The carbet way of life

13 oct 2011

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Dormir en carbet est une institution en Guyane. Dès notre arrivée, nous nous sommes équipées d’un hamac chacune, modèle en nappe de grand-mère, moins cher et moins encombrant que son grand frère en coton (mais aussi moins confortable). Le carbet est donc un endroit couvert où l’on peut poser son hamac. Il peut être public, géré par la commune, privé ou encore proposé en « location » pour la nuit. Dormir en carbet coûte bien moins cher qu’un hôtel, c’est donc un moyen très pratique de voyager à moindre coût en Guyane.

Voici un résumé des péripéties que nous avons vécu lors de nos séjours en carbet :

Et au milieu coule le Kourou

Notre unique carbet-canoë. Le principe : descendre un fleuve à la pagaie jusqu’à trouver un carbet libre et s’y poser pour le week-end. Du squattage en règle, toujours plus délicat lorsqu’on est vingt-deux. En effet, nous avons été invitées par une sacrée troupe d’amis kourouciens. Le séjour ne fut pas de tout repos entre pêche, jeux de société (times up, chabada en tête), barbecue géant, balades en canoë, baignades et autres joutes nautiques. A souligner, la perte d’une bague et de lunettes de soleil dans le fleuve Kourou que nous n’avons jamais retrouvées, malgré des recherches sous-marines intensives. Autres mésaventures, le chavirement d’un canoë et de ses trois occupants au coucher du soleil ainsi que la disparition de cette même embarcation pendant la nuit. Plus on est de fous, plus on rit et une caution de canoë divisée par vingt-deux, c’est toujours mieux !

Merci à Sophie, Clément, Karine, Rozenn, Thibault, Estelle, Marie, Marie, Dédé, Tomus, Toon, Morgane, Thomas, Erwann, Camille, Emile, Virginie, Goj et Romain.

Un aller simple pour Maripasoula

Avant de passer une nuit au Suriname dans un hôtel en face de Maripasoula, nous avons dormi chez Richard Gras, au carbet Le Terminus. Deux « cases » posées face au Maroni y sont proposées aux voyageurs de passage. L’endroit a le grand avantage de disposer d’un coin cuisine, d’un frigo et de sanitaires propres. Un lieu reposant où nous étions seules jusqu’à ce que Myriam et Anne-Gaëlle arrivent, l’occasion de faire connaissance autour d’un verre. Nous descendrons finalement ensemble une partie du fleuve le surlendemain. Car la force du carbet, c’est aussi ses rencontres !

Carbet de ville à Saint-Laurent-du-Maroni

A Saint-Laurent, notre ami Henri Debock nous envoi chez Gilbert. Ce monsieur, installé en Guyane depuis une vingtaine d’années, a un carbet dans le jardin de sa maison, en plein cœur de la ville. Idéal pour notre séjour puisque nous pouvons tout visiter à pied. Le Gîte Amazonie Accueil, comme il s’appelle, est un peu une arche de Noé. Un perroquet vous reçoit une fois le portail passé, cinq tortues vous attendent dans leur enclos au centre du jardin et les rats viennent vous rendre visite la nuit ! Quelques lézards agrémentent le tout et font de ce lieu un vrai point d’observation animale.

Gilbert aime faire partager sa connaissance de la Guyane et des différentes cultures qui y vivent. C’est ainsi qu’un matin, il part se procurer un « manaré » (tamis amérindien) et une « couleuvre », outils nécessaires à la fabrication du couac. Les tubercules de manioc sont tout d’abord râpées, à l’aide d’une boite de conserve déroulée et trouée. Cette bouillie est ensuite insérée dans une « couleuvre », énorme tube de vannerie qui presse la pâte et en enlève le jus toxique.  Cette substance est ensuite effritée et tamisée à l’aide du manaré. Pour finir, cette semoule crue est grillée sur de grandes plaques pour devenir du couac. La femme de Gilbert est une Bushinengué qui tient son salon de coiffure juste à côté. Un soir de la semaine, elle nous concocte un plat d’afingui, plat traditionnel du fleuve. Imaginez une soupe de poisson mélangée avec des boulettes de manioc molles. Excellent ! Le couple nous fait également déguster le wasaï, bouillie mauve issue de graines de palmier. Avec un peu de sucre cela donne une crème Mont-Blanc au goût assez particulier.

Outre l’accueil de nos hôtes, nous rencontrons du beau monde dans ce carbet : Richard, ex-vendeur de voitures qui a tout plaqué il y a quatre ans pour voyager autour du globe ; Jon, pilote espagnol qui fait un tour d’Amérique du sud depuis dix mois ; Fred, de retour en Guyane 20 ans après son passage pour retrouver son carbet sur la rivière Mana et Christophe, en Guyane depuis un an, actuellement en congé forcé suite à un petit accident de moto. Toute la troupe sympathise chez Gilbert, passe des soirées autour de la table avant de faire un bout de chemin ensemble…

Awala-Yalimapo, la terre amérindienne

Awala-Yalimapo, un village les pieds dans l’Atlantique. Nous avons rejoints cette plage avec nos quatre compères de Saint-Laurent-du-Maroni. Pour atteindre ce bout de paradis, il faut parcourir 20 kilomètres sur une route bitumée, légèrement endommagée, au départ de Mana. A gauche, la jungle et la savane, à droite l’océan. Arrivés à destination, nous sommes séduits. Et pour cause. Sable blanc, soleil et cocotiers. A peine quelques Saint-Laurentais venus en famille prendre du bon temps au bord de l’eau. Patrick, le père, nous explique comment grimper à l’arbre pour récupérer la coco, démonstration à l’appui. Il nous offre quatre beaux fruits, à boire sans modération. Avant de nous poser, nous passons voir le chef du village. Ce sont les Amérindiens de l’ethnie Kalina et Galibi qui vivent ici. Les présentations faites, ils nous autorisent à poser nos hamacs et nous prêtent en prime, une grille pour notre barbecue du soir.

A la tombée de la nuit, nous démarrons le feu pour cuire nos deux magrets (moins chers que les saucisses !) et côtes de porc. Derrière nous, un groupe de danseurs et chanteurs répètent leur spectacle. Dans trois jours, ils seront à Cayenne pour le festival Bushi Konde Sama. Nous avons la chance de les voir répéter. Moment de recueillement et d’observation, installées sous le corps de garde du village.

Une fois le spectacle terminé, nous repartons dîner. Sans savoir que dans quelques heures, nous serons au cœur d’un fait divers. A 23h30, nous entendons des cris provenant de la plage. Ni une ni deux, nous courons sur le sable. A bord d’une pirogue, un pêcheur nous hèle : « Mon camarade est blessé, il faut l’aider. » A peine le temps de hisser l’homme hors du bateau que la pirogue quitte le rivage et s’enfonce dans la nuit, abandonnant son ami sur le sable. Ce jeune Brésilien saigne beaucoup. Touché au tibia droit, il nous explique qu’un poisson lui a transpercé la jambe. Alors que Julie tente de convaincre les pompiers de Mana de se déplacer, Nolwenn dégote des compresses et des strips. Auxquels nous ne toucherons pas, préférant attendre l’arrivée des secours.

Les pompiers arriveront huit minutes plus tard, embarquant le blessé sur une civière. Pour nous remettre de nos émotions, nous décidons d’aller taquiner le plancton. Sublime. Avec la lumière de la lune, nos mouvements dans l’eau illuminent cette mer généralement marron. Nous scintillons, habillés de paillettes même à notre sortie de l’océan. Le lendemain, nous décidons de prendre la route vers Javouhey, l’un des plus importants villages hmong de Guyane. Nous sommes samedi, demain c’est jour de marché.

Javouhey, aux portes du Laos guyanais

Après une journée à franchement lézarder à la crique Organabo, nous prenons la direction de Javouhey, un village situé entre Mana et Saint-Laurent du Maroni. Ce soir, nous poserons nos hamacs au carbet de l’Auberge bois diable, aux portes du village hmong. Nous arrivons de nuit dans cette incroyable propriété. Quelques bungalows parsèment la pelouse. Le patron est un grand gaillard, barbu aux  cheveux longs. Il vit en Guyane depuis des années, en attestent certaines photos dans son bar où l‘on peut le voir, en petite tenue, au milieu du fleuve, un arc à la main.

L’homme est sympathique et nous amène à notre carbet. On pourrait loger au moins 20 personnes, nous sommes cinq. Au moment de tendre nos cordes, léger problème : nous n’avons pas nos attaches. Petit brainstorming de rigueur : « Et zut, on a tout oublié à Saint-Laurent. » Attacher un hamac sans corde peut vite devenir un casse-tête. Mais hors de question de dormir sur le sol en béton ou dehors avec nos amies les fourmis, qui elles, seraient ravies. Richard, en bon gentleman, propose de couper une partie de ses cordes pour nous permettre de tendre nos lits. Jon s’y colle, et avec « précision » et minutie installe nos hamacs.

Comme d’habitude, avant de commencer la soirée, toujours penser à tester son lit suspendu. Avec un brin d’appréhension, Nolwenn s’installe dans le sien. Au début, les cordes se raidissent, prenant leur « forme » pour la nuit, puis en général les crissements s’arrêtent et le hamac se stabilise. En général. Exception faite ce soir-là, où heureusement, le lit n’était pas trop situé en hauteur. Mal fixé, le nœud lâche et Nolwenn se retrouve parterre. Belle petite chute qui ne l’empêchera pas une heure plus tard de tester, cette fois avec plus de retenue, son lit parfaitement accroché.

Une fois le dortoir installé, nous passons à table. Ce soir, nous innovons : ce sera buffet froid avec charcuterie, tomates et saumon fumé sur pain de mie avec Kiri. Un véritable festin ! A notre réveil, nous plions sacs et cordes pour nous rendre au marché hmong (ethnie laotienne installée en Guyane depuis les années 70).

Crique Morpio, sa majesté le moustique

Après quatre jours à voyager à cinq, nous nous retrouvons entre filles. Ce soir, nous dormirons juste avant la ville d’Iracoubo que nous avons prévu de visiter le lendemain. Nous nous posons à crique Morpio. Imaginez une aire d’autoroute le long d’une nationale quasi déserte. Trois carbets dont un construit au bord de la crique, et donc, des moustiques. A notre arrivée, nous hésitons à sortir de la voiture car les bestioles ont lancé une attaque en règle contre notre voiture de location. Dix minutes à patienter et à les écouter s’écraser contre la carrosserie. Finalement, une fois la volée terminée, nous pointons le bout de notre nez dehors. Priorité : tendre nos hamacs car la nuit tombe. La frontale vissée sur la tête, nous redoublons de rapidité pour nous installer.

Puis, petit dîner improvisé. Au repas : couac (semoule de manioc), thon et concombres, le tout arrosé de sauce soja. On devient vite des chefs étoilés en pique-niques… Il revient à Julie d’ouvrir la boîte de conserve. Légère erreur de manipulation et la voilà en train de se « vider » de son sang ! Retour dans le coffre, trousse de secours, compresses et super bandes strip autocollantes. Sauf qu’avec la chaleur et l’humidité de Guyane, la bande a littéralement fondu sur elle-même. Impossible donc d’en retirer une fine lamelle pour s’en servir de pansement. C’est au couteau suisse, et avec un peu de volonté, que Nolwenn finit par déchirer une partie du strip et à soigner la blessée. Après toutes ces émotions, nous ne tardons pas à sombrer dans nos songes. Les moustiques ont levé le camp pour la nuit. Ils referont surface, au petit matin, dans le hamac de Julie, dont la moustiquaire, transpercée de toute part, est devenue obsolète.

Avec toutes ces histoires, difficile de résumer la philosophie de vie du carbet. On vous parlera de réveils matinaux, d’imprévus, de parties de pêche, de baignades et d’un certain retour aux sources et à la nature. Des moments simples où un hamac, une belle lumière et un bon entourage suffisent à votre bonheur.

 

Bonus track : En Guyane, terre d’animaux dangereux et d’une nature hostile, nous avons fait la rencontre d’un animal bien particulier : la taupe. Petite définition d’une amie.

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2 commentaires

  1. Martin

    Belles images… Mésaventures amusantes ou pas… Mais la photo de rosette Cochonou, ça te casse un mythe ;-)

    Posté le 16 octobre 2011 à 10 h 24 min | #
  2. Rozenn

    La taupe creuse des galeries et va, grâce à vous, devenir célèbre…!!!

    Posté le 27 octobre 2011 à 23 h 43 min | #

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