Chez les coupeurs de bois. Episode 3

30 août 2011

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Une fois sciés et transformés, les bois gabonais sont exportés à travers le monde entier. Avant de quitter le territoire, ils rejoignent les quais du port à bois d’Owendo à Libreville. Des forêts gabonaises à l’océan Atlantique, la route est longue.

Trois moyens de  transport sont utilisés pour acheminer les cargaisons. La gare de Lastourville (à l’est du pays) regorge de tas de grumes en attente d’être chargées sur  le Transgabonais, chemin de fer national. Le bois emprunte également la voie terrestre. D’imposants grumiers (semi-remorque de plusieurs tonnes) sillonnent la Nationale 1. Ce trafic routier cause chaque année des accidents mortels malgré l’encadrement de ces convois exceptionnels. Enfin, quatre villes stratégiques permettent la mise à l’eau des grumes ou des cargaisons de bois : Lambaréné, Mayumba, Ndjolé et Port-Gentil (POG). Mais aujourd’hui, seul le port à bois d’Owendo semble encore témoigner de l’activité du secteur.

Sur les quais d’Owendo

Avec l’interdiction d’exportation des billes de bois, l’activité portuaire de Port-Gentil (capitale économique) et de Mayumba a subi un sérieux coup de frein. A POG, quelques grumes abandonnées pourrissent et dérivent lentement à travers les infrastructures rouillées. Un véritable port fantôme. Pire, à Mayumba, le port lui-même semble avoir disparu. Impossible de retrouver sa trace…

Rien que pour ramener cette bille à la rivière, j’ai besoin de trois jours, encore si la tornade ne délaye pas trop le poto… On va jeter la bille à l’eau. Ce n’est pas tout de les couper, il faut les amener à Abidjan, ensuite à Grand-Bassam. Maintenant je vais faire le jockey aquatique, à cheval sur mes dromes. Ah ! Il faut avoir la santé ! Terre d’ébène.

Reste le terminal à bois d’Owendo, fer de lance et site principal des exportations de bois pour le pays. Situé à une quinzaine de kilomètres de Libreville, le port dispose d’une gare ferroviaire où sont déchargées les cargaisons du Transgabonais. De nombreuses entreprises sont encore installées sur le site. La SNBG (Société Nationale des Bois du Gabon), détenue majoritairement par l’Etat, possède ses bureaux à l’entrée du complexe portuaire. En charge des  exportations, la société anonyme entend jouer un rôle majeur dans l’industrialisation du secteur forestier, notamment dans la mise en place des usines de transformation pour ses permis forestiers. Marquées du sceau des entreprises, les cargaisons envahissent les quais. Disposés entre deux grues gigantesques, les containers attendent patiemment leur envol vers l’étranger : Anvers, Nantes…

Quid du contrôle des entreprises forestières ?

Avec l’interdiction d’exportation des grumes, l’Etat entendait créer de l’emploi. Pour Placide, journaliste à la RTG1 (première chaîne nationale), la mesure a eu un effet inverse : « Cette annonce a occasionné énormément de chômage (4 000 personnes selon lui, des chiffres invérifiables…) » Il est encore un peu tôt pour tirer un premier bilan de cette mesure et de ses conséquences sur le secteur.

Reste qu’avec son potentiel vert, le Gabon voit de nombreux investisseurs débarquer pour exploiter ses concessions forestières.  Des entreprises historiques (françaises, suisses ou italiennes) partagent aujourd’hui le marché avec des structures chinoises, indiennes ou encore malaisiennes. Si les entreprises certifiées FSC  s’engagent pour le respect de l’environnement, il semble que les nouveaux arrivants n’aient pas la même philosophie. Pour certains acteurs du secteur (ONG ou responsables forestiers), l’industrie forestière est en danger. Le contrôle des entreprises et de leurs méthodes d’exploitation reste aujourd’hui un point faible dans le domaine. Quelques bureaux indépendants (Veritas, Peterson Group…) vérifient chaque année les structures certifiées. Mais, les exploitations sont vastes. Malgré les prérogatives attribuées aux agents des Eaux et Forêts, le manque de personnel au Ministère rend ces contrôles difficiles.

Certaines entreprises ont la réputation de favoriser une exploitation anarchique et intensive au détriment de la forêt. Ces rouleaux compresseurs du secteur forestier pourraient à terme favoriser l’épuisement de la ressource verte. Pire, certaines firmes achèteraient des concessions afin d’y exploiter des palmiers à huile. Le procédé est simple : raser la forêt pour y cultiver ces arbres, produits rentables dans l’industrie de l’agroalimentaire…

Eclairage : main basse asiatique sur le bois gabonais

Le Gabon reste sans conteste un pays pétrolier mais la ressource forestière pèse lourd dans la balance commerciale. En 2006, environ 1 800 000 mètres cubes de bois étaient exportés. Les investisseurs étrangers sont nombreux sur le marchés au premier rang desquels les Chinois, premiers clients du Gabon, qui trustent 60 % de parts de marché. La France est le second importateur avec 14% de parts. On retrouve ensuite les Indiens et autres pays asiatiques. De manière globale, l’Asie détient plus de 70 % du marché global des importations.

Terre d’ébène lu par… le président de l’ONG H2O Gabon* : Henri-Michel Auguste

« Ce n’est pas le haut de l’arbre qui est beau. C’est le pied. Le bois est dans le pied. Ils gaspillent la forêt. Un noir vient et leur dit : « J’ai trouvé cinquante acajous. » Ils saccagent tout le reste pour avoir cinquante acajous. »

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*Le site web d’H2O Gabon ici.

5 commentaires

  1. Très sympa de faire lire chaque fois un peu de Londres aux exploitants… et de leur faire faire un parallèle. Y’en a la dedans les filles !! Sinon, ça va en Guyanne ?

    Posté le 12 septembre 2011 à 6 h 08 min | #
  2. Ahhhhh au fait, si je peux faire le DJ, voici la petite chanson qui va bien avec votre trilogie BOIS : http://www.youtube.com/watch?v=RYfVKr6Dw_Y

    Posté le 12 septembre 2011 à 6 h 46 min | #
  3. Nicole

    Bravo les filles, c’est du très bon boulot!
    Encore félicitations !!!

    Posté le 12 septembre 2011 à 8 h 52 min | #
  4. 51rueduCasino

    Très bon article, très complet! Une question me reste sur ce chapitre gabonais. Quand je pense exploitation du bois, je revois toujours les cases de ce vieux Lucky Luke, l’album La Flume, ou encore la BD de Marsupilami sur les méchants capitalistes qui dévastent la forêt (on a la culture qu’on mérite, hein)… Et du coup, ma question, c’est :
    - les fleuves du Gabon ont-ils été mis à profit pour acheminer le bois directement, juste en laissant dériver les troncs, comme cela l’a été fait aux USA et en Palombie (enfin l’AmSud quoi)…
    - y’a-t-il eu des flumes de construits (des conduites où on laissait là aussi dériver les troncs pour acheminement)?
    A part ça, très bon chapitre! Le côté très économique vient carrément éclairer le récit d’Albert Londres!

    Posté le 20 septembre 2011 à 21 h 41 min | #
  5. Martin

    Bon, j’ai eu en partie ma réponse sur l’emploi…

    C’est vrai que les odeurs manquent… mais j’apprécie beaucoup d’avoir une idée de la taille des stocks de bois en échelle universelle : le Nolwennmètre !

    Posté le 21 septembre 2011 à 9 h 29 min | #

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