L’île Royale, royaume du bagne

28 sept 2011

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On les aperçoit du rivage de Kourou, petits points noirs à l’horizon. Les îles du Salut, les fameuses. Nous y voilà, un mardi matin de septembre. Nous partons fouler le sol du bagne, 91 ans après le passage d’Albert Londres. Pas de canot ou de rameurs, c’est Marc qui nous y amène sur L’Albatros, son catamaran. Quatorze kilomètres nous séparent de ces îlots volcaniques posés au large de la Guyane. Au fur et à mesure de la traversée, les fonds marins s’éclaircissent, l’eau devenant turquoise à l’approche des îles. « Les locaux viennent ici pour se baigner et apprécier le seul endroit de Guyane où la mer est bleue », explique Marc qui fait l’aller-retour quotidiennement. « Les touristes de passage par contre s’y rendent pour visiter les restes du bagne. »

C’est ce que nous faisons dès notre arrivée. Conseillées par le skipper, nous trouvons Serge Colin, véritable mémoire du lieu. Guide depuis 15 ans sur l’île Royale, il en maîtrise l’histoire dans les moindres détails. Ravi, il nous embarque pour une visite de presque trois heures à travers les monuments de l’île. S’il y a une date que nous retenons de toutes celles qu’il nous apprend, c’est bien le 31 mars 1852. Ce jour-là, à bord de L’Allier, 301 bagnards en provenance de Brest accostent sur l’île Royale. C’est le premier convoi. Ils seront plus de 12 500 à passer par les îles du Salut jusqu’en 1953, date réelle de la fermeture du bagne.

C’est un point du monde réprouvé. Nul bateau n’a le droit d’en approcher, nul voyageur d’y poser le pied. On passe au large. Au bagne 1923

L’île Royale concentrait les lieux « de vie » du bagne : hôpital, maison du directeur, logements des gardiens, lavoir, buanderie, maison des sœurs, salle d’honneur, habitations diverses, mess, poulailler… En tout, une soixantaine de fonctionnaires de l’administration pénitentiaire y vivait. Ainsi que des centaines de forçats. Parmi les endroits à ne pas manquer figure l’église, entièrement peinte par le détenu Francis Lagrange dit Flag. Ici, les bagnards ont tout construit : les bâtiments et les routes. L’entretien des îles tenait lieu de travaux forcés. Les maladies, les conditions de travail et d’hygiène décimaient les détenus. Cette forte mortalité pousse l’administration à réserver les îles du Salut à une catégorie spécifique de bagnards : les déportés politiques, les espions, les « célébrités » (Dreyfus, Seznec, Dieudonné entre autres) ainsi que les fortes têtes. Car le quartier administratif et les maisons coloniales rénovées font presque oublier qu’il y avait une prison sur cette île. Le quartier disciplinaire se trouve pourtant juste à côté, caché derrière un haut mur d’enceinte.

Les cachots individuels sont encore debout, tout comme le camp des transportés. Ici les hommes s’entassaient dans une pièce commune, dormant à même un bat-flanc en béton, les pieds entravés par des manilles. Mouroirs collectifs qui donnent encore la chair de poule.

Au centre, l’île Royale qui domine est le fléau. Saint-Joseph d’un côté, le Diable de l’autre sont les plateaux. Au bagne 1923

La visite s’achève sous un soleil de plomb et, après une petite collation, nous décidons de monter notre carbet-bâche. Nous l’apprenons rapidement, en Guyane un carbet est un abri pour poser son hamac. Si cette structure n’existe pas, il est conseillé de tendre une bâche au-dessus des hamacs afin de s’abriter de la pluie et des noix de coco. Récit sonore de cette aventure (attention, onze minutes de galère et de fous rires).

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Les îles appartiennent depuis 1971 au CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) puisqu’elles se trouvent sur la trajectoire de tir de la fusée Ariane. A chaque lancement, tout le monde évacue ! Il faut dire qu’à part trois gendarmes sur l’île Royale et deux légionnaires sur Saint-Joseph, personne n’y dort. Les touristes partis vers 16 h, nous restons seules au monde pour admirer un magnifique coucher de soleil. L’île est à nous, les agoutis (rongeurs improbables) et les singes saïmiris sont à la fête et jouent à nous lancer des fruits. Autre curiosité, les innombrables tortues de mer qui tournent autour de l’île. Un peu de patience et les têtes émergent à proximité du rivage. Après l’apéro, retour au campement où nous tentons d’improviser un feu avec des feuilles de palmier. Heureusement que nous avions prévu un repas froid, c’est un échec.

Sur Royale, pas de plage mais des rochers volcaniques peu propices à la baignade (ou à l’évasion). Seules la « piscine des bagnards » et une jetée offrent des points d’eau à l’abri des violents courants. C’est là que nous nous lavons au lendemain de cette nuit sur la plage. Le temps de faire le tour de l’île et d’observer les ruines de l’ancienne boucherie et du cimetière, il est déjà l’heure de partir. Marc nous attend sur son catamaran pour nous transférer sur l’île Saint-Joseph.

5 commentaires

  1. Martin

    Bon, Koh Lanta, c’est pas encore pour vous ! Mais je suis sûr que vous y parviendrez… Plaisanterie mise à part, ces îles sont magnifiques mais finalement, quand on plonge dans leur histoire, elles vous glacent le sang malgré le climat…

    Posté le 29 septembre 2011 à 10 h 20 min | #
  2. piton

    Non mais vraiment risible !!!!  » gros bisous les gonzesses !!

    Posté le 11 octobre 2011 à 15 h 44 min | #
  3. N.

    Te moquerais-tu de notre carbet bache ? En effet, risible. Gros bisous et dédicace de Bélem…

    Posté le 14 octobre 2011 à 17 h 02 min | #
  4. Nicole

    Etes-vous allées voir les restes du sémaphore de l’ile royale sur lequel figure une belle plaque blanche en hommage à Guillaume Seznec ?

    Posté le 1 novembre 2011 à 10 h 26 min | #
    • Julie

      Oui nous avons vu le sémaphore mais n’avons pas pris de photos de la plaque…

      Posté le 1 novembre 2011 à 13 h 49 min | #

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