Sette Cama, la parenthèse enchantée

02 juil 2011

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Accroché à un bout de terre entre la lagune Ndougou et l’océan Atlantique, bienvenue à Sette Cama, un village hors du temps. Ici, pas de commerce, une quinzaine de cases au cœur du hameau et du sable à perte de vue. « J’ai vu les plus belles choses du Gabon à Sette », « Vous allez voir des éléphants surfeurs (qui nagent dans la mer) »… Toutes ces histoires que l’on vous raconte comme si Sette Cama était une récompense pour avoir eu le courage de subir la piste depuis Tchibanga. Depuis Gamba, on atteint cette langue de terre en pirogue ou en 4×4. Nous avons opté pour la voie fluviale.

Mais avant de vous conter notre histoire, petit rappel historique. Au Gabon, les parcs nationaux ont été créés en 2002. Le pays en compte treize dont celui du Loango. Sette Cama est la destination phare de ce dernier. Et si à Mayumba, notre interlocutrice Solange avait été compréhensible avec notre manière de faire du tourisme, à Gamba nous sommes vues comme des extraterrestres ! Première question du conservateur du parc : « Qui vous a invité à Gamba ? ». Réponse tout aussi laconique : « Personne, on se gère seules. » Regard interrogatif de monsieur : deux jeunes femmes touristes, seules à Gamba, trop louche… Ce dernier nous explique qu’il est impossible de visiter le parc en « solo », obligation est faite de passer par un tour opérateur. Et évidemment, on ne joue pas dans la même cour. Là, où nous avions calculé deux jours à 80 000 CFA, on nous propose un « package » à 150 000. Depuis la mise en place des parcs, dont le dixième anniversaire sera célébré l’an prochain, les infrastructures touristiques ne sont pas légion. Rien n’est véritablement organisé pour le quidam souhaitant découvrir ce pays aux richesses naturelles pourtant extraordinaires. Après avoir tenté une négociation, en vain, nous décidons de sacrifier notre budget sur l’autel de la découverte et de la curiosité.

Prises en charge par une association locale qui pratique le tourisme équitable (une notion très en vogue…), nous embarquons pour 45 minutes de pirogue. Il faut bien l’avouer, l’itinéraire vaut le coup : la lagune Ndougou présente un visage bien différent de celui de la Banio à Mayumba. Ici, la mangrove jouxte de petits îlots où vivent certains villageois. Un véritable dédale de terres émergées.

En fin de matinée, nous débarquons à la case de passage de Sette Cama. Notre hôtesse Salomé nous avertit : le repas sera servi à 12 h 30. Le temps pour nous d’aller jeter un œil aux rivages à quelques centaines de mètres à pied de notre chambre. Comme à Mayumba, les plages sont immenses et sauvages. A peine quelques crabes pour courser avec vous et votre ombre. Après avoir pris un bon déjeuner (poisson délicieux et riz éternel), nous partons sur la lagune voir les hippopotames. Nous sommes accompagnées d’Alain, le piroguier, et d’un guide dont nous n’avons jamais vraiment compris le nom en deux jours ! Il faut dire que l’homme est particulièrement silencieux et légèrement imbibé d’alcool même si la dose a diminué depuis le début de matinée. Et les quelques mots qui sortent de sa bouche sont souvent incompréhensibles. Peu importe, le garde tient parole et nous voici, moteur éteint, accrochés à la mangrove en pleine observation d’un troupeau de sept hippo. Nous sommes postées légèrement plus près que lors de notre virée à Lambaréné. Et en bon guide qui se respecte, le nôtre imite le cri de l’animal, à croire qu’ils ont tous une formation dans ce domaine. Nous avons aussi la chance de voir un bel envol de pélicans. Avant de revenir à la case en fin de journée, nous partons faire un brin de marche sur le sable. Mais aucune silhouette animale ne se dégage à l’horizon.

Pour cette nuit, nous sommes les seules occupantes de la case de passage. Une quinzaine d’habitations forment le village de Sette et en « périphérie », nous trouvons le Safari club, un lodge de luxe où le vacancier trouvera eau chaude et décoration coloniale. Mais surtout un bar où nous nous payons le luxe d’une petite mousse. De retour à la chambre, Nolwenn blêmit mais reste calme. Pourtant, une belle araignée (plus grosse que d’habitude !) s’est figée au plafond. En bonne hôtesse, Salomé s’amuse de voir ainsi Nolwenn toute apeurée devant un simple insecte qu’elle éradique d’un coup de balai. Le repas terminé, nous partons nous coucher car demain c’est balade en forêt. Et franchement, vu notre guide, nous sommes moyennement enthousiastes, persuadées qu’au moindre bruit ce dernier détalera en courant nous laissant seules face aux « monstres » de la jungle.

Escapade dans le vide

A l’aube, après une nuit sous moustiquaire, café et tartines nous promettent une belle matinée. Les reflets du lever de soleil sur la lagune sont magnifiques. Appareil photo et enregistreur greffés aux bras, nous nous enfonçons dans la jungle. Les branches craquent sous chacun de nos pas ou parfois nous griffent le visage. Peu de cris d’oiseaux troublent le silence et nous avançons sans mot dire. Quand soudain, cris et agitations dans les arbres. A quelques dizaines de mètres, des mandrills. Nous suivons la troupe. Ils sont une bonne trentaine et ont évidemment senti notre présence. Pendant vingt bonnes minutes, nous les observons, accroupies dans les feuilles, et un peu attaquées par les fourmis. La nature se mérite.

La forêt ne vous donne pas le vertige, ou celui qu’elle procure est le contraire de l’autre : loin de vous attirer, elle vous repousse. On n’avance pas d’un air dégagé et consentant. Si l’on n’écoutait que son instinct, on ferait marche arrière. Terre d’ébène.

Nous continuons de progresser, silencieuses. Face à nous, une intrigante architecture : des cabanes en bois suspendues aux arbres. « La BBC est venue faire un reportage sur les singes et a construit ses deux installations pour filmer », précise le guide. Entre les plateformes, un pont suspendu à environ 15 mètres du sol. La tentation est trop grande. Nous grimpons à l’échelle (combattant le vertige) et traversons la passerelle. La vue est simplement unique. Nous sommes complètement « intégrées » à la forêt. Le groupe de singes que nous suivons a évidemment plus de dextérité que nous et saute de branches en branches à une vitesse vertigineuse. Le temps d’en profiter, de fixer quelques images, bruits et odeurs au cerveau et nous voici sur le chemin du retour via la plage.

Alors que l’on a parcouru cent mètres, on croit avoir abattu un long chemin. Dire qu’il est des intrépides qui vont, en partie de plaisir, déjeuner dans les grands bois ! Il est vrai que cela se passe en France. Ici l’on ne sent pas bien. C’est la pénombre. Terre d’ébène

Mais Sette Cama qui signifie littéralement « sept tombes » ne nous a pas encore livré tous ses secrets. Selon la légende, un navire portugais se serait échoué sur les côtes et les sept corps retrouvés auraient été enterrés à l’emplacement du village actuel. Seules, nous n’aurions jamais trouvé ce lieu. Légèrement ensablées et cachées sous des branches de palmiers, nous découvrons les fameuses croix. Lecture faite, aucun nom de Portugais mais plutôt des Français et Anglais. L’origine de Sette Cama gardera donc tout son mystère. Après ces trois heures de balade, direction la serviette de plage pour terminer la matinée avec une bonne séance de bronzage, bouquin à la main. Exit la foule de la mer Méditerranée avec ses vendeurs de glaces et ses beignets au chocolat. Nous sommes seules pour notre plus grand bonheur. Pour parfaire cette journée, Salomé nous a préparé du poisson et des patates douces, suivi d’un café et d’une sieste.

Revenues à Gamba, nous nous octroyons un petit verre à l’auberge du Missala, réputée pour sa piscine et sa vue imprenable sur la lagune. Au coucher du soleil, des images plein les yeux, confortablement installées dans nos fauteuils molletonnés, nous savourons l’instant à sa juste valeur. Demain, nous repartons dans les dunes et sur la piste. Comme à son habitude, depuis notre arrivée à Gamba, la chance ne nous a pas lâchés. Et Sette Cama restera une belle parenthèse enchantée.

11 commentaires

  1. On s’y croirait. Un peu que j’ai cru qu’il y avait un hippo dans ma baignoire…

    Posté le 11 juillet 2011 à 19 h 54 min | #
  2. laure

    Photos fantastiques ! Je suis fan de votre blog, il est vivant, bien illustré de son et d’images et les textes donnent le ton !

    Posté le 18 juillet 2011 à 22 h 51 min | #
  3. Anne

    Sette Cama est un lieu magique!!! ca vaut le detour!! les forets sont fabuleuses…. pour le guide, j’aurai pu vous donner des numéros!

    Posté le 15 août 2011 à 22 h 11 min | #
  4. Johan

    Bonjour Julie/Nolwenn, Anne,

    Je pars visiter Sette Cama au mois de juillet 2012. Pouvez-vous me recommander quelques guides ?

    Merci d’avance.

    Posté le 24 juin 2012 à 21 h 26 min | #
    • Noyer

      Quel a été le résultat de cette expérience 2012, nous allon en juillet prochain au Gagon et souhaiterions visiter la Sette Cama. Avez vous des contacts locaux a conseiller ? des guides ? des adresses de cases de passages ? Merci pour votre aide. MC

      Posté le 29 avril 2013 à 9 h 45 min | #
      • Nolwenn

        Bonjour,
        Nous avions adoré notre passage au Gabon, premier des sept pays que nous allions découvrir. Pour aller à Sette Cama, nous avions pris des taxico, au départ de Libreville avec arret à Tchibanga. Puis, un second véhicule nous avait déposer dans un village au miliue de nulle part où nous avions été récupéré pour rejoindre Gamba.
        Le départ pour Sette cama se fait de Gamba. A l’époque où nous y étions allées, nous souhaitions nous débrouiller par nous même mais le tourisme est un minimum encadré. Parlez avec les habitants de Gamba, c’est sûr ils sauront vous guider. Je crois me souvenir que nous y étions en juillet également. Nous avions vu des hippo mais pas les célèbres éléphants surfeurs. Bon voyage, lke Gabon est un pays magnifique, le parc de la Lopé est splendide et l’Est du pays, époustouflant !
        Nolwenn

        Posté le 28 juin 2013 à 13 h 10 min | #
  5. mc

    j’aime cette article, je suis de Setté-Cama,j’ai vécue là bas et y retourne tous les 2ans…merci pour cette bel article…prochain départ pour moi, été 2013, j’ai hâte d’y être

    Posté le 21 août 2012 à 15 h 28 min | #
  6. fred

    bonjour, je pars en aout prochain avec 6 copains au Gabon, on a l’intention d’aller à mayumba et je me demandais si vous pensiez qu’il serait possible de s’arrêter à gamba et faire un détour, à l’aller ou au retour, de 2 jours sur sette cama à partir de gamba ? si oui quel budget compter pour cette excursion ? ( logement et guide à sette cama et logement à gamba?); et pourriez vous nous conseiller un « tour opérateur » svp. merci d’avance :)

    Posté le 2 février 2013 à 12 h 56 min | #
    • Nolwenn

      Bonjour,
      Pour aller à gamba, c’est effectivement la route de Mayumba. Nous nous étions arrêtées dans un village au retour de mayumba, là une autre voiture nous avait récupéré après deux heures d’attente à se dire : ils nous ont oublié :-)
      je ne me souviens plus du prix exact de l’excursion pour Sette Cama au départ de Gamba. Assez cher il me semble mais vous êtes obligé de passer par un séjour organisé, ce que nous ne voulions pas mais nous n’avons pas eu le choix. Il n’y a pas de « tour operator » à proprement parler ;-) Il faut simplement parler avec les habitants de Gamba. Nous avions rencontré une personne extraordinaire là bas… Un bon souvenir. Bonnes vacances, profitez bien.

      Posté le 28 juin 2013 à 13 h 13 min | #
  7. avan gaelle

    salut nolwenn!!
    Je suis tellement admirative de ce periple que vous avez fait toutes les deux!! un voyage qui a tellement de sens… Au plaisir de te revoir un jour ma chere nolwenn ( ton filleul winnie m’a dit que tu lui manquais…)
    Gaëlle Avan

    Posté le 21 juin 2013 à 15 h 35 min | #
    • Nolwenn

      Salut Gaelle !
      Ouah, que le temps est passé vite. Déjà bientôt dix ans que nous étions à Blagnac (2004 non ?)
      Déjà deux ans aussi que nous sommes parties avec Julie sur les chemins de traverse. Un voyage magnifique, qui garde encore beaucoup de sens dans mon coeur.
      Je rentre en métropole un mois fin août (je vis en Guyane maintenant), je n’ai pas d’étape à Toulouse, problème de temps… Mais c’est avec plaisir que je te reverrais.
      Bises (et bise à Winnie ;-)

      Posté le 28 juin 2013 à 13 h 06 min | #

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