Akieni, notre Chine en folie

01 août 2011

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Dans son livre « La Chine en folie », Albert Londres racontait l’Empire du Milieu qu’il a sillonné en 1922. Loin de Shanghai et Pékin, nous avons vécu une semaine à l’heure chinoise… au Gabon !

Yue restera une de nos plus belles rencontres gabonaises… Oui, il fallait nous rendre en Afrique pour nous faire un ami chinois ! Lorsque nous le croisons, mi-juillet, il vient d’arriver à Libreville et rentre de la plage après avoir testé son cerf-volant malgré la fatigue du voyage. A 22 ans, il étudie la chimie à Nancy et est venu pour un mois et demi en vacances au Gabon.  Yue porte toujours des Crocs orange, boit du Ricard/Red-Bull, parle avec un accent charmant, adore le vin de palme, mange des bonbons de viande séchée et met toujours trop de piment dans ses plats ! Originaire de Chengdu, capitale de la province du Sichuan, Yue nous fait découvrir la Chine avec retenue : « Les Français ont beaucoup de préjugés sur les Chinois. » Avec lui nous débattons de tout (religion, travail, démocratie, communisme…), confrontons nos différences culturelles jusqu’à leurs limites et, surtout, rions beaucoup.

Lorsqu’il rencontre un groupe de Chinois dans le bar jouxtant notre hôtel à Franceville, c’est la joie ! Enfin il peut parler sa langue et échanger sur le Gabon avec ses pairs. Le lendemain, « le boss » de ces travailleurs expatriés, M. Cao (prononcez Tsao) nous propose de l’accompagner pour quelques jours sur son chantier, au nord d’Akieni. Nous réajustons notre programme et décidons de le suivre, tentées par la perspective de deux jours de nourriture asiatique et, bien sûr, curieuses de découvrir la vie d’ouvriers chinois en Afrique.

Pour débuter notre plongée en Chinafrique, M. Cao nous amène à Bongoville chez M. Li, un compatriote originaire d’Harbin au nord de la Chine (ville où Albert Londres s’est rendu en 1922). L’homme garde seul les machines et matériels de l’ancien chantier routier entrepris pour la CAN 2012 car l’ancien village d’Omar Bongo accueillera des centres d’entraînement

pour cet événement sportif. M. Cao et M. Li cuisinent pendant près d’une heure pour nous servir un repas dont nos papilles se souviennent encore ! Lassées de la « gastronomie » africaine, nous engloutissons les multiples plats préparés par nos hôtes : poulet coca, porc grillé au gingembre, salade de nouilles de riz-concombre-arachides, crevettes à l’œuf et aux légumes… Le repas à la chinoise consistant à poser les différents mets au centre de la table, chacun se servant (avec ses baguettes) et mangeant jusqu’à satiété.

Pour nous remettre de cette orgie culinaire, plusieurs heures de voiture nous attendent. Heureusement, M. Cao nous réserve une surprise : un canyon rose se cache sur le bord de la route à quelques kilomètres d’Akieni. Plus petit que celui de Leconi, il a l’avantage d’être accessible et nous pouvons enfin fouler le sol de cette merveille géologique. La roche maquille nos mains de rouge et s’effrite à la moindre pression. Moments magiques dans ces dédales de stalagmites rosées.

Encore un peu de route et nous arrivons à Okouya. C’est dans ce petit village que M. Cao et son équipe de cinq Chinois montent des antennes de télécommunication pour un opérateur gabonais. Nous logeons chez le chef du village dans des conditions assez rustiques : de l’électricité quand on met des cartes prépayées dans le générateur, pas d’eau ni de sanitaires. La douche, c’est le puits, le seau et des tôles fermées sur de la terre battue. Moustiquaires sur le lit obligatoires, et repas autour du feu. Les Chinois achètent toute leur nourriture à Franceville et cuisinent leurs propres plats, un délice ! Le dernier soir, M. Cao organise un méchoui : biquette au cumin pour tout le monde ! L’inconvénient étant que nous voyageons avec le pauvre animal encore vivant à l’arrière du pick-up et assistons à son exécution [ça pousse des cris déchirants une petite chèvre]…

La première journée, nous visitons les deux chantiers alentours : une antenne est déjà presque montée entièrement tandis que l’autre est au stade des fondations. Vingt-cinq ouvriers gabonais ont été embauchés dans les villages du coin pour travailler sous la houlette des Chinois. L’après-midi, rien de prévu, la torpeur s’installe après le repas : sieste, lecture, musique. Jusqu’à ce qu’une mama, Marie-Bernadette, nous propose d’aller faire un tour sur sa plantation. Le chemin est très escarpé et le terrain rejoint la forêt dense. Nolwenn et M. Cao partent à la chasse aux chenilles et se retrouvent dans un parcours digne de Koh Lanta ! Tous deux tombent dans une mare saumâtre, de la boue jusqu’au cou…

Le lendemain, nous visitons les environs et, conseillés par des villageois, cherchons la rivière locale. Informés de notre projet, tous les enfants s’invitent à l’arrière du pick-up avec leurs bidons pour profiter d’un moyen motorisé et aller chercher leur eau. C’est donc en compagnie d’une quinzaine de gamins que nous arrivons dans ce lieu paradisiaque : une petite plage s’ouvre sur une rivière à l’eau cristalline. Nous ne résistons pas et sautons, tout habillées, jouer avec Yue et les enfants. M. Cao ne tarde pas à nous rejoindre et nous nous amusons dans le courant pendant près d’une heure. Le soleil nous sèche rapidement et nous rentrons nous reposer. Le soir, pendant que nous jouons au Dou Di Zhu (jeu de carte chinois), nous organisons une projection publique de l’Age de glace sur notre petit PC pour les enfants du village.

Nous quittons Okouya le 28 juillet au matin après avoir salué le chef, les enfants et nos amis chinois, (Xin Giang, Lan Fang, Zhi Yong et Qing We) pour partir dans le sud du Haut-Ogooué, à Poubara. M. Cao a encore pris un jour de congé pour nous amener à destination et nous aider à visiter le barrage. Car si Poubara est avant tout connu pour ses chutes et son pont de lianes (que nous avons visités), c’est aussi là que se trouve le plus gros chantier du moment : la construction d’un immense barrage sur l’Ogooué. L’entreprise SinoHydro dirige les travaux, en coopération avec le gouvernement gabonais. Près de 400 ouvriers chinois et 700 gabonais travaillent sans relâche pour achever l’ouvrage en 2014. Sans l’aide d’Yue et de M. Cao, jamais deux touristes françaises n’auraient pu visiter ce site. Le responsable gabonais nous interdit de prendre des photos tandis qu’au même moment Yue explique, en mandarin, au responsable chinois que nous sommes journalistes… Ce dernier, ravi, nous demande de dire à la France entière que les Chinois font du bon travail en Afrique, spécialement sur ce chantier [c’est fait !]. Il nous laissera  même pénétrer au cœur du tunnel long de plus d’un kilomètre par lequel passera l’eau pour se rendre au générateur.   Difficile de décrire l’immensité du lieu, le travail de fourmi des ouvriers, la poussière, le ciment, la circulation perpétuelle des engins, les grues et le danger…

Il faut souligner ici le rôle d’Yue. Durant ces quelques jours, c’est lui qui a joué l’interprète pour que nous puissions communiquer avec nos hôtes. Obligé de traduire ce que nous ne comprenions pas en chinois, et vice-versa. Sans lui, les échanges auraient été très difficiles, l’anglais étant plutôt inefficace ! Après ces trois jours palpitants, nous quittons Franceville et ses environs, marquées par la gentillesse et la simplicité de nos amis chinois.

 

7 commentaires

  1. Maintenant

    Merci beaucoup pour cet agréable voyage, c’est un réèl plaisir de lire et voir vos découvertes, et rencontres… Bonne route !
    VM

    Posté le 22 août 2011 à 21 h 39 min | #
  2. Bernie

    Oh, tu savais que Chengdu est jumelée à Montpellier ?! Yue étudiant à Nancy, ça c’est un « détail » qui sent la coïncidence !
    Eh dis donc, Y’a toujours une « mama Bernadette » quelque part. J’en aicroisé une sur une pirogue sur la seule rivière navigable de Polynésie à Raiatea…
    Courage pour la suite !
    Ps: je préfère les photos + CR rédigé, c’est plus vivant et plus naturel que le live du précédent post. EJDÇJDR !
    Bizzz les nanas…

    Posté le 22 août 2011 à 22 h 15 min | #
  3. ahhhh, la bouffe : y’a que ça de vrai. C’est bien comme ça qu’il faut traduite le « wouyï hah » lancé par le monsieur en cuisine ??!

    Posté le 23 août 2011 à 6 h 27 min | #
  4. Martin

    merci de nous faire vivre ce moment de Chinafrique… Entre gastronomie et nouveau modèle économique en développement.

    Posté le 23 août 2011 à 10 h 18 min | #
  5. Diane

    Merci les filles pour vos écrits, sons et photos si nombreux et détaillés. Bon, des fois j’ai du mal à suivre tellement vous produisez. Mais, c’est un vrai plaisir de lire/écouter/voir vos découvertes, impressions, rencontres… Je voyage un peu par procuration… Prenez soin de vous !
    Bisous,
    Diane

    Posté le 25 août 2011 à 9 h 15 min | #
  6. Enora

    Encore bravo les filles !!! Vivement la suite !!! :D

    Posté le 25 août 2011 à 20 h 58 min | #
  7. G.

    poulet COCA… ouais… c’est sûr, un pti coup de « boostant » ça fait pas de mal de temps en temps, haha !
    bonnes vacances ;-)

    Posté le 31 août 2011 à 21 h 40 min | #

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