Au Nord, l’enfer vert

12 août 2011

(Suite à un problème technique, nous n’avons pas pu joindre la piste son au diaporama qui sera donc  intégrée au billet directement.)

Pour notre dernière semaine au Gabon, cap au Nord. Au planning, onze heures de bus pour rejoindre Oyem, la capitale provinciale. A 2h du matin, et après une attente interminable, nous embarquons les derniers dans le car.

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Résultat, nous échouons sur les strapontins, coincés entre les bagages et les voisins envahissants. Nolwenn se recroqueville dans les marches du véhicule alors que Julie tente d’oublier la barre de fer qui lui perce le dos. A notre premier contrôle de police, nous sourions à l’agent : « C’est l’enfer dans ce bus, Monsieur ! » Réponse brutale : « L’enfer, c’est vous qui nous l’avez amené en nous colonisant. » No coment. En arrivant à Oyem, nous prenons nos quartiers au Mvet Palace (qui n’a de palace que le nom) : un hôtel décrépi à la décoration surannée. Qu’importe le lit fait l’affaire. Après une sieste éclair, nous découvrons Oyem et ses alentours. Notre guide Beaubrice nous amène visiter Radio Maria. Léa, secrétaire et animatrice, nous ouvre les portes du studio. Il est 5h15 à Oyem, 6h15 au Vatican. La radio émet jusqu’au Cameroun et en Guinée Equatoriale mais en réalité regroupe plus de « 30 millions d’auditeurs à travers le monde » dixit la brochure. La grille de programme propose même des cours de catéchisme en langue fang, l’ethnie majoritaire au Nord.

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Tempo camerounais

Oyem est située à une centaine de kilomètres du Cameroun. Nous décidons de tenter l’aventure pour visiter l’un des plus importants marchés de la région centre-afrique : le Mondial. Avant de passer la frontière, nous escaladons le mont Nkoum à la sortie d’Oyem. Quinze minutes d’ascension le long d’un sentier escarpé, un peu rude pour nos corps en mal de sport ! Au sommet, les poumons écrasés et le souffle court, nous nous émerveillons devant l’immensité de la forêt tropicale. Une heure plus tard, nous prenons la route direction Bitam. Passer la frontière gabo-camerounaise sans visa est une promenade de santé. L’officier camerounais nous demandant seulement de lui payer un jus pour traverser (entendez « glissez-moi un billet de 5 000 CFA et tout ira bien ») Trois heures d’immersion sur la terre camerounaise et déjà tant de différences avec le Gabon : un accueil plus chaleureux, des femmes qui nous sourient au lieu de nous tirer une tête longue de dix pieds, des prix moins élevés… Une bouffée d’air avant de repartir à trois sur une moto, repasser la frontière et rentrer à Oyem.

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Alcool, argent et pygmées

Cette virée au Nord est aussi l’occasion de rencontrer le peuple pygmée Baka, en vivant avec eux au village Bitouga. Sur le papier, le circuit proposé par un ami de Libreville nous parait intéressant, synonyme d’une immersion totale. Après trois heures de piste au départ d’Oyem, nous débarquons à Minvoul.

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Nos sacs de dix kilos sur le dos, nous évoluons dans une forêt dense où se détachent quelques envols de papillons multicolores. Une heure de marche idyllique malgré notre charge. Après avoir traversé la rivière Ntem, nous continuons de progresser, plus difficilement. L’homme qui nous accompagne ne parle quasiment pas notre langue, avance vite et se fiche royalement du fait que nous soyons derrière lui à la traîne. Marécages, boue, chaussures trempées, sacs sauvés in-extremis de l’eau…

Exténués, nous atteignons Bitouga, un village d’une dizaine de cases. Au centre, le corps de garde, un abri où se retrouvent les villageois pour écouter de la musique, fumer quelques cigarettes et regarder passer le temps. Très peu parlent français même si beaucoup comprennent les mots « francs CFA ». Notre venue les surprend : personne ne savait que nous arrivions, notre organisateur nous ayant fait faux bond et n’ayant prévenu personne ! Pour briser la glace, nous improvisons une partie de football avec les enfants, sous une chaleur de plomb.

Nous logeons chez Jean-Marie le chef du village camerounais qui nous propose deux chambres pour trois. Devant la multitude d’araignées suspendues aux poutres, nous préférons accrocher nos moustiquaires au corps de garde et dormir sur des bambous. Le chef nous prend sous son aile, nous proposant la canne à sucre de sa plantation, nous offrant un poulet pour manger et quelques tubercules… Il tient une petite épicerie où se ravitaillent les habitants en alcools et gâteaux. Et joue aussi le rôle de gendarme en réglant les conflits des villageois.

Le lendemain, nous partons avec Alain, un pygmée de 29 ans, découvrir les vertus des arbres sur le sentier « santé nature ». La balade est expédiée : Alain a eu son argent, nous apprendre à reconnaître les arbres, il s’en balance ! A la nuit tombée, après avoir goûté des asticots des marécages (sans ironie : une préparation délicieuse), les villageois improvisent des danses autour du feu. Pas de costume ni d’explication. Nous avons payé l’alcool pour la soirée, seule contrepartie demandée. Saouls, les pygmées enchaînent quelques pas et nous invitent, pour la forme, à faire de même. Désabusés, nous prenons part au folklore avant de regagner nos lits de bambou. La pleine lune se découvre derrière un nuage et illumine le cœur du village. Unique moment de magie de cette nuit en forêt. Difficile de décrire nos ressentis durant cette immersion. Si nous tentions de vous l’expliquer, on vous dirait que depuis notre arrivée, tout n’a été qu’une question d’argent : payer pour voir, payer pour se balader, payer de l’alcool… Et à notre départ, nous repayons un soi-disant cadeau d’adieu. Nous sommes vaccinées sur les circuits « découvertes des peuplades autochtones »…

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De retour à Minvoul, nous retraverserons le Ntem. Il est 9h du matin, et nos piroguiers sont complètement ivres ! A l’embarcadère, bourré, Alain ne se rend pas compte que la pirogue prend l’eau et que Yue est assis à l’intérieur. Impuissant, il chute de l’embarcation et tombe à l’eau, sauvant miraculeusement son sac. Personnellement, nous ne sommes pas rassurées même si notre pirogue paraît plus stable. Illusion totale ! Nous embarquons avec Patrick pour quinze minutes de navigation qui auraient pu être idylliques, car honnêtement le paysage est splendide. En réalité, et sans exagérer, quinze minutes d’enfer et de stress. La barque prend l’eau et gîte. Même dans un sac étanche, on sait que l’appareil photo de Nolwenn ne résistera pas si on chavire et le reste du matériel non plus. A ce moment, nous n’échangeons plus un mot. Concentration totale pour ne pas céder à la panique. Une fois débarquées, nous n’avons même plus envie d’être polies ou attentionnées. Nous voulons simplement rentrer.

Pour regagner Libreville, nous louons les services de Paul, un Gabonais de 40 ans qui rentre avec sa voiture perso vers la capitale. Prudent, il ne dépasse pas les 50 km/h, soit douze heures de route pour faire 500 bornes. Harassés, nous arrivons à Libreville au petit matin. Dans deux jours nous quittons le Gabon pour traverser l’Atlantique et rejoindre la Guyane. Déjà deux mois et demi d’aventures sur notre carnet de route.

 

6 commentaires

  1. Je me lave pas, et bla bla bla… que vous dites. Et au niveau de l’épilation, vous en êtes où ?

    Posté le 26 août 2011 à 13 h 07 min | #
  2. BbA

    Encore un reportage qui sent le vécu. Je vous laisse les araignées, les asticots des marécages et les embarcations improbables…C’est vrai Patricia, comment on fait pour s’épiler dans un tel périple ?
    Courage les nanas, et rv vite pour les nouvelles de la faune guyanaise !
    BbA

    Posté le 26 août 2011 à 15 h 13 min | #
    • N.

      En désespoir de cause, on utilise le rasoir… Et jour de fête, l’épilette à l’hôtel !

      Posté le 26 août 2011 à 15 h 41 min | #
  3. raph tual

    On y est vraiment. Super blog les filles!!! Par contre, où sont les enro, les Paps et les itw montés d’1’05 ? ;) Julie, les sons sont nickels. C’est vraiment beau. ça fait rêver quand on est dans son petit appart de bourgeois! Ou pas…

    Posté le 29 août 2011 à 23 h 04 min | #
    • Julie

      Merci Raph pour tes encouragements.Pour ce qui est des enrobés et sons riquiquis, l’avantage quand tu es ta propre boss c’est que tu choisis ton format ! :-)

      Posté le 30 août 2011 à 2 h 33 min | #
  4. Marie-France Gabon

    Je suis Marie France Moussavou du Gabon (Prof d’histoire géographie) et je voudrais, si possible rentrer en contact avec Julie Crenn et Nolwen Leboyer des bons amis que j’ai rencontrer lors de leur voyage à Libreville en septembre 2011.
    Merci de m’envoyer leurs adresses e-mail; la mienne est moussavoumariefrance@yahoo.fr

    Posté le 7 février 2013 à 12 h 00 min | #

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