Le Maroni, fleuve aux mille visages

07 oct 2011

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Le Maroni, fleuve frontière long de 520 km, prend sa source dans la région des Tumuc-Humac au Suriname et se jette dans l’Atlantique. Si Albert Londres n’a jamais entrepris la descente de ce fleuve, nous ne pouvions pas passer à côté. Et nous n’avons rien regretté. Mardi matin, 11h30, aéroport de Cayenne. Nous embarquons dans un petit coucou direction Maripasoula, au sud-ouest de la Guyane. Nous sommes une dizaine à prendre place dans l’avion pour quarante-cinq minutes de vol. Vu du ciel, la jungle ressemble à un champ de brocolis. Du vert à perte de vue. Arrivées à Maripasoula, nous installons nos hamacs dans un carbet face au Maroni.

Maripasoula, la multicolore

La visite de la ville est assez succincte. Cette commune bien que la plus étendue de France est peu peuplée (environ 6 000 habitants). Face à elle, côté Suriname, c’est New Albina. Une cité qui semble bien plus dynamique avec sa pléiade d’épiceries chinoises, ses restaurants et ses hôtels. Afin de faciliter le passage d’une rive à l’autre, tout voyageur peut emprunter une pirogue gratuitement (les piroguiers étant rémunérés par les commerçants chinois.) Les maisons montées sur pilotis colorent le rivage. Pour notre premier déjeuner surinamais, nous nous installons à la terrasse de « Chez Nelly », restaurant-bar tenu par une charmante Brésilienne d’une quarantaine d’années. Nous avalons notre salade (payée au kilo) et profitons de la vue sur le fleuve en contrebas.

De retour au carbet, nous rencontrons Myriam et Anne-Gaëlle qui elles aussi font la descente du fleuve. Le lendemain, nous cherchons une pirogue pour rejoindre Grand Santi, un village en aval. Nos sacs sur le dos, nous atteignons l’embarcadère à 8h. Trop tard, les bateaux sont partis, nous sommes bloquées à Maripasoula. Pour notre seconde nuit, nous choisissons de dormir chez Nelly. Petite chambre d’hôtel bleue et blanche où la salle de bain tient dans deux mètres carrés et la porte des toilettes est inexistante. Après avoir dîné, nous regagnons notre « suite trois étoiles ». Mais en notre absence, une colonie de fourmis a littéralement envahi les lieux. Au grand maux, les grands remèdes : nous dégainons l’aérosol et après une bonne ventilation de la pièce (afin de ne pas mourir asphyxiées), nous sombrons dans nos rêves.

De sauts en sauts vers Grand Santi

Pour ne pas réitérer l’erreur de la veille, nous arrivons à 7 h au rendez-vous pirogue. Cette fois-ci, trop tôt ! Nous attendrons finalement jusqu’à 14 h avant de partir pour cinq heures de navigation. Sur la pirogue, nous subissons les attaques du soleil. Dans ce cas, tout fait office d’abris : parapluie, serviette de bain, chèche. Nous faisons plusieurs arrêts dans des « campu » (petits villages de bord de fleuve), déposant des cartons, ravitaillant la pirogue en essence. Quelques stops également côté Suriname, où notre piroguier s’octroie une pause boisson : un rhum local affichant 90° sur la bouteille, largement coupé à l’eau… Calées sur nos sacs, nous profitons de la majesté des paysages : du vert, du gris, des rochers affleurant la surface de l’eau. Le trajet pourrait sembler long mais il n’existe aucune monotonie. Notre traversée est aussi ponctuée de sauts (passages rocailleux) tous plus beaux les uns que les autres. Après la commune de Papaïchton, nous passons notamment le saut Abati-Cottica (en pays Aluku), véritable mer de roches. Nous sommes chanceuses car en période de saison sèche, les rochers sont plus visibles (et parfois plus dangereux). En cinq heures de navigation, nous touchons une fois le fond. Notre pirogue se met à giter, à peine le temps de jeter l’appareil photo dans notre touque (caisson étanche).

A la tombée de la nuit, nous accostons à Grand Santi et sommes accueillies par Myriam (institutrice rencontrée à Cayenne) et Thomas, prof d’histoire. Environ mille personnes vivent dans ce village peuplé majoritairement de Djukas. On les appelle les Noirs Marrons ou Bushinengue. Ce terme désigne l’ensemble des descendants d’esclaves noirs révoltés et enfuis avant l’abolition de l’esclavage. Cachés dans la forêt, ils se sont ensuite installés le long du fleuve. Six groupes ethniques vivent sur le Maroni : Boni, Saramaka, Paramaka, Djuka, Matawais, Kwintis. Tous parlent une langue différente malgré de nombreux points communs (mélange de portugais, anglais, espagnol…) : le tongo, le saramaka, le busi-tongo…

A la conquête de l’or

Après deux jours de visite, nous quittons Grand Santi en pirogue stop. A 7 h, le fleuve est encore endormi. Une brume blanche épaisse s’accroche à la surface de l’eau et serpente à travers le vert de la forêt. Sentiment d’être à l’origine du monde, juste avant de dégoter une pirogue pour Apatou. A peine trente minutes après notre départ, nous passons un saut impressionnant. Notre piroguier, as de la navigation, gère le passage avec brio et nous tombons vite amoureuses de lui ! Sur notre route, nous croisons aussi de nombreuses barques d’orpaillage. Les travailleurs brésiliens et surinamais viennent ici en masse pour fouiller le sol. Les conditions de travail sont moyenâgeuses. Sous ces barques rouillées tout droit sorties d’un film, deux personnes reliées à la surface par un tuyau qui leur apporte l’oxygène, aspirent les sables du fleuve pour en extraire de rares pépites. Un travail extrêmement dangereux, où chaque orpailleur (clandestin) est soumis à la force des courants et aux passages de troncs d’arbres. Deux chercheurs d’or surinamais voyagent avec nous. Nolwenn tente de communiquer. Discussion difficile lorsque l’on ne parle ni le brésilien ni l’une des langues du fleuve !

A Apatou, nous logeons chez Manuelle, la sage-femme du village. Elle vit en Guyane depuis sept ans et ce jour-là, elle travaille sur son abattis (champ) avec sa famille. Nous prenons nos quartiers dans sa case et partons admirer les dernières lueurs de la journée, posées sur un ponton et profitant d’une partie de pêche avec toute une famille hmong. Appâtés par la côte de bœuf, les piranhas ne tardent pas à mordre.

Le lendemain, c’est par voie terrestre (le pouce tendu) que nous rejoignons Saint-Laurent-du-Maroni, ultime étape de notre histoire avec le fleuve. Un cours d’eau aux mille visages. Enrichissant, fascinant et simplement unique.

3 commentaires

  1. Nicole

    vous êtes « mimi » sous le parapluie « sous le soleil exactement » hum hum.
    C’est vrai que la Guyane surprend parce qu’on n’en parle pas souvent. Ce n’est pas une destination DOM proposée en général. Le maroni offre de beaux paysages en effet. Vous êtes toujours bien entourées.C’est chouette.

    Posté le 10 octobre 2011 à 20 h 08 min | #
  2. joséphine

    Mais dis moi tu n’aurais pas un nouveau collier par hasard ?
    Mille bisous
    T’es superbe et les photos sont magiques

    Posté le 12 octobre 2011 à 11 h 40 min | #
  3. Mary-France

    magnifique reportage, ayant travaillé en guyane vous m’avez encore fait rever bisous

    Posté le 6 septembre 2012 à 17 h 09 min | #

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