Battements de coeur à Phnom Penh

26 déc 2011

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Le Mékong traversé, nous prenons nos quartiers au cœur de Phnom Penh. Depuis le Vietnam, l’effervescence des rues n’a pas faibli : les tuk-tuk nous frôlant, les motos klaxonnant. Mais face à l’hyperactivité de Saigon, Phnom Penh paraît douce et paisible. De grandes artères scindent la ville où vivent plus d’un million trois cent mille habitants. Nous logeons non loin du boulevard de l’Indépendance dans le quartier « chic hippie », où fleurissent des boutiques de vêtements ethnic et des restaurants végétariens.

« Tuk-tuk ladies ? »

A son arrivée au Cambodge en 1922, Albert Londres flâna dans la cité surnommée à l’époque la Perle de l’Asie : « Voilà une ville qui ne vous fait pas languir. Son caractère est sur ses toits. Phnom Penh est un troupeau de buffles dressés sur leurs pieds de derrière et provoquant de leurs cornes l’implacable cuirasse du ciel. » Notre première excursion est rythmée par les sollicitations incessantes des chauffeurs de tuk-tuk (taxi local formé d’un scooter et d’une carriole) qui nous hèlent pour nous balader. Nous déclinons poliment les invitations, préférant marcher. Le monument de l’Indépendance se dresse au centre du boulevard. Une tour ocre coiffée d’un imposant chapeau, tout autour de laquelle tournent les voitures. La place de l’Etoile locale. Sur les trottoirs fleurissent des vendeurs ambulants : boissons, cigarettes, jus de fruits, nouilles ou plats de riz.

Nous partons très vite vers le Marché central. Cette halle jaune, surmontée d’une coupole de 26 mètres de haut, fut construite par des Français en 1937 dans le pur style art déco. Tout autour du bâtiment principal, des échoppes où l’on trouve de tout : parfums, chapeaux, vêtements, wok, service à thé… Et quelques contrefaçons de grandes marques. A l’intérieur, le marché est très aéré. Une chance car nous restons près de deux heures dans les échoppes ! Après avoir dégoté deux tuniques pour remplacer nos tee-shirts déchirés, nous partons pour le Wat Phnom.

Perché sur une butte, au nord du boulevard Norodom, ce temple est le plus ancien de la ville (1373). Nous nous acquittons de la « taxe touriste » et pénétrons dans ce lieu sacré. Instantanément, les senteurs d’encens viennent chatouiller notre nez. A l’entrée, quelques Cambodgiens s’agenouillent pour vénérer Bouddha. Derrière la pagode, un stupa (monument représentant et honorant Bouddha) abrite les cendres de Ponhea Yat, roi fondateur de Phnom Penh. A l’intérieur du temple, se décline une pléiade de bouddhas en or, en pierre ou en bois. Des bâtons d’encens finissent de se consumer alors que d’autres fervents déposent des offrandes. Une femme âgée s’avance avec dans ses sacs des fruits et de l’argent. Elle dispose délicatement les billets dans des coupoles et entre les bras des statuettes. S’en suit une prière : les mains jointes et les yeux fermés, les croyants murmurent leurs vœux à demi-mots. A la fin de la supplication, ils lèvent les bras au ciel se prosternant devant l’autel avant de planter l’encens dans des pots remplis de sable.

Après cette parenthèse mystique, nous rejoignons le quai Sisowath. Le jour s’évanouit sur la rivière Tonlé Sap et les bords de rives s’inondent de Cambodgiens venus se balader, jouer au foot ou simplement danser. Chaque soir, les Phnom-Penhois envahissent la promenade, et en groupe (entre cinq et plus de cent personnes), ils se déhanchent. Les chaînes-hifi crachent de la musique moderne mais aussi de grands classiques. Nous enchaînons quelques pas de madison avec plus de soixante personnes amusées de nous voir nous prêter au jeu. Enfants, adultes, ado ou vieillards, tout le monde se mélange. L’agitation ambiante est encore plus forte au marché de nuit. Des nattes sont étendues par terre et nous passons commande de quelques brochettes (vertes flashy, orange…) Nous ne savons pas précisément quelle en est la teneur mais c’est plutôt agréable à manger ! En musique de fond, nous avons le droit à un karaoké géant, avec sur la scène, un duo d’adolescents qui fredonne probablement une histoire d’amour à l’eau de rose.

Sa majesté Sisowath

Ville la plus peuplée du delta du Mékong, Phnom Penh est la capitale du Cambodge. Non loin du quai, le Palais royal s’étend sur plusieurs blocs. Résidence permanente du roi Sihamoni, nous ne pourrons pas entièrement la visiter. A peine entrées dans les jardins royaux, nous reconnaissons le Palais et l’architecture khmère. Cet édifice fut érigé au début du XXe siècle par des architectes cambodgiens sur commande des rois Norodom puis Sisowath. Les toits de tuiles sont tous coiffés d’étranges flammes. En haut du bâtiment, trône le visage de Bouddha. Un tapis rouge épouse parfaitement les escaliers mais interdiction d’y poser le pied sous peine d’être rapidement sermonné par les gardiens.

Nous allâmes à la pagode d’argent. On y marche sur de l’argent : plafonds, planchers, murs ne sont que plaques d’argent. C’est le capharnaüm royal. Albert Londres, Visions orientales 1922.

Nous continuons notre visite vers la Pagode d’Argent. La végétation est omniprésente : fleurs en pot, bosquets d’arbustes, nénuphars flottant dans des jarres. Une impressionnante fresque contant l’histoire du Ramayana (l’un des écrits fondamentaux de l’hindouisme) court sur l’ensemble de l’enceinte. Certaines parties sont encore en restauration. Dans la Pagode, pavées de 5 000 blocs d’argent d’un kilo, une multitude d’objets : bouddhas en or, masques, offrandes… Au cœur, une statue de Bouddha de deux mètres, tout en or, pesant 90 kilos et incrusté de 2 000 diamants. Derrière lui, un second bouddha, en jade celui-ci.

S-21 : la torture en toute intimité

Entre deux et trois millions de morts. Mais qu’importe le nombre, cela vous glace le sang. Plus de deux millions de Cambodgiens furent assassinés sous le régime des Khmers rouges. Débarqués à Phnom Penh en avril 1975, ces soldats sont accueillis en héros par la population en proie à plusieurs années de guerre. Mais très vite, les Cambodgiens vont subir la folie génocidaire de ces nouveaux dirigeants. Evacués de la ville et forcés à l’exode, les habitants sont poussés vers les campagnes et périssent par milliers sur les routes.

En 1975 toujours, les Khmers rouges ouvrent les portes de Tuol Sleng, centre de torture plus connu sous le nom de S-21. Durant quatre années, Douch (directeur de cette prison) enverra entre 16 et 20 000 Cambodgiens à la mort. Arrêtés sans raison (avoir les cheveux longs ou porter des lunettes était considéré comme un acte de trahison), des milliers d’hommes et de femmes furent torturés ici avant d’être envoyés dans le camp d’extermination de Choeung Ek. Les détenus étaient regroupés à cinquante dans une chambre, les pieds attachés à des barres de fer. Tous étaient photographiés à leur arrivée mais aussi à leur mort.

Lors de la visite des lieux, nous comprenons que la vie a repris ses droits tout autour des murs d’enceintes de cet ancien lycée. Un mariage se prépare d’ailleurs sous les fenêtres du musée qui ouvrit ses portes en 1979 soit quelques mois après la chute du régime khmer rouge.

Aujourd’hui, des photos de corps mutilés sont accrochées aux murs. Des cellules en bois et en brique témoignent de l’exiguïté des lieux : à peine deux mètres carrés où s’entassaient trois personnes. Des lits en fer ainsi que des manilles sont exposées au centre des chambres de torture. Il règne un silence effroyable. On ne peut qu’imaginer l’horreur. Et lorsque notre regard de visiteur croise celui des centaines de détenus photographiés, notre cœur se suspend. A la libération du camp, seules sept personnes furent retrouvées vivantes.

3 commentaires

  1. BbA

    Coup de chapeau aux photographes, beau reportage.

    Posté le 27 décembre 2011 à 7 h 34 min | #
  2. N.

    Merci Bernadette, le compliment me va droit au coeur ;-) Bises et bonne fin d’année. N.

    Posté le 27 décembre 2011 à 10 h 48 min | #
  3. Diane

    Belles photos, bonne ambiance sonore et beau récit : J’aime !

    Posté le 3 janvier 2012 à 12 h 23 min | #

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