Première gorgée de brousse

25 juin 2011

 

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Savane, plaine, désert de sable ou de roches. L’Afrique offre de multiples visages. Pour deux jours au cœur du parc de Mayumba, nous avons choisi la brousse et les rives de l’océan Atlantique. Ce dimanche matin, rendez-vous est donné au bureau de Solange, la conservatrice du site. A notre arrivée, ni guide ni piroguier. Las, nous commençons à nous agacer, légèrement. La directrice entend nos plaintes, et passe la tête par la porte : « Personne n’est là pour vous emmener ? » Et on sent bien qu’en plein repos dominical, il ne faut pas trop la chatouiller. La femme s’enflamme et convoque illico le garde qui se fera copieusement incendier dès son arrivée cinq minutes plus tard.

Les vivres chargées sur la pirogue (gréée de deux moteurs de 130 CV chacun), nous partons sur la Banio, direction le sud. Nous nous arrêterons à 40 km en amont de Ndindi, ville frontalière du Congo-Brazzaville. Après vingt minutes de navigation passées à décrypter la mangrove, nous accostons pour rendre visite à Victor. Rien à voir avec un improbable Robinson Crusoé qui aurait décidé de vivre de chasse et de pêche. Non. Victor est un lamantin, âgé d’un an à peine. Blessé et orphelin, il a été recueilli sur la plage de Mayumba. Depuis, l’animal coule des jours paisibles dans son enclos. Chouchouté par les guides qui lui donnent le biberon quotidiennement, la mascotte du parc a même le droit d’avoir sa bouée gonflable perso ! D’ici un an, sevré, il sera remis en liberté.

L’animal photographié, la pirogue reprend sa navigation avant d’atteindre un second ponton qui s’enfonce dans la jungle. Une fois traversé, nous débarquons, pieds dans le sable, face à l’océan Atlantique. Le programme est simple : une heure de randonnée avec notre guide Souami pour rejoindre la plaine où nous passerons la nuit. En réalité, comptez deux heures et demie de plus, le garde ayant omis de préciser que nous allions marcher dans le sable, ce qui ralentit considérablement notre allure… A 34 ans, Souami est père de deux enfants, étudiants à Tchibanga. Il a longtemps été chasseur d’éléphants. Grand et fin, il porte dans son sac à dos les tentes et une partie de nos victuailles. La machette à la main, les jumelles autour du cou, il nous semble crédible, rien à voir avec le guide rencontré à Nyonié.

Après une heure de marche, nous apercevons une barque échouée sur la rive. La veille, cette embarcation emmenait trois Congolais. Malheureusement, durant la pêche, un bidon s’est enflammé. L’un des hommes s’est noyé. Les deux autres ont tenté de rejoindre la rive à la nage. Seule une personne a survécu.

A 17 h, nous quittons l’océan Atlantique pour nous enfoncer vers la plaine. Souami espère que nous pourrons observer des animaux. A cette époque de l’année, les bestioles sont plus difficiles à voir car souvent recluses en forêt. « Si vous étiez venues en période des fruits, vous auriez aperçu des éléphants, des gorilles, des buffles », insiste-t-il. Merci pour l’information (qu’il ne cessera de nous répéter pendant 48h…), mais manque de chance, nous sommes en pleine saison sèche. Nous ne perdons pas espoir et notre foi paye ! « Regardez, des buffles ! » Julie décoche les jumelles rapido et les observe, bien au loin. Nous nous rapprochons, d’un pas léger. Notre « Crocodile Dundee local » nous explique comment se dissimuler derrière les buissons pour traquer l’animal. « Toujours rester sous le vent pour ne pas qu’ils vous détectent. » Nous réussissons à nous avancer, le temps de prendre quelques photos souvenirs. Ils sont trois, une petite famille bien protégée par le mâle qui couvre la fuite de sa femelle et son petit dès que nous sommes repérés.

Pas un bruit, rien d’autre que le cri rauque du turaco-bleu, un oiseau qui parle avec une voix d‘outre-tombe . Albert Londres. Terre d’ébène. 1929.

Il est 18h, et le crépuscule tombe déjà. Remises de nos émotions, nous décidons de dormir sur la plaine et installons nos tentes camouflage. Loin des cuisines d’hôtels et d’une table de pique-nique, nous avons prévu de quoi « survivre » : une boite de ratatouille par personne, un peu de pain sec et une bouteille d’eau. La cannette de soda (un luxe !) ce sera pour demain. Les lampes frontales vissées au front, nous écoutons les histoires de Souami : ses parties de chasse à l’éléphant, ses enfants, son boulot de garde. Le discours est rôdé : « respect de la nature, de la biodiversité, laisser un héritage à nos enfants… »

Entre deux cris d’oiseaux et de chauve-souris, la nuit s’est installée. Aucune étoile dans le ciel. Une lumière se distingue pourtant. « Ce sont les torchères des plateformes pétrolières. La nuit, le gaz rejeté est brûlé. » Ni une ni deux, nous fonçons vers la plage à quelques pas de notre campement de fortune. L’ambiance est hypnotique. Les flammes se détachent à l’horizon. Fascinées, nos regards ne peuvent se détourner du spectacle. Après un quart d’heure d’observation, nous regagnons les tentes car demain nous nous levons à l’aube pour tenter, encore, d’observer. Allongées sur le sol, bien plus dur que nos lits d’hôtels (quoique…), nous nous endormons bercées par les cris de la brousse.

Six heures du matin. Réveillées par la lumière qui transperce la tente, nous enfilons nos chaussures direction le sud. Depuis la veille, Souami ne cesse de nous appâter : « Avec de la chance, nous verrons peut-être des gorilles. » Ou plutôt la brume. Les palmiers ne forment que des silhouettes fantomatiques, enveloppés par ce voile grisâtre, et notre visibilité reste très restreinte. Nous marchons une heure environ sans rien observer… Mais ne soyons pas médisantes. Toujours optimiste, Souami prend soin de nous montrer chaque empreinte : « Ceci, c’est un éléphant, là un gorille, ici une fiente de gazelle… » C’est officiel : nous sommes expertes en empreintes animales et autres déjections, sans pour autant avoir pu voir les animaux en chair et en os…

Après avoir récupéré nos affaires, nous repartons vers le camp de base. Il est 10h, la marche dans le sable nous épuise et la fatigue se fait un peu sentir. La déception aussi. Mais la nature est ainsi faite. Rien ne s’obtient sur commande. Au bout de deux heures (avec une pause de 15 minutes, pour éviter l’épuisement total !), nous atteignons le point de ralliement. Souami nous offre un café. Une petite parenthèse s’impose à ce sujet. Ici, on vous sert du café lyophilisé. Autant dire que pour Nolwenn, grande droguée de caféine et surtout de celle de 9h du mat, c’est un peu dur… Au Gabon, tout le monde boit le café avec du sucre et du lait en poudre. Le pays n’est pas producteur, et les Gabonais ne semblent pas être de grands esthètes dudit breuvage. Mais, après trois heures d’effort, on ne fait pas la fine bouche ! Nous le buvons sans sucre et sans lait. « Ah ça, vous êtes des femmes fortes », nous sourit Souami, tout aussi impressionné de nous avoir vu marcher 20 km en en deux jours à peine. S’en suivra une discussion sur la vie, le mariage, la question du sida. Ponctuels, nos deux piroguiers débarquent à 14h pour un rendez-vous fixé à midi. Nous embarquons sur le « yacht made in Alerte à Malibu ». Revenues à terre, nous saluons Solange et Souami avant de partir donner un dernier baiser à Alphonse. Demain, une longue route nous attend. Mayumba – Gamba, l’une des pistes les plus dures du pays.

De cette visite au parc, il nous restera Souami. Une belle rencontre un peu ternie par une drôle de pratique. Au matin de notre nuit en brousse, nos boîtes de conserve avaient miraculeusement disparu. Souami, en bon écogarde et gardien de la biodiversité, avait pris soin de les enterrer à quelques mètres de notre tente. Au beau milieu d’une plaine où la veille, trois buffles s’offraient à notre regard…

3 commentaires

  1. BbA

    Les buffles sous le vent, ça doit bien valoir le chantier du tramway près de mon jardin ! Ah l’exotisme des rails sous le soleil, ça vous réveille des envies de voyages…

    Posté le 10 juillet 2011 à 9 h 34 min | #
  2. Les filles, vous voilà bien parées pour dompter tous les animals !!!

    Posté le 10 juillet 2011 à 19 h 28 min | #
  3. laure

    Et Rambo, c’était pas dans des bois amerloc ?

    Posté le 18 juillet 2011 à 22 h 45 min | #

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