Bambouchine, un dimanche à la plantation

14 juil 2011

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Entre Marie-France et nous, tout a commencé autour d’une pause-pipi sur le trajet Mouila-Libreville. Impossible de la manquer tant la gouaille de cette femme est contagieuse : « Hé, chauffeur ! Change la musique ! » « Non mais tu as vu celui-là comme il drague les blanches ! » « C’est ici que j’ai grandi de mes 5 à 7 ans, vous voyez ? » « Regardez le python qu’ils ont capturé ! » Marie-France parle de tout à tout le monde durant les 8h de voyage. Lorsque nous la suivons pour « faire mission » à l’abri des regards, elle nous interroge sur les raisons de notre voyage tout en nous racontant l’histoire des différentes ethnies gabonaises. Car, M3F (comme elle était appelée au collège) est professeur d’histoire-géographie à Koulamoutou. Elle revient avec ses sœurs de l’enterrement de leur grand-frère. En riant elle nous balance « Vous voulez voir le pays ? Je vais vous faire venir travailler sur ma plantation tiens ! » « Chiche ! », répliquons-nous immédiatement.

Retour à la terre

Nous voilà parties pour nous réveiller à 6h30 un dimanche matin, nous demandant ce que nous allons faire dans cette galère… Accompagnées de Franck, jeune Gabonais également rencontré lors du voyage retour, nous débarquons chez notre agricultrice favorite au PK 9. Libreville se réveille, les échos des chants des coqs résonnent dans les vallées tandis que nous montons une petite colline pour rejoindre la maison de notre hôte. Nous y rencontrons Cyprien, son conjoint, un homme rieur qui tient lui aussi à nous faire découvrir les richesses de son pays, iboga compris. Après avoir retrouvé la circulation et la pollution de la capitale gabonaise, nous sommes ravies que le couple nous emmène en périphérie pour le dimanche. « J’ai séché la messe mais le Seigneur ne m’en voudra pas, c’est pour la bonne cause ! » nous confie, sérieuse, Marie-France. Sa plantation se trouve à Bambouchine. On y accède en utilisant « la teuf-teuf », vieille Toyota qui cahote sur les pistes accidentées de latérite. Pour accéder aux terres il faut marcher un peu, traverser de petites rivières sur des troncs d’arbres entre les roseaux, monter, descendre… Et voilà le terrain ! « On ne sait pas quelle superficie il fait mais on connaît les limites et on ne va pas au-delà », explique Marie-France. « On cultive de façon à avoir à manger pendant un ou deux ans, c’est tout », précise Cyprien. Mieux vaut être vigilant lorsqu’on circule dans la plantation, nos amis cultivateurs ont installé des pièges à perdrix et à hérisson partout ! Au programme de la journée : « débroussage » pour les hommes pendant que les trois femmes partent récupérer de quoi préparer le repas. Mais avant de commencer le travail, nous avons le droit à une petite leçon de réalisation d’une « torche indigène » à partir de résine d’okoumé. Avec le couple, tout est sujet à explications. Avocats, papayes, cannes à sucre, champignons, piments, bananes, aubergines, gombo ; si les cultures principales de Cyprien et Marie-France sont le manioc et le tarot, leurs terres recèlent bien des richesses !

Leçon n°1 : pour ramasser le manioc et les tarots, il faut « fouiller », c’est à dire creuser au pied de la plante et couper le légume pour le séparer de sa racine. Le tout, avec la machette, accroupie à même le sol. Surtout, il faut faire attention à ne pas « blesser » le tubercule avec la pointe du couteau, sous peine de le faire pourrir.

Leçon n°2 : pour faire cuire les légumes, allumez le feu avec de la résine d’okoumé, plongez vos tubercules dans une marmite d’eau que vous recouvrez de feuilles de bananiers préalablement coupées à la machette par deux Françaises, laissez le tout bouillir quinze minutes, épluchez (après la cuisson c’est plus facile) et dégustez !

Il faut tout de même avouer que nous ne sommes pas vraiment fans de ces légumes. Le tubercule de manioc tout comme le tarot ont la texture de la pomme de terre et nous semblent assez fades… Rien d’exceptionnel si ce n’est le bouillon de poisson préparé par Marie-France qui accompagne le tout. Tandis que Franck s’étouffe avec une arête, Cyprien trépigne d’impatience de nous faire goûter du vin de palme.

Nous quittons donc la plantation en milieu d’après-midi, à la recherche de la boisson tant convoitée. Il nous faudra parcourir les environs avant d’en trouver car, si le vin de palme est l’alcool favori des Gabonais (après la bière), on ne boit pas n’importe quel « cru ». Pour l’obtenir, il faut recueillir le « jus » d’un palmier en le coupant. L’opération dure quelques jours, après lesquels on laisse macérer la mixture avec des écorces de bois amer. Après avoir tourné dans plusieurs maquis des environs, nous dégusterons finalement trois vins de palme différents. Chacun plus ou moins amer, plus ou moins sucré. Autant dire également que cette boisson, un peu trop âpre à notre goût, ne nous enchante pas non plus.

Alors que nous n’avons pas vu passé notre journée, il est déjà l’heure de rentrer à Libreville. Retour dans les embouteillages et les klaxons. Marie-France nous amène rendre visite à sa grande sœur, au « mapane », le quartier comme on dit ici. Dernier vin de palme et dernière discussion sur le bwiti, puisque Cyprien, grand « nganga »(sorcier), veut tout nous apprendre sur cette religion traditionnelle. Mais ceci, nous le gardons pour un prochain post !

2 commentaires

  1. G.

    Hey vous !

    Nolwenn, tu connais mon goût prononcé pour le web… Néanmoins, j’active mon clavier pour un post sur votre blog (à noter d’une pierre blanche !).

    Quelques commentaires donc sur votre dernier post :
    1) je me dédicace la pause pipi en début de l’article ;-)
    2) merci pour les leçons de jardinage à l’heure où seuls sur ma terrasse poussent du basilic et du persil (qui vient de mourir d’ailleurs, paix à son âme), je me sens encore un peu plus à la ramasse
    3) « par deux Françaises » : vous mettez une majuscule ?!
    4) oh… dans mes souvenirs, c’est bon le vin de palme !

    A plus pour la suite !

    Posté le 23 juillet 2011 à 15 h 57 min | #
  2. Ah! félicitation pour votre voyage et cette expérience dans la plantation. Je vois que les rencontres vous sont favorables cheres amies. En plus tout vous va bien. Bonne chance encore.

    Posté le 23 juillet 2011 à 20 h 09 min | #

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