Danses sous iboga

15 août 2011

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Au Gabon, et plus largement en Afrique, être athée est inconcevable. Tout le monde croit. Peu importe le dieu ou les esprits. Majoritaires, les catholiques trustent le marché religieux mais les églises évangélistes gagnent du terrain à Libreville et dans les autres capitales provinciales. En périphérie, les croyances ancestrales ne sont pas pour autant délaissées. Ici, on vous parle facilement de génies qui peuplent les forêts, les rivières et les océans. Les Gabonais en ont peur et respectent profondément ces esprits. Nous ne voulions pas tourner la page gabonaise sans vous parler d’un rite propre à ce pays : le bwiti.

Ce rituel initiatique se pratique différemment selon les ethnies (mitsogho, fang, apitzi…) et le sexe. Il existe donc des cérémonies propres aux hommes (mwiri, dissumba…) et aux femmes (niembé…). Les Gabonais n’ont pas pour obligation de s’initier. Ce choix peut être motivé de plusieurs façons : lutter contre un esprit malin, prouver son passage à l’âge adulte, se guérir …

Les cérémonies d’initiation peuvent durer plusieurs jours (voire plusieurs mois selon les étapes) et se déroulent au cœur des villages. Les règles qui régissent le cérémonial sont complexes. Celui qui demande à être initié fait appel à un nganga (maître de cérémonie) ou ngwévilo (prêtresse) qui l’aidera dans sa démarche spirituelle. Globalement, lors d’une veillée, l’initié ingère une importante quantité d’iboga, une plante hallucinogène. Ce bois sacré lui permet de rentrer en transe et de communiquer avec les esprits, sous l’œil protecteur du nganga. Cyprien est nganga. Ce Gabonais de 40 ans absorbe tous les deux jours une infime quantité de la plante, sous forme de poudre. Seuls les nganga avalent cette dose quasi quotidienne. « Cela me permet de garder mes « pouvoirs ». Toute personne si elle le désire peut venir me consulter pour l’aider à résoudre un problème. Je peux même te consulter sans te connaître, te décrire la maison où tu vis… » Nous avons refusé préférant la position de témoin. En deux mois de périple, nous avons assisté à deux cérémonies.

La chasse aux génies

La première célébration se déroulait à Mouila, au sud du pays. Alors que nous déambulions au marché, un jeune homme visiblement dans un état second nous accoste. Les tongs aux pieds, il est recouvert d’une étrange peinture blanche et vêtu seulement d’un tee-shirt noir et d’un short. Il nous explique qu’il est en plein rite initiatique et nous convie demain à l’aube pour assister à la sortie de veillée.

Le lendemain, nous gagnons l’endroit du rendez-vous. François, le jeune que nous avions rencontré, n’est pas en réalité l’initié de la cérémonie, il l’accompagne seulement. Entourées des femmes qui hurlent et chantent, nous assistons aux danses traditionnelles. Sous nos yeux crédules, le nganga aidé par d’autres initiés pourchasse les génies. Pour notre regard d’occidentale, ni plus ni moins, qu’un homme déguisé vêtu d’un pagne et d’un masque. Pour les enfants et les villageois, une véritable chasse aux démons. Durant la nuit, l’initié a subi quelques sévices corporels : sa chair est brûlée et des plaies à vif lui cisaillent le dos. Durant cette cérémonie, Nolwenn a l’interdiction formelle de prendre des photos. « Les génies mécontents pourraient détruire votre appareil photo et votre propre vie serait mise en danger », selon le nganga. Pas de prise de risque, l’appareil retourne dans le sac.

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Transe féminine

Quelques jours plus tard, conviées chez une amie, nous débarquons au PK 9 de Libreville au petit matin. A notre grande surprise, nous tombons sur une cérémonie bwiti de femmes. Nous demandons l’autorisation à la nganga de pouvoir prendre quelques clichés. Accordée.

Devant nous, un cercle de femmes en pleine transe, le visage maquillé en rouge et blanc. Elles dansent et chantent. Au centre, trônent un feu et quelques bouteilles de jus. Deux hommes vêtus d’une toge blanche à croix rouge, tournent autour des flammes, eux-aussi les yeux fixés dans le néant. Mysticisme, magie, vaudou… L’ambiance est pesante et très étrange. Après une heure d’immersion aux côtés des femmes, nous voyons sortir des cases voisines, les trois initiées. Fatiguées, probablement droguées, elles chancellent, chutent, l’une d’entre elles s’évanouie et est évacuée. La nganga leur demande de raconter leurs rêves, ce qu’elles ont découvert sur elle, le mal qui les rongeait… D’une voix tremblotante, l’une d’elle, le corps exténué et maigre, complètement coupée de la réalité, raconte ses songes.

Autour de l’assemblée attentive, le silence se fait. Seule, une femme se tient à l’écart, debout, la tête dans un chapeau. Depuis quarante minutes, elle ne bouge plus. Comme soumise. Nous apprenons plus tard que cette femme est folle. La nganga la guérit. Le principe est simple : le chapeau est remplit de kaolin, une poudre blanche argileuse et étouffante. Dans un geste violent, la prêtresse a plongé de force la tête de la malade dans ce chapeau avec interdiction de l’enlever. Voici comment on traite la folie.

4 commentaires

  1. françois marie -fran

    Bravo …les filles !!!!
    quelle belle expérience et quel bonheur de vous lire !!! je lis et vois des choses qui me sont familières surtout à travers le Gabon !!!
    merci NONO pour cette pensée tte particulière que tu as eu en arrivant sur les routes Gabonnaises !!
    Courage les filles !!! nous ne pouvons que vous féliciter et vous dire combien nous sommes fières de vous
    gros bisou ma ….NONO
    MF

    Posté le 29 août 2011 à 7 h 58 min | #
    • Nolwenn

      Merci MF de tous ces encouragements. Très touchant. On continue l’aventure en Guyane.
      Bise
      Nono.

      Posté le 29 août 2011 à 19 h 25 min | #
  2. Charles

    Superbes photos et très chouette reportage ;) Bravo !!!

    Posté le 30 août 2011 à 21 h 32 min | #
  3. laure

    j’adore ce reportage. C’est un sujet qui m’avait passionnée il y a quelques années mais pas sur ce continent.
    Bref continuez ce super boulot !!!!

    Posté le 2 septembre 2011 à 9 h 39 min | #

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