Tokyo, l’étrange capitale

02 déc 2011

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Petite précision : nous nous sommes séparées deux courtes semaines, Julie se rendant seule au Japon tandis que Nolwenn découvrait la Californie.

Difficile de raconter Tokyo. Ce n’est pas une ville, c’est un monstre. Une pieuvre tentaculaire et infinie. Elle vous engloutit et vous laisse découvrir un millième de tout ce qu’elle contient. Insaisissable et mouvante, il faut y plonger avec délice, patience et curiosité.

Je loge chez Odile, la tante de mon amie Diane, avec ses deux fils Jean et Marc. Le troisième, Paul, fait actuellement un tour du monde et j’occupe sa chambre. Leur maison se trouve à Toshima-Ku, quartier Takada. Tokyo compte 23 ku (arrondissements) qui sont tout autant de villes dans la ville. Bonjour pour s’y retrouver ! Ici pas de nom de rues : les arrondissements sont divisés en quartiers qui sont divisés en districts puis en blocs. D’où des adresses avec trois numéros. Par exemple, 1 (premier district), 15 (le bloc) et 5 (numéro du bâtiment) donnera 1-15-5 Chuo, Nakano-Ku. Il faut intégrer le système mais surtout remercier Odile qui me prête son Atlas de Tokyo avec le détail de la moindre petite ruelle. Je suis libre de me balader et de me perdre à volonté !

Tokyo n’avait pas de bout. Ce ne serait rien qu’elle n’eût pas de bout, mais elle n’a pas de centre. […] C’est un damier sur quoi le malheureux pion, le lamentable étranger que vous êtes, n’arrivera jamais à la dame. Albert Londres, Visions orientales, 1922.

Tokyo me donne le tournis. Tant de gens, de quartiers, de centres commerciaux, de gratte-ciels, de logements, d’autoroutes, de parcs, de temples… La vie semble ne jamais s’arrêter. Ecolières en uniformes, businessmen, jeunes gothiques, lolitas, mamies, groupes de fêtards rentrant à 7h du matin, la foule est diverse mais permanente. Perdue dans la brume entre les buildings du quartier de Shinjuku, impossible de ne pas penser au film de Sofia Coppola, Lost in Translation, tourné au Park Hyatt Hotel à deux blocs.  Il y a trop de choses à voir, par où commencer ?

Concrètement, je débute par le quartier d’Odile et sa clinique. Il me faut en effet soigner une infection du doigt que j’ai ramené de Guyane. On met bien évidemment des chaussons pour entrer dans l’établissement médical où du thé chaud est à disposition des patients en salle d’attente. Les infirmières et le médecin sont adorables. Je ne comprends rien à ce qu’ils me racontent. Heureusement qu’Odile m’accompagne pour expliquer mon problème et me donner les instructions du médecin. Les soins sont très doux et le pansement « japonais » de mon doigt est assez unique ! [Cela ne fonctionnera hélas pas puisque je quitterai le Japon avec mon infection… ]

En attendant, je file découvrir le cimetière Zoshigaya et le temple Kishimojinmae, tout proches de la maison. J’emprunte la dernière ligne de tramway de Tokyo, le « chin-chin densha » (en français, « le train ding-ding ») jusqu’à son terminus, Minowabashi, et je m’arrête dans plusieurs quartiers. Tout est nouveau, beau et incompréhensible. Des ruelles biscornues aux autoroutes sous lesquelles nichent d’improbables constructions (aux normes antisismiques) en passant par les multiples passages piétons surélevés, le modèle de l’urbanisme tokyoïte est sans conteste l’anarchie.  Et c’est ce qui fait tout le charme de la ville.

Vingt, trente, quarante villages composent cette métropole de l’enchevêtrement. Albert Londres, Visions orientales, 1922.

Je prends rapidement mes repères dans le quartier et commence à maitriser le plan du métro : 19 lignes ferroviaires tout de même entre le métro, le tram et le JR (équivalent du RER). Sur les trottoirs, les vélos me surprennent. Ici, pas de piste cyclable, les piétons doivent surveiller leurs arrières car les cyclistes circulent en permanence à leurs côtés. Une cohabitation plutôt désagréable car il devient difficile de flâner tranquillement sans se prendre un coup de sonnette.

Pendant quatre jours je vadrouille, j’erre à travers les méandres de la ville. A Shibuya, sorte de Times Square emblématique de Tokyo avec ses lumières et ses boutiques de mode. A Shinjuku, station de métro/gare géante qui accueille trois millions de passagers chaque jour, s’ouvrant sur une forêt de buildings d’un côté et le quartier coquin, le Kabuki-Cho, de l’autre (salons de massage, saunas, love hôtels et salles de jeux). C’est à Shinjuku, du 45e étage du Metropolitan Government Building, que je peux observer l’étendue de la métropole et les montages qui se dressent au loin. Des nuages cachent le mont Fuji, symbole nippon que je n’aurai pas vu ! Sans oublier Harajuku, Akihabara, Ueno, Asakusa, Ginza et tous ces noms de quartiers qui résonnent étrangement à mes oreilles avant d’y mettre des images.

Côté culinaire, je me régale de poisson cru contrairement à Albert Londres qui confiait, dans une lettre à sa fille, ne pas aimer cela. Vincent, Pierre, Yuka et Julien m’emmènent dans mon premier kaiten-sushi, un restaurant de sushis sur tapis roulant à Iidabashi, quartier « français » de Tokyo. Le lendemain, je déguste, à 10h du matin, de succulents sashimis au marché aux poissons de Tsukiji. Pêchés la nuit même, autant dire que leur chair est archi-fraiche et fond délicieusement sous la langue.

Pour retourner sur les traces d’Albert Londres, je me rends à Marunouchi et Nihombachi, quartiers d’affaires près du Palais Impérial, là où le reporter logeait lors de son séjour tokyoïte. Malheureusement, le Tokyo Station Hôtel est en rénovation jusqu’en 2012 et inaccessible. Les bâtiments de l’hôtel, datant de 1914 et reconstruits à échelle réduite en 1947, sont bâchés et donc invisibles.

Outre les quartiers, il y a bien sûr, les Tokyoïtes. Le look des femmes m’impressionne : elles n’ont rien à envier aux Parisiennes ! Très apprêtées, maquillées et bien habillées, ce sont de vraies fashionistas et je me sens bien pouilleuse dans mes habits de tourdumondiste… Ce qui n’empêche pas les Japonais de me trouver à leur goût, loi de l’exotisme oblige. Ils seront plusieurs à m’accoster dans la rue pour me proposer un café, une balade, un repas… ou un baiser ! Une témérité que je n’attendais pas de la part de ce peuple et qui étonne aussi Odile qui me propose de venir en parler à un de ses cours. Professeur de langue et de littérature française à l’université Waseda, elle m’invite à intervenir lors d’un échange de deux heures devant une douzaine d’élèves. Nous parlons de techniques de drague, du rapport hommes-femmes dans les deux pays ainsi que des différences culturelles entre la France et le Japon de manière plus générale. Un sympathique moment qui se poursuit autour d’un bol de tempura.

Parmi tous les musées de la mégalopole, je visiterai finalement le Tokyo Metropolitan Institute of Photography. Le photographe Naoya Hatakeyama y présente actuellement sa vision de l’après-tsunami dans son village d’origine où ses deux parents ont disparu dans la catastrophe. Car le 11 mars est encore présent dans les esprits. Chacun a son histoire et se souvient exactement de ce qu’il faisait ce jour-là quand la terre a tremblé.

Pierre a 30 ans et travaille au Japon depuis presque cinq ans dans l’informatique. Il a décidé de rester après le tremblement de terre et est bénévole dans les zones sinistrées depuis le mois de juin.

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5 commentaires

  1. alexandra

    La citation de Albert Londres et ton récit conviennent aussi très bien à Taipei. Même anomie, même boucan, impossibilité du re-pos(e) à moins d’aller flâner au cimetière ou dans le jardin d’un temple.

    à bientôt !

    Posté le 3 décembre 2011 à 7 h 54 min | #
  2. Sandra

    Cette fois, vous êtes très proches du pays du sourire! A très bientôt pour vous faire partager ce pays que j’aime : le Cambodge.

    Posté le 3 décembre 2011 à 7 h 58 min | #
  3. Diane

    Julie,

    Ravie que ton séjour t’ai plu et que tu es pu passer de bons moments avec Odile, Jean et Marc ! Ce pays semble fascinant. J’espère que tout le monde va bien. Désolée, je n’ai pas pu vous appeler : malade, je suis restée clouée au lit pendant près de dix jours…

    Bon séjour au Vietnam ;)
    Gros bisous

    Posté le 3 décembre 2011 à 23 h 22 min | #
  4. Elodie

    Joli tour de la capitale à un beau moment de l’année! Hâte de lire la suite :-)

    Posté le 4 décembre 2011 à 11 h 23 min | #
  5. Margaux

    Super bien écrit ! on se sent vraiment avec vous, ca fait du bien.
    Continuez.
    Bisoux.
    Amusez-vous ! Margauxxx.

    Posté le 4 décembre 2011 à 18 h 40 min | #

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