Primitive Lopé

24 juil 2011

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Après avoir visité Port-Gentil, l’équipe franco-chinoise s’est reformée. Direction le parc de la Lopé. Pour atteindre le cœur du pays, il nous faut emprunter le Transgabonais, l’unique ligne de chemin de fer du Gabon, dont la vitesse ne dépasse pas les 60 km/h. Le temps de rallier la capitale à Franceville (environ 750 km), vous auriez déjà pu faire un vol Paris-New York aisément. Nous avons décidé de faire le trajet de jour afin d’admirer les paysages qu’on nous a prédit fabuleux. Mais pour cause de travaux pour la CAN 2012, les trains circulent uniquement la nuit. Oubliée donc notre balade touristique. Arrivés à 18h30 à la gare d’Owendo, à Libreville, nous patientons avant d’embarquer pour un départ fixé à 20h. Et pour une fois (cela mérite d’être noté), le transport est ponctuel. Nous installons nos sacs dans une cabine 1ère classe pour cinq heures de voyage. Rôdés au temps africain, et entre deux bouchées de mangue trop mûre, nous écoutons patiemment la locomotive avaler les rails. A une heure du matin, nous fournissons un dernier effort pour rejoindre le Lopé Lodge. Nous avions réservé la chambre à l’avance. Mais au moment de confirmer notre arrivée, Constant, le maitre d’hôtel, nous informe que rien n’a été enregistré à notre nom. En désespoir de cause, nous passons la nuit sous une tente avec pour seul luxe un matelas d’environ 5 cm d’épaisseur.

L’hôtel est niché au cœur d’une vaste plaine. A gauche, se dressent le Mont Brazza et le massif du Chaillu tandis que la savane s’étend jusqu’à notre tente. Pour profiter du parc, nous avons un minimum organisé notre séjour. Au programme : safari, ascension du Mont puis découverte de gravures rupestres, et enfin randonnée matinale en forêt. Notre guide Saturnin est un grand gaillard, souriant et blagueur. Il travaille ici depuis dix ans. En proie à une crise de paludisme, il est un peu faiblard mais joue son rôle à la perfection. Rejoins par un groupe d’évangélistes en vadrouille, nous partons tous les trois avec Anna, une Suisse cliente du Lodge, pour observer les animaux. Nous avons la chance d’apercevoir une dizaine d’éléphants (clichés à l’appui !) qui tranquillement sont venus se rassasier à l’orée du bois. Le visage de la Lopé tranche avec ce que nous connaissons déjà. Ici, on découvre une véritable mosaïque de savanes et de forêts. Gigantesque, majestueux, sauvage… Les qualificatifs ne seraient pas assez nombreux pour décrire précisément ce que nous voyons. Nous espérons que les photos sauront retranscrire l’ambiance du site.

A l’assaut du Mont Brazza

Cinq cent cinquante mètres nous séparent du sommet. L’ascension du Mont Brazza est un incontournable pour quiconque foule le sol du parc. Nous ne dérogeons pas à la tradition. Au petit matin, nous partons toutes les deux avec Anna et Saturnin gravir les flancs de la montagne. Une fois le village traversé, nous empruntons un chemin caillouteux et légèrement glissant. Une brume épaisse dissimule le sommet. Après 30 minutes de marche, Jon, un second guide, se met en tête de nous expliquer l’histoire du Mont. Dix minutes de palabres et nous avons déjà décroché ! Nous retenons cependant que l’explorateur français Savorgnan de Brazza donna son nom à cette montagne aux environs de 1880. Saoulées de paroles, nous reprenons le sentier qui se fait beaucoup plus raide. Une heure après notre départ, nous gagnons finalement le sommet avec une visibilité quasi nulle, le brouillard ayant complètement inondé la plaine. Entre deux nuages, nous apercevons les rails du Transgabonais et le fleuve Ogooué serpentant à travers la plaine. Pour la pause repas, nous regagnons le Lodge et improvisons un plat de pâtes à la ratatouille (le riz-poisson devenant lassant !). De quoi nous revigorer pour l’excursion de l’après-midi : un site préhistorique regroupant de nombreuses gravures rupestres. En aspergeant un peu d’eau sur la roche, notre guide-magicien révèle les inscriptions taillées dans la pierre.

Valse colorée

Créé en 2002, le parc de la Lopé est sans aucun doute le site le plus touristique du Gabon. Et pourtant, malgré la fréquentation, il reste bien préservé. Tout ici semble unique. Comme si l’homme n’avait jamais « violé » ce territoire aux allures primitives. La lumière paraît aussi plus douce. En fin d’après-midi sur les rives de l’Ogooué, les rayons du soleil couchant enveloppent chaque roche, chaque arbre. Bleu du fleuve et gris pastel des nuages communient à la perfection. Au loin, le vert de la plaine devient lentement rouge-orangé. Les paysans ont embrasé les flancs de la colline. Objectif : favoriser les jeunes pousses et attirer le gibier qu’ils pourront chasser. Telle une coulée de lave, le feu, épargnant quelques îlots de forêts, grignote la montagne devenue volcan. Ebahis, nous admirons le spectacle du balcon de l’hôtel.

Avant de récupérer notre train, nous partons grignoter quelques brochettes « Chez Dédé », au cœur du village. Huit heures de voyage nous attendent pour rejoindre Franceville. Rude ! Le train est bondé et l’odeur du manioc a déjà bien imprégné nos sièges. Une halte au wagon bar s’impose ! Guidés par un contrôleur, nous débarquons dans une salle exiguë et grisâtre où les effluves d’alcool ont déjà fait des ravages. Les fauteuils sont remplis de voyageurs en tout genre : de l’homme complètement saoul et à la limite du coma à cette femme les doigts plongés dans son poisson mayonnaise. A la carte du bar, c’est vin sucré, jus ou bière. Las, nous préférons retourner au wagon et tenter de dormir un peu. On ne vous apprendra rien en vous expliquant que la première classe gabonaise n’a rien de commun avec celle de la SNCF. Sièges non rabattables, climatisation bloquée à 15° : les atouts maîtres pour passer une bonne nuit… Qu’importe. Exténués, nous sombrons dans nos songes, bercés par le bruit du train qui s’enfonce dans la nuit.

6 commentaires

  1. Emilie

    Wahouuu…. Vous vendez du rêve, les filles ! Continuez comme ça :)

    Posté le 6 août 2011 à 23 h 27 min | #
  2. Hélène

    Les photos sont magnifiques, le récit toujours aussi palpant bravo et merci pour ce dépaysement de grands espaces, de savanes et d’animaux en tout genre!!

    Posté le 8 août 2011 à 7 h 32 min | #
  3. Eh! Toujours fantastique vos histoires.

    Posté le 8 août 2011 à 14 h 57 min | #
  4. animal

    aller dans un endroit comme çà, c’est aller au bout de ses rêves…
    j’adorerai naviguer sur une pirogue, un fleuve d’Afrique ou d’ailleurs, pas d’ idéaux,
    pas d’informations,
    que la vérité de la vie,
    pas connu, pas guetté…,
    un jour finir pécheur …
    entrez dans le rêve ! y’a plus personne debout dans les rues et là …une barque t’attend et l’indienne est dedans ,
    là tu es Dieu et tu grimpes le long des murs , dans ton cercueil ou dans ton fauteuil, tu joues avec des bouchons de liège et c’est le paradis sur terre !
    animal…on est mal !!!

    Posté le 11 août 2011 à 19 h 48 min | #
  5. Davy

    When We read you,it feels like We are with you ladies in that journey.
    Thank you very much for sharing your dream with us.
    Davy & Astrid

    Posté le 14 août 2011 à 22 h 36 min | #
  6. balcon

    super beau reportage les filles, encore bravo!!!!!!!!!! (j’attends avec impatience la Guyane des mes 5 ans)
    BISOUS

    Posté le 26 août 2011 à 19 h 34 min | #

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