Echappée belle au Brésil

08 nov 2011

Après un mois et demi en Guyane, nous partons pour trois semaines au Brésil. Notre ambition : atteindre Salvador de Bahia tout en longeant la côte. Mais après consultation des guides touristiques, nous réalisons que le pays est bien trop immense pour réaliser un tel périple en si peu de temps. En 1927, Albert Londres s’était rendu à Rio à la recherche de l’ancien bagnard Dieudonné. Nous optons finalement pour une traversée de l’Amazone entre Macapa et Bélem. Puis, nous poussons jusqu’à la ville de Sao Luis avant de découvrir les dunes du désert de Lençois sur la côte Atlantique. Récit à quatre mains de nos pérégrinations brésiliennes.

L’Amazone

En arrivant de Guyane par la route, il nous faut franchir l’Amazone, fleuve mythique. Après une petite nuit de bus, nous embarquons à Macapa, sous l’équateur exactement. Vingt-quatre heures de traversée nous attendent. Notre « bateau-hamac » bleu et blanc transporte une centaine de passagers, répartis sur deux ponts. Chacun pose son rede (hamac en brésilien) et la proximité est de mise ! Douches collées au moteur, bar à l’arrière, point d’observation à l’avant : la vie sur le bateau s’organise rapidement. Très naturellement, les Brésiliens viennent nous aborder, nous interroger sur notre voyage ou nous offrir à boire. Premiers mimes et premiers rires devant l’impossibilité de se faire comprendre.

Le plus grand fleuve du monde nous offre des paysages magnifiques. Coucher de soleil, orage électrique au loin sur la forêt, couleurs incroyables et clair de lune permettant de naviguer à vue nous brûlent la rétine. Alors que l’Amazone peut atteindre jusqu’à 40km de large, la zone où nous circulons est remplie de centaines d’îles. La plupart du temps nous apercevons les rives des deux côtés et observons la vie sur le fleuve entre petits trafics en pirogue, maisons à pilotis, et forêt immense. Des gamins hauts comme trois pommes viennent à la rame dans des coques de bois raser notre bateau pour récupérer des cadeaux lancés dans des sacs plastiques par les passagers. « Les gens qui vivent sur l’Amazone sont très pauvres, alors la venue du bateau est l’occasion d’obtenir des vêtements, de la nourriture ou des jouets », nous expliquent Marine et Henri, un couple en route pour Brasilia. Pendant que nous alternons entre lecture en hamac et contemplation du fleuve, le trafic fluvial augmente et la skyline de Bélem apparaît au loin. En quittant le pont nous regrettons déjà de faire le trajet retour en avion.

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Les charmes de Bélem

Bélem. Une ville à l’échelle du Brésil. Un million et demi d’habitants, une skyline de buildings, des taxis blancs déboulant de chaque coin de rue, des bus par dizaines et des vendeurs ambulants phagocytant  les trottoirs. Vous y trouverez de tout : noix de coco à boire, paquets de cigarettes, bonbons et ces éternels salgados (beignets fourrés au poulet, à la viande ou au poisson). Les Brésiliens en font une consommation gargantuesque.

Pour notre séjour, nous logeons à l’Amazonia, une auberge de jeunesse située en plein cœur de ville. Nous y rencontrons Marine, une Lyonnaise, partie faire un périple de quatre mois en Amérique du Sud. (C’est sa voix suave mais aussi cassée que vous pouvez entendre dans le son avec un hommage à Vanina) Toutes les trois, nous sillonnons les ruelles pavées, découvrons le bord de la rivière Para et les docks, lieux de rendez-vous incontournable pour festoyer. Comme dans chacune de nos destinations, nous ne manquons pas de faire un tour au marché : le Ver-o-Peso. Cet immense hall regroupe des vendeurs en tout genre : maillots de foot, maraîchers, apprentis sorciers qui vous conseilleront pour pas cher des poudres de perlimpinpin pour guérir tous vos maux. Au centre, un espace dédié aux salgados et aux jus. Le Brésil consomme une part impressionnante de fruits et légumes. Et en deux jours, nous devenons vite accros. Vitaminas (« crème » d’avocat), jus d’orange frais et autres fruits biscornus et exotiques (bacuri, cupuaçu…). A notre arrivée, la ville est encore en effervescence. Une semaine plus tôt, le Cirio de Nazaré (pèlerinage en l’honneur de la Vierge) envahissait les rues. La statue est toujours exposée à la cathédrale, bien gardée derrière une vitre de plexiglas. Par centaines, les fervents se pressent, le téléphone greffé à la main, pour photographier la statuette et immortaliser l’instant.

Avant de prendre la direction de l’île d’Algodoal, nous passons le samedi soir à découvrir la fiesta brésilienne. Un tour aux docks pour goûter la fameuse (et non moins onctueuse) Amazon beer. Puis, un second bar sur les quais pour une caïpirinha, bercées par la bossa nova. Nous terminerons la soirée place des Carmes envahie pour l’occasion par une bande de percussionnistes. Nous passerons encore deux jours à Bélem pour prendre l’avion direction Cayenne. Une matinée entière sera dédiée à nos achats. Au total : douze paires de tongs, cinq bouteilles de cachaça, quatre hamacs, de la nourriture locale à foison et près de 17 kilos de bagages supplémentaires dédiés à nos emplettes. Le tout renvoyé en France de Cayenne afin d’éviter une surcharge de bagages pour nos cinq mois restant.

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Les plages infinies d’Algodoal

Loin des sentiers touristiques, nous partons pour l’île d’Algodoal. De son véritable nom l’île de Maiandeua qui signifie « Terre Mère », ce petit bout de terre de 19 km carrés fait face à l’océan. On y circule encore en charrette à cheval et les rues ont troqué leur bitume pour du sable fin. Au départ de Bélem, la route pour rejoindre Maruda (port de plaisance et point de départ pour le bateau) est assez monotone. Des champs, des villages, quelques baraquements posés au bord de la route. Finalement, nous atteignons le village et embarquons pour 40 minutes de navigation.

Débarquées à Algodoal, nous grimpons dans la charrette pour rejoindre notre pousada (hôtel pas cher). Honnêtement, nous aurions été aussi rapides à pied ! Notre hôtel, le Paradiso do norte, se vide de ses derniers clients du week-end. Aujourd’hui c’est lundi et Algodoal redevient déserte. L’île nous appartient. Pour notre première soirée insulaire, nous avons le droit à un cours de caïpirinha dispensés par deux Brésiliens. Et au jeu du shaker, nous devons bien l’avouer, nos cocktails made in France ont perdu le concours. Le lendemain, nous partons, tongs aux pieds, découvrir la façade atlantique de l’île. Après une heure de marche, une plage infinie s’offre à nous. Quelques bungalows (bars, restaurants) longent le rivage balayé par de fortes rafales de vents. L’endroit est désert. Nous décidons de nous baigner avant de nous mettre en quête de notre déjeuner. La chance nous sourit. Nous tombons rapidement sur le bar d’une Brésilienne que nous dérangeons en pleine dégustation de caranqueijos (crabes de mangroves). Affamées, nous passons commande : crabes avec gâteau de couac, farofa et salade. Le tout dégusté face à l’océan.

Le lendemain, nous décidons d’explorer la partie Est de l’île. Nous embarquons sur un bateau de pêche (avec à la barre Capitaine Nolwenn) et accostons dans un village perdu. Avec nos sacs à dos, nous ne passons pas inaperçues. Une Brésilienne (qui parle français) nous prend sous son aile. Nous déposons nos affaires dans sa charrette et partons pour une heure et demie de marche, sous le soleil, les pieds dans le sable brûlant. Une fois arrivées à Fortalezinha, nous prenons une petite pause déjeuner, toujours face à la mer. Nous espérions pouvoir trouver un bateau et rentrer à notre pousada. Mais le contact que l’on nous a donné s’est absenté. Une seule solution : contourner l’île à pied. Quatre heures de marche en perspective, avec un petit challenge : traverser un rio avant que la mer ne le recouvre et nous bloque pour une nuit sur la plage. Nous nous mettons rapidement en chemin. La lumière du soleil décline rapidement. Seules au monde, nous avançons contre le vent. Ce n’est qu’à la nuit tombée, exténuées et les pieds légèrement abîmés que nous regagnons notre hôtel avec cette sensation d’avoir été l’espace de trois jours, les reines du monde.

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Les soirées brésiliennes de Sao Luis

Fondée par les Français en 1612, Sao Luis impressionne : son centre historique du XVIIe siècle, ses ruelles pavées et ses maisons aux murs couverts de carreaux colorés donnent un sacré cachet à cette métropole brésilienne. Classée au patrimoine mondial de l’humanité, Sao Luis est loin d’être une ville musée puisqu’elle est aussi la capitale du reggae au Brésil. Les fins de semaines, ses ruelles se remplissent, les clubs et bars s’ouvrent sur les pavés et les concerts fleurissent à chaque coin de rue. Le centre grouille de monde, ça fourmille, ça danse, ça boit, ça chante, bref ça fait la fête. Une première batucada attire notre oreille, puis un groupe de gens dansant sous un marché couvert nous alpaguent : au milieu de la foule, un concert. Cours de danse improvisé, boisson à gogo, spécialités culinaires locales : les personnes autour de nous offrent tout, surtout leur humanité. Et la musique nous entoure.

La capitale de l’état du Maranhao est multiple. Des soirées du centre historique, nous partons sur ses plages infinies. Au nord, des dizaines et dizaines de kilomètres de plages bordent la façade atlantique. Les quartiers chics de résidences sécurisées, de magasins de luxe et d’hôtels « resort » contrastent avec les bidonvilles du pied du pont Castelo Branco, au début de « la route des plages ». En compagnie de James, un Français rencontré à l’auberge de jeunesse, nous en profitons pour demander à ces grands hôtels s’ils disposent d’une chaine de sport câblée nous permettant de visionner, à 5h du matin, la finale de la Coupe du monde de rugby. Tous les réceptionnistes se mettent en quatre pour nous aider mais personne ne dispose du bon canal. Nous visionnerons tout de même le match en streaming sur l’ordinateur d’un ami du gardien de l’auberge… La gentillesse brésilienne ne cesse de nous surprendre.

Après plusieurs journées de découverte urbain,e nous nous offrons une balade à Alcantara, petit village à une heure et demie de navigation. Le catamaran nous berce et nous permet d’observer les magnifiques voiles rouges des petits bateaux de pêche et les énormes pétroliers qui attendent dans la baie de Sao Marcos. Alcantara était le lieu de villégiature de l’aristocratie rurale et l’on y trouve beaucoup de ruines du XVIIIe siècle, dont un pilori, sur la place du village, où étaient fouettés les esclaves. De retour à Sao Luis, nous tombons sur Vincent, un Français lui aussi rencontré à l’auberge, qui nous propose d’assister à une « roda » de capoeira. Lui-même capoeiriste depuis six ans, il participe à la ronde et aux confrontations. Huit musiciens et plus d’une dizaine de capoeiristes se retrouvent à l’étage d’une école de Sao Luis. Le public est libre d’aller et venir pour assister aux danses. Les jeunes, les très jeunes, les vieux et les moins âgés participent et tous connaissent déjà les nombreux codes de cet art. Vincent nous aide à en déchiffrer quelques-uns mais nous profitons avant tout de ce moment de communion entre le corps et la musique, la danse et les chants. Des balcons de l’école nous proviennent les sons d’un club de reggae où la fête bat son plein, dans la rue les vendeurs de coco, de caïpirinha et d’eau fraiche déplacent leurs bouibouis sur les pavés. Un vent frais rafraîchi l’atmosphère, les lumières jaunes de la ville uniformisent les façades et Sao Luis nocturne nous emporte une dernière fois au rythme de la capoeira.

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Du désert de sable de Lençois au paradis des kitesurfeurs

En brésilien, lençois signifie « draps ». A voir les photos sur le net, nous ne voulions pas passer à côté de ce désert aux portes de l’océan. Après quatre heures de route, nous débarquons avec James à Barreirinhas, une ville en bord de fleuve où les dunes font partie du paysage urbain. Après un déjeuner rapide, nous prenons place dans une jeep à touristes (à l’arrière du pick-up avec une dizaine de Brésiliens en goguette). Direction les dunes. Un parcours chaotique qui n’est pas sans nous rappeler le Gabon. A notre arrivée, la réalité dépasse le rêve. Du sable à perte de vue. Du blanc ponctué de bulles de bleues (dernières réminiscences de lacs naturels nichés aux creux des dunes). Nous en profitons pour piquer une tête dans une eau transparente où nous évoluons à travers un champ de nénuphars avant une petite marche à travers les collines ensablées. Le groupe parti devant, nous prenons un peu de retard, ce qui nous vaut d’être sifflées par notre guide. Mais égoïstement, nous voulons profiter sereinement de l’endroit. Nous sommes récompensées. Le soleil se couche, la lumière blanche devient rose et la température diminue de quelques degrés. A l’immensité du désert s’ajoute un silence étrangement réconfortant, à peine dérangé par la brise qui s’est levée. Vingt minutes plus tard, la nuit reprend ses droits. Nous rentrons à l’hôtel, avec un petit arrêt sur le passage histoire d’aider une jeep ensablée. A Barreirinhas, sur les quais, c’est aux sons du forro (danse populaire) que nous terminons la soirée accompagnés de Michelle et Marcus, un couple de Brésiliens bien décidés à nous apprendre le pas de danse.

Le lendemain, direction Tutoia, une ville située sur le Delta das Americas. Trois heures de route avec des dunes à perte de vue. Nous y restons deux jours, le temps de passer une journée sur le delta en compagnie de deux couples brésiliens. A bord du bateau, le guide nous fait sillonner le delta et part nous pêcher un hippocampe du fleuve. Nous sommes accablées par le soleil qui nous brûle la peau. Mais gardons en mémoire, ces derniers instants de soleil à admirer le vol de centaines d’ibis rouge, venus se rassembler sur un bosquet au bord de l’eau.

Avant de repartir vers Bélem, nous nous accordons encore deux jours pour continuer sur la côte atlantique. Notre but : Barra Grande, un village bien connu des kitesurfeurs, le vent soufflant toute l’année et à une vitesse vertigineuse. Pas de kite pour nous, mais une journée dans un bungalow « de luxe », les pieds dans le sable. En résumé : des livres, un hamac et un barbecue de viande ultra tendre. Simple et paradisiaque.

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13 commentaires

  1. Tibo

    J’ai envie de pleurer… C’est bien vous avez des photos vous ^^

    Posté le 8 novembre 2011 à 11 h 05 min | #
  2. joséphine

    Super. Rien à dire de plus.
    Des tonnes de bisous

    Posté le 8 novembre 2011 à 14 h 36 min | #
  3. catherine

    Ciel bleu, sable blanc… Déferlement de couleurs et de musiques… Hum ça donne envie!!

    Posté le 8 novembre 2011 à 17 h 17 min | #
  4. Nicole

    Ouah! Comme c’est beau le Brésil, le désert, le sable blanc, la danse , la musique…C’est superbe! Vous nous faites rêver.

    Posté le 8 novembre 2011 à 18 h 58 min | #
  5. Dominique

    ah la la… vous lire, admirer vos superbes photos, écouter vos enregistrements, c’est que du bonheur ! un seul regret : ne pas faire partie du voyage. rien à dire sinon un très grand bravo. bonne continuation et bon vent vers l’Asie. bisous

    Posté le 8 novembre 2011 à 21 h 07 min | #
  6. marine chat

    Quelaues precisisons
    j etaisd sur le bateua entre Macapa et Belem et nous etions plutot 200

    Pourquoi Vanina : car une version hilarante en bresilien de Vanina est venue a moi des mon arrivee a Belem et cette chanson ne m a pas quitte

    je vous rassure a Quito je me suis mise a Mike Brant bien plus ringard certe mais que voulez vous Radio Nostalgie m’ habite !!!!

    Posté le 11 novembre 2011 à 23 h 43 min | #
    • Clairette

      Mon dieu Mike Brant………. Marinnne arrête tout

      Posté le 16 novembre 2011 à 14 h 46 min | #
  7. marine chat

    eh les filles ont aviçait dit pas de photos de moi !!!!!

    Qui plus est a moitie a poil !!!!!

    Posté le 11 novembre 2011 à 23 h 51 min | #
  8. karine

    Et oui l’eau des glaçons c’est toujours la meilleure pour tout brevage! et la battucada trop enivrante pour ne pas se déhancher!beaux rythmes.Et la caporreira les filles la tête à l’envers sur le désert de sable blanc!très bon, très beau vivement notre tour. ça fait trop envie!Obrigado

    Posté le 17 novembre 2011 à 7 h 34 min | #
    • Julie

      ObrigadA Karine t’es une femme!!! :-)
      -faut commencer à apprendre ton brésilien pour votre futur séjour en terre brésilienne- Merci du com’ et surtout de nous suivre.
      Je me pèle à Tokyo 10° t’imagines?
      La bise.

      Posté le 18 novembre 2011 à 11 h 40 min | #
  9. jean pierre

    quel plaisir de vous lire, de vous entendre, de vous voir. Bon vent dans vos voiles… bon viajem

    Posté le 19 novembre 2011 à 22 h 28 min | #
  10. lalaitou

    Tout simplement jaloux !

    Posté le 21 novembre 2011 à 3 h 26 min | #
  11. alexandra

    bonjour et soyez les bienvenues en Asie !

    En attendant de vous lire et vous retrouver au Vietnam…

    Posté le 27 novembre 2011 à 7 h 31 min | #

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