Chez les coupeurs de bois. Episode 2

26 août 2011

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Au Gabon, l’annonce a fait grand bruit. Depuis le 1er janvier 2010, les exploitants forestiers ne doivent plus exporter de grumes à l’étranger. Tout bois quittant le territoire devra préalablement être transformé. Cette mesure, mise en place par le président Ali Bongo Ondimba, s’inscrit dans la continuité de la politique de son père Omar Bongo. En effet, depuis 2001, le code forestier gabonais stipule dans son article 16.1 qu’« à l’horizon 2012, les entreprises forestières devront atteindre 75 % du seuil de transformation forestière ». Dix ans plus tard, à peine 30 % de la production est transformée. Une maigre compensation au vu des directives de 2001.

En novembre 2009, Ali Bongo décide donc de frapper fort. Une décision trop brutale selon certains acteurs du secteur qui estiment que cette mesure sonne le glas des petites entreprises forestières. En effet, développer des unités de transformation (scierie ou usine de déroulage) nécessite d’importants investissements auxquels les structures ne pourraient pas se plier. « Selon moi, c’est une bonne mesure, précise Patrick Geoffroy, directeur d’exploitation à la CEB. Le gouvernement ne nous prend pas en traître, nous étions prévenus. Le nouveau président n’a fait qu’accélérer les choses. »

C’est un arbre de trente tonnes. Il y a trois billes là-dedans, à huit cent francs la tonne. S’ils écaillent la base, c’est une bille de moins, huit mille francs perdus ! Terre d’ébène

Pour l’actuel chef de l’Etat, cette directive doit avant tout favoriser la création d’emplois. Selon le site Afrik.com, le gouvernement gabonais aurait donc débloqué un fonds d’aides de près de 20 milliards de CFA pour soutenir l’industrialisation du secteur. En février dernier, le gouvernement a également annoncé la création prochaine du Bureau industrie bois (BIB).

De la bille de bois à la planche

Une fois abattues, les grumes sont transportées aux parcs à bois. « Quand le grumier rentre de l’exploitation, les billes sont triées. Les plus belles grumes d’okoumé partent à l’usine de déroulage à Libreville et sont stockées au parc export. Les autres ainsi que les bois divers sont rangés au parc de scierie », nous explique Thierry, chef du service.

Dominant le camp de Bambidie, la scierie de la Compagnie Equatoriale des Bois (CEB) fonctionne 16 h par jour. Dans l’unité de sciage principale, on scie en en priorité de l’okoumé mais aussi des bois divers comme le movingui ou le padouk. La production est régulée selon un carnet de commandes où chaque desiderata du client est noté afin de respecter au mieux les critères du produit souhaité  (longueur, largeur, taux de séchage…)

… Ce n’est pas le haut de l’arbre qui est beau. C’est le pied. Le bois est dans le pied. Terre d’ébène

Concrètement, deux scies gigantesques se relayent pour débiter les grumes : une scie de tête et une scie de reprise. Ces deux mâchoires d’acier taillent les billes dans le sens de la longueur. Ensuite, la déligneuse prend le relais et tranche en largeur. Huit personnes travaillent sur la chaîne de production. Six autres sont affectées au tri et à l’empilage des planches. Une seconde scierie, plus petite, s’occupe des bois dits « déclassés » utilisés pour les constructions des baraques du village. Prochainement, une troisième unité spécialement dédiée au sciage des bois divers devrait voir le jour.

Les plus beaux okoumés non sélectionnés pour le sciage sont expédiés à Libreville pour être déroulé. L’usine traite environ 6000 mètres cubes de billes chaque mois.  « La grume est fixée sur deux axes en rotation. Ensuite, on fait passer un couteau qui déroule le bois et produit des feuilles de contreplaqué », souligne Patrick Geoffroy.

Séché, emballé, expédié !

Une fois sciée, la planche part au séchage. « Cette étape n’est pas obligatoire. On peut expédier des bois non séchés à la demande du client », note Thierry. Au cœur d’un immense hangar, dix cellules de séchage tournent en permanence, grâce à une chaudière alimentée par de la sciure de bois. Le temps de séchage varie selon l’essence et la demande du client : le movingui devra par exemple patienter au chaud durant cinq semaines, le moabi jusqu’à six semaines !  Une fois séchés, les produits sont marqués à la peinture rouge (propre à la CEB), empaquetés puis expédiés à travers le monde (Europe, Afrique du Sud…)

Le Gabon compte également de nombreuses scieries, plus petites, comme à Mouila (sud du pays). Dans ces structures artisanales, chaque morceau de bois est récupéré. Armées de leur hache, les femmes du village ramassent quotidiennement les chutes pour alimenter le feu en cuisine. Scierie industrielle ou entreprise familiale, au Gabon, chaque copeau de bois est utilisé. Rien ne se perd, tout se transforme.

Eclairage : l’okoumé, le roi de la forêt

La forêt gabonaise est l’une des plus riches du continent africain. L’okoumé, espèce endémique, regroupe à lui seul près de 25 % de la ressource totale soit 110 millions de mètres cube. Seuls deux pays frontaliers (Congo-Brazzaville et Guinée-Equatoriale) exploitent également cet arbre. L’okoumé, employé dans l’industrie du déroulage, est réputé pour la qualité de son contreplaqué.  D’autres essences comme l’ozigo ou l’ilomba (bois tendre et relativement cylindrique) pourraient être utilisées pour le déroulage mais restent encore trop méconnus des marchés. Plus de 80 autres essences appelées « bois divers » sont également commercialisées. On retrouve notamment le movingui (écorce jaune) pour la production des charpente. Le padouk (bois rouge) est quant à lui utilisé en ébénisterie et pour la fabrication des terrasses. On peut également citer le beli, l’azobe ou l’iroko.

Terre d’ébène lu par… le président de Muyissi environnement, ONG : Ladislas Ndembé Désiré

« Comme ça vous allez à Chéchi chez les coupeurs de bois ? En voilà qui devraient apprendre leur métier… Ils tranchent un arbre à sept mètres de haut, pourquoi ? Ce n’est pas le haut de l’arbre qui est beau. C’est le pied. Le bois est dans le pied. Ils gaspillent la forêt. Un noir vient et leur dit : « J’ai trouvé cinquante acajous. » Ils saccagent tout le reste pour avoir cinquante acajous. »

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4 commentaires

  1. karine

    vous avez bien buché les bucheronnes, bravo! bon vent à vous et on se revoit pour discuter autour des za grumes!

    Posté le 5 septembre 2011 à 18 h 28 min | #
  2. Rozenn

    C’est moi maintenant qui suis à la bourre pour poster mon commentaire..!! Super taff les filles, continuer comme ça et j’attends le post  » montage d’un carbet-bâche entre deux palmiers » avec impatience…!!! Bises, à +

    Posté le 5 septembre 2011 à 19 h 46 min | #
  3. Diane

    Très sympa ce reportage !
    Tiens, ça me fait penser que j’ai jamais interviewé de bûcherons… A faire !
    Bisous

    Posté le 9 septembre 2011 à 16 h 51 min | #
  4. Martin

    Joli reportage… mais une question : ces mesures ont-elles vraiment été efficaces en terme d’emplois ?

    allez, zou, je file lire le tome 3 (oui je suis à la bourre…)

    Posté le 21 septembre 2011 à 9 h 19 min | #

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