Parfums du Mékong

14 déc 2011

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Six mois après avoir quitté l’Europe, nous partons écrire le dernier chapitre de nos aventures : celui de l’Asie du sud-est et de l’Inde. Nous troquons donc les senteurs du Japon et de la Californie pour ceux du Vietnam et du Cambodge. A notre arrivée à Ho Chi Minh (ancienne Saigon), nous sommes étourdies par le flot incessant des motos qui se faufilent, rasant les voitures et les piétons qui se risquent à traverser la route. Nous restons trois jours en ville avant de prendre la direction du delta du Mékong, plus au sud.

Lumières de l’aube sur les marchés flottants de Can Tho

Nous rejoignons Can Tho, ville de plus d’un million d’habitants, en quatre heures de bus ponctuées d’une panne de moteur. Nous trouvons très rapidement une guesthouse nichée dans une impasse un peu glauque mais pas chère ! Très vite, une Vietnamienne nous alpague pour nous proposer de visiter les marchés flottants des environs et une fabrique de nouilles de riz. Sollicitées par les tours opérateurs (une première dans notre voyage), nous voulons voir ce que propose l’office de tourisme local. « Leurs bureaux sont fermés », nous répond notre interlocutrice avide de terminer sa négociation pour nous vendre son packaging clé en main. Nous apprendrons plus tard qu’elle a menacé les bateliers concurrents et que nous sommes donc devenues ses « clientes attitrées ». Ici, le tourisme est une affaire de mafia locale…

Il est 5h30 et Can Tho est encore endormie. Hui, un jeune garçon de onze ans, nous conduit jusqu’à notre bateau où le piroguier nous attend. Direction les marchés flottants de Cai Rang et Phong Dien. Une heure de navigation à la force de notre petit moteur et nous débarquons dans un dédale de bateaux et de pirogues, véritables maisons à « la dérive » pour ces Vietnamiens. Les embarcations sont chargées d’ananas, de choux, de carottes, de viandes et de fruits. Le principe est simple : pour acheter vos denrées, faufilez-vous et choisissez simplement vos aliments. Tout se passe sur l’eau. Devant nous, le parfait cliché du Vietnam : celui des femmes coiffées de leur chapeau pointu et des bateliers aux rames croisées. L’odeur des moteurs se mélange à celle du riz.

Après avoir dégusté notre thé (ici, le café est à bannir…), notre batelier nous amène visiter une fabrique de nouilles. La vapeur qui se dégage rend l’atmosphère chaude et humide. Ici, chacun son poste et le travail se fait à la chaîne. Le riz est d’abord trempé dans de grosses jarres durant une heure. Il est ensuite « pressé » pour récupérer un jus blanc et liquoreux. Cette pâte est étalée sur des toiles de caoutchouc (sorte de crêpières géantes). Une fois cuite, la galette est séchée au soleil avant d’être découpée en fines nouilles vendues sur les marchés locaux.

Avant de rentrer à notre hôtel, nous visitons le marché flottant de Phong Dien, moins touristique et moins imposant que le précédent. Puis, nous regagnons Can Tho à travers un labyrinthe de canaux. Une petite balade qui nous mène jusqu’au bord d’une rizière, où l’espace de vingt minutes nous aidons deux Vietnamiennes à planter du riz. Les deux pieds dans la vase, courbées, nous piquons les pousses. Un «  divertissement » pour nous mais une véritable épreuve pour ces femmes qui travaillent près de onze heures chaque jour dans ces champs.

Les mosquées cham le long des rives du Bassac

Le lendemain, nous partons pour Chau Doc, plus au nord vers la frontière cambodgienne. Quatre heures de bus nous sont nécessaires pour atteindre la cité. Trois statuettes religieuses sont scotchées au tableau de bord. Notre chauffeur nous rappelle un conducteur croisé au Gabon : le klaxon enfoncé en permanence, il roule au milieu des voies considérant être prioritaire face à tous les autres usagers (camions compris…) Le trajet nous vaudra quelques frayeurs et fous rires, écrasées entre nos sacs à dos et d’autres passagers venus s’entasser à six sur une rangée prévue pour quatre.

Chau Doc est bordée par le Bassac, un confluent du Mékong. Après s’être rassasiée d’une « fondue » de poisson, nous montons dans le bac de Phu Diep nous amenant dans le district de Chau Giang. Ici, vit une partie de la communauté Cham du Vietnam. Au IIe siècle, les Cham créaient le royaume de Champa dans l’actuel centre du Vietnam. Ils seront rapidement « absorbés » par la population vietnamienne. Aujourd’hui, ces musulmans (à l’origine hindouiste) sont considérés comme une minorité ethnique dans le pays. Face à Chau Doc, ils ont érigé la mosquée Moubarak et celle de Jamiul Azhar. Nous marchons pour découvrir le quartier et discutons avec les habitants. L’une d’entre elle frappe des gerbes de riz pour en extraire les grains, tandis que d’autres discutent autour d’une vendeuse de jacques (gros fruit de la couleur d’une mangue, au jus très sucré). Les enfants à peine âgés de deux ans nous harcèlent de « hello ! » Ils nous sourient et nous saluent fièrement. Les adultes aussi. Nous les intriguons peut-être.

Sur le Mékong, « Mère de tous les fleuves »

Pour rejoindre Phnom Penh, nous avons opté pour le bateau. Dix heures de voyage au total. Une fois de plus, les tours opérateurs sont bien rôdés. Rien à voir avec notre traversée sur l’Amazone où nous avions accroché nos hamacs et patienté pendant près de 24 heures. Cette fois, nous sommes une vingtaine dans une embarcation plus rapide. Suan, notre hôtesse, s’occupe de tout : les formalités de visas à la frontière, charger nos sacs… Après avoir fait un arrêt ultra touristique dans une fabrique de foulards, nous remontons le Bassac jusqu’à rejoindre le Mékong. Long de 4 200 km, il irrigue six pays (Chine, Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge et Vietnam). Parti du Tibet oriental où il prend sa source, ce géant d’Asie, se meurt dans la mer de Chine.

Les rives du Bassac et les canaux que nous empruntons ne sont pas sans nous rappeler certaines images des fleuves de Guyane. Les maisons sur pilotis, les parties de pêche, les lessives à même la rivière… Au poste frontière, nous obtenons aisément notre sésame contre la modique somme de vingt-deux dollars : un mois de visa pour le Cambodge. Reparties pour une heure de navigation, nous contemplons les eaux calmes du fleuve et ses couleurs qui se confondent avec celles du ciel. Le long de la rive, enfants et adultes déploient leurs éperviers (filets de pêche) dans un geste parfait.

Notre voyage se termine en minivan. Devant nos yeux, défilent la campagne cambodgienne et ses rizières avant d’atteindre Phnom Penh, capitale d’environ un million cinq cent mille habitants. Le bus nous dépose dans le sud de la ville, où après négociation, nous jetons nos sacs dans un tuk-tuk (scooter et carriole) afin de rejoindre notre hôtel. Nous voici parties pour un mois au pays du sourire.

 

3 commentaires

  1. vir

    C’est sympa ce petit réveil en voyage :) Même que je le préfère ainsi en ces temps d’hivers :) Vous me donnez trop envie avec les fruits et légumes sur la pirogue :) Profitez bien des sourires du Cambodge alors maintenat.

    Posté le 14 décembre 2011 à 9 h 13 min | #
  2. Martin

    Que ce soit au nord ou au sud, le Vietnam ne change pas. J’ai aussi vécu cet épisode de sollicitation touristique. Au point que cette guide voulait nous faire prendre un taxi au lieu du bus, qui a failli nous passer sous le nez. Difficile de s’en débarasser…

    Entassé à six sur une banquette pour quatre ? Je vous conseille le nord, où je me suis retrouvé au fond d’un bus, coincé entre deux vélos, des bananes, des boites en plastique, un scooter, et un trio de mamies vietnamiennes se tapant la causette. Tu sors éreinté de deux heures de voyage comme cela, mais c’est à vivre…

    Posté le 14 décembre 2011 à 16 h 47 min | #
  3. MARINE

    Nolwenn tu devrais etre journailiste !!!!

    Quelle plume !!!!

    Posté le 3 janvier 2012 à 19 h 36 min | #

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