous rendre dans le nord du pays par nos propres moyens coûtant plus cher que de passer par un tour operator, nous avons dû nous plier au tourisme de masse pour la première fois du périple. Nous sommes des dizaines de voyageurs à arriver à Sapa, point de départ des excursions dans la région. Heureusement c’est la basse saison, la brume et le froid décourageant de nombreux frileux. A notre arrivée, nous rencontrons notre guide pour les trois prochains jours. Zen est une villageoise des environs, de l’ethnie des Black Hmong. Agée de 21 ans, mariée depuis deux ans, elle a déjà deux jeunes enfants. Comme toutes les femmes de son ethnie, elle est petite et porte des vêtements traditionnels noirs et multicolores. Ses longs cheveux couleur jais sont enroulés sous un tissu rouge vif. Nous échangeons beaucoup et elle rit de savoir que nous ne sommes pas encore mariées à notre âge : « Chez nous, les filles se marient très tôt, vers 14 ou 15 ans. Nolwenn, on va te trouver un mari au village, c’est sûr ! », annonce-t-elle dans un sourire qui découvre sa fausse dent en or.

Lors de cette première matinée, nous nous baladons jusqu’au village de Catcat, rejoignant une cascade dans des paysages dignes des plus belles légendes asiatiques. Les buffles se baladent tranquillement tandis que canards et cochons profitent de la boue. La brume ne se lève pas et, d’en haut, les nuages nous laissent parfois des fenêtres d’observation splendides.

De retour à Sapa, nous nous rendons au marché en compagnie de Daphnée et Amélie, deux Françaises en voyage en Asie, et de Giulia et Florian, un couple germano-italien qui utilise l’anglais, l’italien, l’allemand et le français pour négocier leurs achats !

La gadoue, la gadoue

Après une nuit dans une chambre glaciale (mais avec un lit équipé d’une couverture chauffante), nous quittons Sapa pour un trek de deux jours. Notre groupe compte huit personnes : deux Basques, Laura et Gaby, un couple de Britanniques débutant leur tour du monde, Steve et Kate, un Allemand en voyage pour plusieurs mois en Asie, Thomas, un Malaisien en vacances, Laï.

Dès le début de la journée, nous sommes assaillis par des hordes de mamies et de jeunes filles H’mongs qui nous accompagnent tout au long de notre marche, jusqu’au village de Ta Van. Chaque touriste se fait alpaguer par une de ces femmes qui devient son « guide » personnel. Certaines parlent anglais, d’autres communiquent peu, se contentant de sourire et d’aider la personne qu’elles ont choisie. Rapidement nos chaussures ne sont plus que des amas de boue. Nul doute que sans ces femmes, certains auraient descendus des pentes abruptes les fesses dans la gadoue.

Zen et les autres filles filent sur des chemins plus ou moins praticables, sautant par-dessus des fossés, grimpant sur les talus, slalomant entre les terrasses des rizières. Pendant que nous suivons cahin-caha, elles nous fabriquent des chevaux ou couronnes en plantes ramassées sur les côtés. Avant d’arriver au village de Ta Van où nous passerons la nuit chez l’habitant, nos accompagnatrices nous demandent de leur acheter des souvenirs en guise de remerciement.

La vie de Chi

« Buy from me please ! » Bracelets, ceintures, boucles d’oreille, sacs, les vendeuses ambulantes sont légions et interpellent les touristes en permanence. Des sollicitations embarrassantes dans un premier temps, lassantes dans un second. Malgré tout, c’est lors d’un de ces échanges que nous avons eu la chance de rencontrer Chi, petite marchande de 14 ans. Chi a la tchatche. De ses trois copines c’est elle qui aborde les touristes. Dans un anglais parfait et rapide, elle répond à nos questions et nous raconte sa vie à Sapa. « Je ne veux pas rester ici, j’aimerais être infirmière ou institutrice ! Je déteste vendre des souvenirs aux touristes, je déteste travailler aux champs », explique-t-elle avec véhémence. Chi ne va plus à l’école depuis un an. Ses parents ne peuvent pas continuer à payer pour son éducation alors que ses petits frères doivent à leur tour aller en primaire.  « J’aurais préférée être un garçon, comme ça la vie aurait été moins dure. Les hommes ils dorment, ils mangent et ils font de la moto pendant que les femmes travaillent. Ce n’est pas juste ! » s’exclame-t-elle en souriant, étonnée par son audace.

Tous les matins, Chi doit se lever la première pour s’occuper de la maison pendant que ses frères dorment ou jouent. Sinon tout le village dira qu’elle est fainéante. De toute façon, tout le monde dit qu’elle est stupide… Et elle le croit. « Je voudrais changer ma vie mais je ne suis qu’une petite fille stupide, c’est ce que mon père me dit », conclue-t-elle. Nous l’écoutons, le cœur serré, ne sachant pas vraiment quoi lui dire. Alors que la nuit tombe et qu’elle a une heure de marche devant elle pour rejoindre sa famille, nous la quittons, l’impuissance nous nouant les entrailles.

Un tourisme non-équitable

Un bon repas chaud nous attend chez nos hôtes. Le couple qui nous accueille a prévu de la nourriture pour quinze personnes : tofu, poulet à la citronnelle, au gingembre, légumes à gogo, pommes de terre frites à l’ail et alcool de riz ! Zen les aide à cuisiner et, avant de retrouver ses enfants, elle coiffe Julie comme les femmes H’mong, à l’aide de barrettes en argent et d’un peigne qui fixent les cheveux en cercle autour du crâne, effet Princesse Leïa garanti. Nous nous réunissons tous autour du feu pour nous réchauffer tandis qu’à la télévision familiale passe un film d’action chinois.

Le lendemain, direction le village de Giang Ta Chai. La boue est toujours au rendez-vous, tout comme celles que Steeve appelle nos « followers ». Cette fois-ci, ce sont de petites filles, comme Chi, qui nous accompagnent. En traversant les villages, nous observons la vie quotidienne : les femmes cuisinent, lavent le linge, teignent des tissus pour les vendre tandis que les hommes coupent du bois et transportent des marchandises. Pendant ce temps-là, les enfants qui ne vont pas à l’école jouent à la marelle pieds nus sur la terre froide, la morve au nez. Autour d’eux, les montagnes sont toujours aussi impressionnantes et le ciel se reflète dans l’eau des rizières vides.

De toutes les minorités ethniques qui habitent la région (Hmong, Zai, Dzao, etc), aucune ne bénéficie des revenus du tourisme. Les droits d’entrée dans ces zones protégées reviennent tous au gouvernement vietnamien.

2 commentaires

  1. Martin

    Ah, la gare de Hanoï. Un lieu surprenant. Sans y avoir été agressé, j’ai été confronté à des employés bornés, refusant de te donner toute explication. Heureusement, le voyage en train a effacé ce souvenir. Puis Lao Cai, avant Sapa. Et des images de rizières vert émeraude qui te sautent à la figure. Et toujours le même sourire des Hmongs.

    Bon, j’ai vu une photo du Summit hotel. C’est là que j’ai dormi aussi ! Un merveilleux souvenir que le réveil sur la vallée embrumée… Et la route bordée de bambous géants…

    Posté le 22 janvier 2012 à 14 h 49 min | #
  2. bernie

    Je ne cesse d’être fascinée
    à la lecture de vos aventures.
    Et si ça ne rime pas, ce n’est pas
    faute d’essayer…
    Bises, bonne route
    BbA

    Posté le 22 janvier 2012 à 18 h 24 min | #

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