Mayumba, le bout du monde gabonais

24 juin 2011

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Jeudi 23 juin au petit matin, départ pour Mayumba de la gare routière de Tchibanga. Comme à leur habitude les chauffeurs se battent pour que nous choisissions leur agence plutôt que celle du voisin. Nous étions recommandées et nos places réservées… en cabine cette fois ! Nous éviterons l’arrière et la poussière de la veille. Le trajet est splendide, le véhicule file à travers les monts du Mayombe dans le calme. Pour atteindre la ville, il faut traverser la banio avec un bac. Déjà les mangroves s’offrent à nos yeux et la forêt rejoint la mer. Car Mayumba, dernière « ville » gabonaise avant le Congo, est avant tout connue pour ses plages. Immenses, infinies, battues par de violentes vagues et de lourds courants, ces espaces sauvages subjuguent le nouveau venu.

Nous sommes accueillies par Alphonse, le « père » de Ladislas (le frère de son père, donc son oncle dans notre modèle familial). Ancien gendarme, il décide de nous mener à la gendarmerie puis à la police pour nous faire enregistrer. Un début de visite touristique qui nous change. Nous croisons les doigts et aucun gardien de la paix ne nous demande notre profession (question pourtant fréquente à l’enregistrement). Ces messieurs s’enquièrent tout de même de notre situation personnelle : « Mariée ? Des enfants ? Pourquoi tu n’as pas d’enfants ? » « Ben parce que je ne suis pas mariée ! »

La découverte de la ville est rapide : une rue principale, des écoles, des administrations (la mairie, la préfecture, le trésor public, la poste et l’office des Eaux et Forêt) le dispensaire et le marché ! Nous réalisons que c’est la plus petite ville où nous nous arrêtons pour quelques jours. 4800 habitants, autant de poules et de chèvres qui trainent dans les rues. Pas de taxis (c’est de la médisance, il y en a trois qui disposent du monopole le plus total et se fichent royalement de la ponctualité), pas de véhicule de location, pas moyen de se déplacer ! L’hôtel où nous séjournons, le Mayeye Futu, appartient à un notable local, devenu homme politique important. Sa photo trône à la réception et pour les locaux nous logeons « chez Pandzu ».

Tout le monde se dit bonjour et les regards sont curieux et bienveillants. Faire le tour de la ville avec Alphonse prend un peu de temps car, ancien maire, il salue la main de tous. Nous aussi, par la même occasion. A chaque fois ce sont les mêmes réflexions, en langue vili : « Tu ramènes des blanches maintenant ? » lui lancent les passants en rigolant. Un peu lassées d’entendre « bibam, bibam » (les blanches) sur notre passage, nous lui demandons quelques leçons de vili. Voici un extrait de nos 45 minutes de cours.

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Mal du transport, trop de climatisation, mauvais repas ? Les raisons sont nombreuses et impossible de découvrir le responsable de la fièvre qui s’abat sur Nolwenn en début d’après-midi. Pétrie de courbatures, elle reste clouée au lit jusqu’au lendemain. Direction la pharmacie pour acheter un thermomètre et évaluer sa fièvre. L’objet tout juste sorti de son emballage est défectueux. Retour à la pharmacie, échange, achat de victuailles (Coca, pommes), retour à l’hôtel. Alors que Nolwenn divague et cauchemarde qu’un tsunami s’abat sur Mayumba, Julie s’éclipse à la plage jusqu’au coucher de soleil.

Ici les crabes fantômes sont chez eux. Dès l’approche d’un pied humain, ces derniers ont plusieurs tactiques de survie : ils se réfugient dans leurs trous de sable, filent dans les vagues, ou encore, cessent de bouger en espérant qu’on les confonde avec le sable (ce qui arrive souvent).

Mayumba ressemble un peu à une ville déserte. Les commerces de la rue jadis agitée, surnommée par Alphonse « la rue de la bouillabaisse », ont fermé les uns après les autres. Seuls deux restaurants, la Haute Banio et la Basse Banio, ont tenus côte à côte. Quelques petites supérettes, quelques maquis où des mamas vendent brochettes et beignets et deux bars, voilà pour le « centre ».

L’industrie du bois fut un temps florissante ici. Comme l’explique Thierry, responsable des Eaux et Forêts à Mayumba : « Nous avons subi la crise économique et, il faut le dire, la décision d’interdire l’exportation des grumes a considérablement réduit l’activité. » Plus de bois, pas vraiment de port sauf un village de Béninois et Togolais qui vivent de leur pêche. Ici aussi on a posé la première pierre d’un port en eau profonde… en 1975 ! Depuis, les habitants attendent.
Pas de secteur économique dynamique donc pas d’expatriés. Nous passons encore une fois pour des Américaines du corps de la paix (la « Peace Corp ») ou des membres de l’ONG environnementale WCS.

Le train du Soudan part tous les mardis. Alors les bateaux s’arrangent pour arriver le mercredi ! C’est bien. Cela vous met tout de suite au pas. Il n’est pas recommandé, en effet de débarquer en Afrique crachant le feu, le diable au corps et des fourmis dans les jambes.  Albert Londres, Terre d’ébène 1929

Après deux jours de remise en forme, nous découvrons le coin de l’aéroport, passage obligé dans chacune des villes où nous nous sommes arrêtées. L’infrastructure, posée au sud de la ville, n’est pas achevée. Seul son toit pyramidal et sa tour de contrôle laissent penser qu’une piste se cache derrière les hautes herbes. Les alentours sont splendides : d’interminables plages balayées par les vents où les vagues sont encore plus imposantes. Un hôtel, posé au milieu de nulle part, nous charme immédiatement. Nous y passerons deux nuits, face à la mer. C’est le Mbida Kuku.

Nous y rencontrons Véronique et Jean-Jacques, une Française et son mari, un métis franco-gabonais, venus passer quelques semaines de vacances dans ce coin reculé du monde. Tous deux vivent et travaillent à Port-Gentil où nous nous donnons rendez-vous à la mi-juillet. Leur gentillesse nous sauve, un matin, alors que le taximan nous fait faux-bond. Car au Mbida Kuku, nous sommes confrontées à de multiples reprises à la « temporalité africaine ». Le taxi vous dit qu’il arrive, comptez cinquante minutes (et encore) ; vous commandez un plat à la cuisine, comptez une heure pour cuire deux côtes de porc et des haricots verts ; vous tentez de vous connecter à internet, comptez trente minutes pour vous brancher sur le réseau puis dix minutes pour qu’une page s’ouvre ; et ainsi de suite. Attendre, encore et encore. Pour la première fois du voyage, nous avons l’impression de ne faire que cela. Que de journées passées dans cette torpeur ! Sans montre, sans téléphone, heureusement que nous avons le temps avec nous. Les durées se distendent et nous nous débattons pour aller d’un point A à un point B ou visiter le parc national de Mayumba, récompense de ces efforts de patience.

10 commentaires

  1. Diane

    Les filles,

    C’est toujours avec plaisir que je vous lis… depuis mon bureau ! C’est à chaque fois, une vraie pause, une évasion qui me sort le nez (et l’esprit) du magazine hors série dédié aux Travaux Publics, des articles sur le bac…

    Les photos sont magnifiques : quel est votre appareil ??

    Gros bisous à vous deux !

    Posté le 7 juillet 2011 à 14 h 13 min | #
    • Nolwenn

      Bonjour Diane,
      Avec un peu de retard : c’est un N. D5000 (je cache la marque mais tu retrouveras :-)
      Avec deux objectifs (18-55 mm et 50 mm f 1.8, le top!) Et l’oeil du photographe qui joue aussi, non ?
      Bise,
      N.

      Posté le 18 juillet 2011 à 12 h 01 min | #
  2. Bjr! C’est fantastique de lire des écrits sur sa ville, sa localité, sa région. Cela me donne l’impression de découvrir d’autre facettes de ce que je crois connaître. En plus le ton et la description me donne l’impression de lire un véritable roman. Le plus meirveilleux, c’est finalement de voyager avec vous. Cette lecture m’emporte dans votre aventure. S’il vous plait, ne me laissez pas surtout quand vous quitterez le Gabon.

    Posté le 7 juillet 2011 à 14 h 25 min | #
  3. Elodie

    Supers aventures les filles. C’est un réel plaisir de vous lire/écouter et de vous suivre où que vous soyez. A bientôt dans le prochain article!
    Bisous!

    Posté le 9 juillet 2011 à 12 h 32 min | #
  4. BbA

    Oups, j’ai repris la lecture du blog à l’envers, pour découvrir que j’avais loupé cet épisode. Prenez soin de vous.

    Posté le 10 juillet 2011 à 9 h 47 min | #
  5. Magnifiques ces poêmes,lectures lus par cet homme… et son chant. Belle rencontre.

    Posté le 10 juillet 2011 à 18 h 29 min | #
  6. Stéphanie Teillais

    merci pour ce beau carnet de voyage qui nous permet de vous accompagner, l’alliance texte-son-photo fonctionne super bien. Que se passet-il depuis 15 jours ? Tout va bien pour vous ?

    Posté le 10 juillet 2011 à 22 h 07 min | #
  7. Martin

    Voilà près d’une heure que je rattrape mon retard. Je suis chez moi et pourtant j’ai l’impression d’être tout à côté de vous, les bruits, les couleurs… tout est là pour me faire croire que je suis à des milliers de kilomètres de chez moi.

    Bravo les filles pour les photos, les enregistrements, les textes…

    Posté le 11 juillet 2011 à 9 h 53 min | #
  8. laure

    La temporalité africaine me rappelle quelque peu une autre dans les Caraïbes… Ah souvenirs, souvenirs…

    Posté le 18 juillet 2011 à 22 h 43 min | #
  9. bertrand MAKAYA

    En toutétat de cause, Myumba reste une belle petite ville qui fait bon vivre malgré la précarité. les plus belles plages du gabon, la lagune banio et sa faune maritime font de ce département une merveille.

    Posté le 5 mai 2015 à 13 h 00 min | #

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